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Proplan

30 mars 2018

La procalcitonine, indicateur pronostique du choc septique, plus que du sepsis, chez le chien ?

par Vincent Dedet

Temps de lecture  3 min

La validation terrain d'un test de dosage de la procalcitonie chez le chien, comme indicateur du sepis, vient d'être publiée, malgré des résultats préliminaires décevants. Ce dosage pourrait toutefois trouver son intérêt pronostique dans le suivi des patients hospitalisés (LeFil, d'après Troia et coll., 2018).
La validation terrain d'un test de dosage de la procalcitonie chez le chien, comme indicateur du sepis, vient d'être publiée, malgré des résultats préliminaires décevants. Ce dosage pourrait toutefois trouver son intérêt pronostique dans le suivi des patients hospitalisés (LeFil, d'après Troia et coll., 2018).
 

En médecine humaine, le dosage de la procalcitonine (PCT) plasmatique a été validé comme biomarqueur pertinent du sepsis, et son suivi pendant l'hospitalisation a aussi une utilité pronostique : les patients ayant un sepsis ou une défaillance organique et une concentration de PCT élevée pendant leur hospitalisation ont un sur-risque d'issue fatale. Inversement, la chute de cette concentration est associée à une élimination de l'infection, et la surveillance de cet indicateur « est recommandée pour un meilleur usage des antibiotiques dans la prise en charge de plusieurs infections systémiques humaines ».

Aussi, des cliniciens de l'université vétérinaire de Bologne (Italie) et des biologistes du Collège de médecine vétérinaire de Cornell (USA) ont-ils mis en place un protocole visant à évaluer l'intérêt du dosage de la PCT en médecine canine. Ils viennent de publier des résultats préliminaires pour ce test, encore en phase de recherche, à la fois prometteurs et décevants.

53 cas de sepsis

Ont été inclus dans l'étude les chiens admis aux urgences à Bologne entre février 2015 et avril 2017 avec une suspicion de syndrome de dysfonctionnement de multiples organes (MODS) ou sepsis. Pour une partie d'entre eux, des prises de sang ont également été réalisées à 24 et 48 h d'hospitalisation. Cinquante-trois cas ont été enrôlés, sur la base de la présence d'un sepsis (2 des 4 critères du syndrome de réponse inflammatoire systémique). Pour l'analyse des données, les cliniciens disposaient de l'ensemble du dossier de ces patients : tension artérielle, oxymétrie, gaz du sang, hématobiochimie, note APPLEfast (shortened Acute Patient Physiologic and Laboratory Evaluation, note médiane de 24), de l'issue de la prise en charge (guérison, décès, euthanasie) et du diagnostic étiologique (15 parvoviroses, 14 péritonites, 13 pyomètres, 5 fasciites nécrosantes, 2 prostatites et 4 autres causes).

Valeur de base

Douze chiens bien portants et n'ayant reçu aucun traitement dans les trois mois précédant la prise de sang ont été utilisés comme témoins négatifs. Les échantillons ont tous « été transportés dans de la glace de Bologne à Cornell pendant la nuit » et congelés à destination (-80° C), pour dosage dans une même série. La concentration plasmatique en PCT a été réalisée avec un Elisa en développement (non disponible). La valeur médiane de la concentration en PCT de ce groupe était de 41,6 pg/ml (21,5 à 88,7). Près des trois quarts des chiens (72 %) ont survécu à l'épisode de sepsis, mais la concentration en PCT à l'admission n'était pas significativement différente entre les “futurs guéris” et les autres (p=0,18).

Distinction du choc septique

Les 53 chiens avec sepsis présentaient une concentration médiane en PCT significativement supérieure de celle des chiens bien portants (p<0,001), à 103,0 pg/ml (15,4 à 470,2). Trois groupes de patients ont été constitués, à l'image de l'ancienne classification consensuelle en médecine humaine :

  • sepsis sans défaillance d'organe (n=18),
  • sepsis sévère (défaillance organique, n=24) et
  • choc septique (n=11).

A l'admission, les chiens à choc septique avaient une concentration en PCT significativement supérieure (p=0,005) aux chiens à sepsis sans défaillance d'organe : 243,1 pg/ml (56,7 à 369, 8) et 77 pg/ml (18,2 à 470,2). La concentration en PCT n'était pas corrélée à la note APPLEfast.

CRP ou PCT ?

Pour le suivi, 35 chiens ont pu être prélevés à 24 h et 30 à 48 h d'hospitalisation (38 chiens in toto). Bien que les écarts de mesures soient importants, les auteurs observent que, pour les futurs survivants, il y a un abattement de la concentration en PCT à 24 et 48 h par rapport à l'admission (p<0,01 et p=0,001, respectivement, voir l'illustration principale). Du fait de ces intervalles importants, en particulier au regard des valeurs mesurées chez les chiens bien portants, les auteurs reconnaissent que « les protéines de phase aiguë, comme la protéine C-réactive (CRP) pourraient être plus adaptées que la PCT à l'identification d'une inflammation systémique chez le chien ». Cette dernière « pourrait être plus spécifique des cas de sepsis sévère ou de choc septique ». Ils suggèrent qu'elle puisse être utilisée « pour aider à prédire la survenue du choc septique ou le développement d'une défaillance organique », et donc mise en place pour un suivi de l'état du patient (bonne indication pronostique si elle chute), dans le cadre du suivi d'hospitalisation… si le test devenait plus aisément disponible. Ce qui n'est actuellement pas le cas : « il est réservé aux fins de recherche ». Et il faudra « d'autres études avant de pouvoir proposer aux cliniciens de modifier leur prise en charge des cas de sepsis ».