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2 février 2022
Depuis le 28 janvier, la prévention est interdite avec un antimicrobien sauf… exception contre les coccidioses


Depuis le vendredi le 28 janvier 2022 au matin, le nouveau règlement européen « médicament vétérinaire » 2019/6 est entré en application en France. Pour la première fois, un texte européen prend des mesures contraignantes spécifiques sur, ou plutôt « contre » les antibiotiques. Mais le Parlement européen a souhaité étendre ces mesures, pas seulement aux anti-infectieux, mais à tous les antimicrobiens, anticoccidiens et antifongiques inclus.
Ce Fil décortique ces mesures sous forme de questions-réponses. Il s'inscrit dans une longue série d'une douzaine de Fils consacrés à ce changement important de la réglementation sur la pharmacie vétérinaire (voir « pour en savoir plus »).
Lorsque l'idée de ce nouveau règlement européen a été lancée, en 2008, la problématique de l'antibiorésistance n'était pas aussi aiguë que durant la décennie 2010-2020. Mais lorsque le premier projet de ce règlement préparé par la Commission européenne a été diffusé en septembre 2014, le sujet de l'antibiorésistance était partout dans les esprits. Il fallait donc prendre des mesures !
Le Parlement européen s'est saisi du sujet. Il a ajouté la plupart des mesures sur les antibiotiques et… les autres antimicrobiens. Les eurodéputés ont tenu à ne pas restreindre les mesures qu'ils proposaient aux seuls antibiotiques mais à les étendre à tous les antimicrobiens dont l'usage est susceptible, selon eux, d'induire des résistances.
Selon la définition de ce règlement, les antimicrobiens incluent les antibactériens (antibiotiques), les antiprotozoaires, notamment les anticoccidiens ou les piroplasmicides, les antifongiques (en particulier ceux contre les mycoses et la teigne) ainsi que les antiviraux.
La quasi-totalité des mesures sur les antibiotiques de ce règlement visent en fait tous ces antimicrobiens. Ni les gouvernements des États membres ni la Commission européenne n'ont réussi à faire fléchir la position des eurodéputés sur ce point. Même si de nombreux experts vétérinaires souhaitaient — évidemment — limiter ces mesures aux seuls antibiotiques. Les politiques l'ont ici emporté sur les scientifiques et les eurocrates.
Un des points importants est la durée de validité d'une ordonnance d'antimicrobiens [art. 105 (§10)]. Elle est désormais limitée à 5 jours, contre un an en France jusqu'à présent. Cela signifie, que pour le législateur, il n'est pas possible de savoir plus de 5 jours avant, si l'animal ou les animaux vont ou pas avoir besoin d'un traitement antibiotique, anticoccidien ou antifongique… L'ordonnance est rédigée « après un examen clinique ou après toute autre évaluation de la santé du ou des animaux par un vétérinaire » [art. 107 (§3)].
En pratique, cette validité de cinq jours correspond au délai entre la date de rédaction de l'ordonnance remise au propriétaire de l'animal et la date de remise des médicaments par l'ayant droit.
Pour le vétérinaire exerçant en France, cette durée de validité n'a pas grande importance. Car, dans le cas général, avec le couplage prescription-délivrance, le vétérinaire délivre immédiatement les médicaments qu'il prescrit. L'ordonnance est donc remise au détenteur des animaux en même temps que les médicaments.
Néanmoins, le symbole est important, d'autant plus qu'il est couplé à une quasi-interdiction des antimicrobiens en prévention, anticoccidiens inclus, sauf dans des circonstances exceptionnelles.
Avec ce règlement, les traitements antimicrobiens (anticoccidiens inclus) « ne sont pas systématiques » [art. 107 (§1)]. Alors que la prévention par les anticoccidiens est heureusement systématique dans de nombreuses productions animales comme pour les agneaux ou les porcelets.
La prévention (ou prophylaxie) est définie comme « l'administration d'un médicament à un animal ou à un groupe d'animaux avant l'apparition de signes cliniques de maladie, dans le but d'empêcher qu'une maladie ou une infection se déclare » [art. 4 (§16)]. Cette définition s'applique évidemment aussi bien aux vaccins qu'aux antiparasitaires, aux anticoccidiens ou aux antibiotiques.
