titre_lefil
Elanco & Proplan

13 janvier 2026

En France, plus d'un propriétaire de chien sur quatre lui a déjà donné un produit contenant du cannabidiol

par Vincent Dedet

Temps de lecture  5 min

Une enquête réalisée en 2023-2024 en France montre qu'un peu plus d'un Français sur quatre possédant un chien ou un chat a déjà donné un produit à base de CBD à son animal — pour l'essentiel sous forme d'huile. Cliché : Pixabay.
Une enquête réalisée en 2023-2024 en France montre qu'un peu plus d'un Français sur quatre possédant un chien ou un chat a déjà donné un produit à base de CBD à son animal — pour l'essentiel sous forme d'huile. Cliché : Pixabay.
 

« Ces résultats soulignent la nécessité d'une réglementation plus claire, d'une formation vétérinaire renforcée et d'essais cliniques afin de fournir des recommandations fondées sur des preuves concernant l'utilisation du cannabidiol [CBD] en médecine vétérinaire ». Telle est la conclusion d'une enquête auprès de plus de 2 000 propriétaires de chiens et/ou chats en France, publiée en ce début d'année. De fait, l'efficacité de cette molécule dans la prise en charge antalgique des animaux de compagnie n'est pas étayée scientifiquement : une synthèse récente identifiait, sur 22 publications de 2014 à 2024, « une hétérogénéité des protocoles et des résultats ». La présente enquête montre qu'en France comme ailleurs, l'étendue des usages n'attend pas la démonstration scientifique de l'efficacité : elle suit le « développement commercial rapide » des produits, « bien que […] aucun additif à base de cannabinoïdes n'ait été officiellement autorisé à ce jour pour une utilisation dans l'alimentation animale ».

Médias, influenceurs…

Des données sur les usages de produits contenant du CBD par les maîtres d'animaux de compagnie ont été publiées outre-Atlantique, et plus récemment au Danemark. Pour disposer de données françaises, une enquête a été réalisée dans le cadre d'une thèse universitaire (PhD) en éthologie pilotée par l'université Paris-Nanterre. Son questionnaire est resté accessible en ligne de novembre 2023 à mi-juin 2024 et portait sur les données démographiques du maître et de l'animal, les connaissances du maître sur le CBD et le ou les usage(s) qu'il en avait eu pour son animal (un seul animal renseigné par répondant). La diffusion de l'information relative à l'enquête a été assurée par « divers médias (publications spécialisées, influenceurs, réseaux sociaux, etc.) ». Les auteurs avaient fixé une taille d'échantillon cible de 2 000 répondants et le questionnaire a donc été fermé une fois 2 050 réponses valides obtenues.

Plus souvent aux chiens qu'aux chats

La très grande majorité (88 %) des répondants sont des répondantes. Un peu moins du tiers (29 %) des propriétaires de chien avaient déjà donné un produit contenant du CBD à leur animal (contre 13 % des répondants propriétaires de chat). Cette proportion est plus faible que celles identifiées au Danemark et en Slovénie (proches de 40 %) et pour les auteurs, cela pourrait refléter des différences culturelles, réglementaires et/ou de recrutement des répondants. Dans l'enquête française, deux paramètres ont un effet significatif :

  • l'âge, les 18-49 ans ont significativement plus souvent donné de tels produits à leur animal que les personnes plus âgées (p<0,0001). Pour les auteurs, cela pourrait « refléter la nature émergente du marché français du CBD et les différences générationnelles en matière d'exposition aux nouvelles tendances en matière de santé », mais aussi la familiarité digitale des moins de 50 ans ;
  • et le sexe, les femmes en administrant plus volontiers que les hommes (p=0,005), mais du fait de la forte représentation des femmes parmi les répondants, les auteurs restent prudents quant à l'interprétation de cette différence.

Le fait de résider en zone urbaine ou rurale n'avait pas d'influence. Ce que les auteurs interprètent comme le signe que l'accessibilité de ces produits sur internet abolit les difficultés à s'en procurer. De fait, les répondants indiquent s'en procurer en ligne (un sur deux), dans des magasins de CBD (un sur quatre) ou chez le vétérinaire (environ 15 %).

Connaissance et usage

Un peu moins des trois quarts des répondants (73 %) ont déclaré n'avoir jamais utilisé de CBD pour eux-mêmes, un peu moins d'un sur deux (46 %) indiquant connaître ce composé (un sur deux s'est renseigné sur internet). Parmi les propriétaires de chiens et chats n'ayant pas donné de CBD à leur animal, une grande majorité indiquait « l'envisager » (75 % pour les chiens et 70 % pour les chats). « Une bonne connaissance personnelle (p<0,001) et une consommation [personnelle] antérieure de CBD (p=0,005) étaient significativement associées à l'utilisation de CBD chez leur animal de compagnie ». Les produits concernés étaient en grande majorité des huiles (91 % pour les chiens et 88 % pour les chats). La durée des usages déclarés varie ; elle est en moyenne plus longue chez les chiens (<1 ans) que chez les chats (<1 mois), le plus souvent avec une administration quotidienne. Les auteurs relèvent que « la durée d'utilisation a un effet positif significatif sur la satisfaction [déclarée par le] propriétaire (p < 0,001), avec une satisfaction plus élevée pour une utilisation de plus d'un an, alors que la fréquence d'administration n'a pas d'effet significatif (p=0,725) ». Cette satisfaction était mesurée sur une échelle de 1 (non satisfait) à 5 (très satisfait).

Comportement et douleur

Le questionnaire demandait de mentionner l'état de santé de l'animal : 52 % des chiens et 45 % des chats des répondants présentaient une affection (surtout de l'arthrose chez les chiens et une maladie rénale chronique chez les chats : leurs âges médians étaient compris entre 8 et 9 ans). Les raisons fournies pour l'usage de CBD sont avant tout des « problèmes de comportement » (deux tiers des répondants qui en donnent à leur animal), devant la douleur. Sur les motifs principaux de ce choix de produit, l'absence d'effets secondaire arrive en premier, devant « la preuve d'efficacité » et l'origine naturelle (celle-ci à égalité avec la facilité d'administration). Un peu plus du tiers des répondants (35 %) indique qu'il s'agit « d'une recommandation de leur vétérinaire ». Le fait d'avoir discuté de CBD avec leur vétérinaire est, de fait, significativement associé au fait d'en avoir administré à son animal (p<0,001). Là encore, plus du tiers (35 %) des propriétaires « ont indiqué que la recommandation vétérinaire était un facteur très important dans leur décision d'achat de CBD ».

Les auteurs s'en étonnent, estimant qu'en « France, le soutien des professionnels reste limité, probablement en raison d'un cadre réglementaire ambigu, d'un manque de formation et de la rareté de données scientifiques solides sur l'utilisation du CBD chez les animaux ». Ils proposent donc « d'améliorer la formation vétérinaire et de renforcer la communication entre vétérinaires et propriétaires d'animaux, d'autant plus que la demande de produits alternatifs ne cesse de croître ».