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5 octobre 2026
Thrombopénie sévère : le taux de plaquettes est prédictif du risque d'hémorragie, sauf cas d'origine immunitaire
Un défaut de plaquettes est la principale cause d'une hémorragie spontanée chez le chien, dont la détection est importante pour la survie de l'animal, en particulier dans les cas d'hémorragie pulmonaire, mais aussi digestive ou cérébrale. Toutefois, les signes cliniques de cette thrombopénie sont très variables ; ils sont parfois discrets voire absents, même en cas d'atteinte sévère, ce qui retarde le diagnostic.
Le lien entre le taux de plaquettes et le risque hémorragique est controversé, notamment en tenant compte de la cause de la thrombopénie. Les résultats d'une étude rétrospective le confirment, en distinguant les cas de thrombopénie d'origine immunitaire des autres cas.
Sur les 10 ans d'étude (2012-2021), 159 cas de thrombopénie sévère (taux de plaquettes < 50 x109/l, avec confirmation au frottis sanguin) ont été identifiés parmi les chiens pris en charge dans l'établissement des auteurs (hôpital vétérinaire universitaire de Glasgow en Écosse). Les cas de macrothrombopénie d'origine génétique (races concernées comme le cavalier king-charles) et d'affections compromettant la fonction plaquettaire (maladie de von Willebrand) étaient exclus.
Ces chiens étaient âgés de 7 ans en médiane. Il s'agissait de 73 mâles et 86 femelles. Ils étaient de diverses races.
Les auteurs ont ensuite distingué les cas avérés de thrombopénie d'origine immunitaire (TOI, n=84), associative (18 cas) ou non associative (66 cas), des cas d'autres origines (non TOI, n=75) causant un défaut de production des plaquettes, leur perte ou leur hyperconsommation, leur séquestration : par exemple une chimiothérapie, un syndrome myélodysplasique, une coagulopathie intravasculaire disséminée, une endocardite infectieuse, une tumeur hémorragique, un corps étranger digestif perforant, une intoxication aux rodenticides…
Parmi ces 159 chiens thrombopéniques, 74 ont développé une hémorragie d'importance clinique, c'est-à-dire potentiellement fatale. Sa présence s'appuyait sur celle de méléna (n=46), une suspicion d'hémorragie pulmonaire (n=2) ou cérébrale (n=11) et/ou le besoin d'une transfusion de sang (n=44). Une hématémèse ou une hématochézie isolée n'était pas un critère suffisant.
Ce groupe de chiens « hémorragiques » a été comparé au groupe des 85 chiens n'ayant pas développé de grave hémorragie. Les paramètres démographiques étaient similaires. En revanche, les chiens TOI y étaient significativement surreprésentés : 51/74 (69 %) contre 33/85 (39 %).
Parmi tous les paramètres évalués (dans les résultats des bilans hématologiques et biochimiques), seuls deux sont restés significativement associés au risque d'hémorragie dans l'analyse multivariée (voir aussi le tableau en illustration principale) :
Pour les plaquettes, au sein de l'intervalle interquartile (10 à 32 x10⁹/l), les chiens présentant une numération plaquettaire située dans le quartile supérieur affichent une probabilité de développer une hémorragie réduite d'environ 51 % par rapport à ceux situés dans le quartile inférieur.
Inversement, pour les monocytes (intervalle interquartile 0,3 à 1,5 x109/l), les individus dont le comptage est situé dans le quartile supérieur ont une probabilité augmentée de près d'un facteur 3 de développer une grave hémorragie, par rapport à ceux du quartile inférieur.
Les chiens du sous-groupe des cas de TOI présentent des taux de plaquettes inférieurs aux cas d'autres origines (non TOI), et des taux de monocytes supérieurs. Ils présentent aussi des différences significatives sur d'autres paramètres sanguins : augmentation des leucocytes et neutrophiles, du taux de fibrinogène, des protéines totales, de l'albuminémie.
Mais surtout, au sein de cette sous-population, le taux de plaquettes n'est plus significativement associé au risque d'hémorragie grave, tandis que le taux de monocytes le reste (p=0,006). En pratique finalement, lorsque le taux de plaquettes est très bas, comme ici chez les chiens du groupe TOI, il n'est plus directement associé au risque d'hémorragie.
La fonction plaquettaire, au travers de la masse plaquettaire (plaquettocrite, c'est-à-dire la proportion de volume sanguin occupé par les plaquettes, exprimé en %), a été évaluée comme paramètre alternatif au taux de plaquettes pour estimer le risque hémorragique. Mais elle n'est pas trouvée associée à ce dernier, contrairement à l'hypothèse initiale des auteurs, ni dans la population totale de ces chiens thrombopéniques, ni dans le sous-groupe des TOI. Ce paramètre semble donc sans valeur supplémentaire pour prédire le risque d'hémorragie lors de thrombopénie.
Il apparaît ainsi que le taux de plaquettes seul n'est pas prédictif du risque hémorragique dans les cas de thrombopénie, au moins d'origine immunitaire. Cela conforte aussi l'hypothèse de l'intervention de plusieurs mécanismes. En médecine humaine, d'autres facteurs ont été associés au risque d'hémorragie : une infection, l'interférence avec les traitements administrés, des paramètres individuels du patient (relatifs à la fonction plaquettaire, entre autres), ou l'inflammation associée au stade thrombopénique… (ce qui expliquerait au moins pour partie le lien avec le taux de monocytes identifié dans cette étude). Autant d'axes de recherches à explorer aussi chez le chien.
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