Mais pour les antibiotiques, les anticoccidiens, les antifongiques, il est précisé que…
« Les médicaments antimicrobiens ne sont pas utilisés en prévention,
Si ce n'est dans des cas exceptionnels,
Pour l'administration sur un animal individuel [pour un antibiotique] ou un nombre restreint d'animaux [pour un anticoccidien et les antimicrobiens autres que les antibiotiques],
Lorsque le risque d'infection ou de maladie infectieuse est très élevé,
Et que les conséquences ont toutes les chances d'être graves. »
L'antibioprévention n'est donc pas complètement interdite mais restreinte à quelques indications au « cas par cas » avec une administration individuelle. Un récent document de l'Agence européenne du médicament tente de mieux cerner ces indications (voir ce lien).
Chez les chiens et les chats, une seule indication est citée : l'antibioprophylaxie chirurgicale périopératoire, mais pas pour toutes les opérations chirurgicales, ni en postopératoire. Si la chirurgie est propre, les études semblent démontrer qu'il n'y a pas de bénéfice à cette antibioprophylaxie. En outre, l'antibioprévention postopératoire n'apparaît pas efficace pour réduire le risque d'infections postopératoires.
Chez les bovins, les pratiques sont nettement plus nombreuses.
Pour les productions animales, la prévention par un antibiotique ou un anticoccidien dans les aliments médicamenteux est interdite sans exception. Les prémélanges de décoquinate dans les aliments médicamenteux des jeunes ruminants ne peuvent donc plus être utilisés et, a fortiori, prescrits en prévention des coccidioses.
En revanche, les médicaments anticoccidiens, comme ceux à base de toltrazuril (Baycox° et génériques), peuvent néanmoins être utilisés en prévention pour un nombre restreint d'animaux et, éventuellement, par voie orale.
Selon le règlement 2019/6, cette prévention devrait rester exceptionnelle. Toutefois, l'Agence européenne du médicament justifie bien un usage préventif des anticoccidiens pas si exceptionnel. Les ookystes persistent longtemps dans l'environnement. Dans un élevage où la coccidiose a été diagnostiquée, le risque d'infection est « très élevé » avec des conséquences « graves » : « une morbidité de 100 % » et, « dans les cas aigus les plus graves, une mortalité jusqu'à 50 % ».
Les conditions légales sont donc bien réunies pour poursuivre une prévention contre les coccidioses. L'Agence européenne souligne même qu'il est ici préférable de traiter en prévention — avant les signes cliniques — plutôt qu'en métaphylaxie — après le début des premiers signes cliniques sur des animaux. Car l'efficacité en métaphylaxie est moins bien bonne qu'en prévention.
Comme la prévention, la métaphylaxie est limitée à une période à risque en l'absence d'alternative disponible [art. 107 §3 et 4]. Dans les deux cas, une mention explicite est ajoutée sur les ordonnances du type « antibiotique ou antimicrobien prescrit en prévention ou en métaphylaxie » [art. 105 § 5m].
La métaphylaxie est définie comme « le traitement d'un groupe d'animaux après qu'un diagnostic d'une maladie clinique a été établi pour une partie du groupe, dans le but de traiter les animaux cliniquement malades et d'enrayer la propagation de la maladie aux animaux en contact étroit avec les animaux malades et exposés au risque de contamination, et qui peuvent déjà être infectés de manière subclinique ».
La métaphylaxie suppose donc qu'un diagnostic de maladie a bien été établi sur, a minima, un animal du groupe. Le traitement d'un lot sans diagnostic d'un animal malade mais en présence de nombreux facteurs de risque (froid, humidité, transport, allotement…) reste de la prévention — avec une administration individuelle au cas par cas pour un antibiotique — et non de la métaphylaxie.
Le règlement ne restreint donc pas davantage la métaphylaxie qui reste possible aussi bien par voie orale que par voie injectable. Il encourage néanmoins les États membres à prendre des mesures dans leur droit national pour mieux encadrer la métaphylaxie, par exemple en fixant des seuils d'animaux malades pour déclencher un traitement.
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