titre_lefil
Proplan

30 septembre 2026

Neurotoxicose à l'éprinomectine chez le chat MDR-1 : la parésie de la langue est caractéristique

par Agnès Faessel

Temps de lecture  4 min

D'après Mealey et al., JVECC, 2026.
D'après Mealey et al., JVECC, 2026.
 

Les lactones macrocycliques sont des antiparasitaires toxiques chez les individus présentant une mutation du gène MDR-1, déficients en glycoprotéine P (P-gp). Cette anomalie génétique est bien connue chez le chien, mais elle existe chez le chat aussi. Sa prévalence reste limitée à environ 1 %, elle atteint toutefois 6 % chez le maine coon.

Une revue de la littérature a porté précisément sur les cas de neurotoxicose due à l'administration d'éprinomectine chez des chats MDR-1 mutés, afin de favoriser un diagnostic précoce. Car l'intolérance à l'éprinomectine revêt des caractéristiques cliniques particulières, distinctes des cas de toxicose à d'autres molécules. Et malgré le délai avant rémission clinique, une prise en charge adéquate peut se révéler de bon pronostic.

Tableau clinique typique

L'intolérance à l'éprinomectine se manifeste cliniquement suite à l'administration du traitement aux doses usuelles chez les chats sensibles, alors qu'elle est parfois observée lors de surdosage uniquement des autres lactones macrocycliques.

Les signes cliniques débutent le plus souvent quelques heures après un traitement topique, et s'aggravent au cours des jours suivants, en lien avec le délai d'absorption et la longue demi-vie de la molécule. La P-gp intervenant aussi dans l'excrétion biliaire des lactones macrocycliques, l'élimination de l'éprinomectine est ralentie chez les chats MDR-1 et les signes de neurotoxicose peuvent ainsi se prolonger pendant plusieurs semaines.

Les principaux signes cliniques rapportés lors de neurotoxicose à l'éprinomectine sont listés dans le tableau ci-avant (voir illustration principale).

Bien que la mydriase soit précoce, elle passe souvent inaperçue, et le propriétaire consulte plus souvent en raison de l'ataxie ou de la parésie de son chat, qui apparaît quelques heures après l'exposition (le soir ou le lendemain du traitement par exemple).

La parésie de la langue est un signe clinique relativement caractéristique ; elle n'a pas été signalée dans les cas de toxicose à d'autres antiparasitaires de la famille des lactones macrocycliques.

Le tableau clinique typique combine mydriase, hypersalivation, parésie de la langue et/ou tremblements musculaires, mais le chat peut aussi être déjà comateux. En effet, la parésie généralisée, lorsque sévère, peut évoluer vers un coma ou une dépression respiratoire, et le décès du chat.

Les auteurs soulignent que la neurotoxicose est à différencier d'une réaction locale (qui se manifeste par des tressaillement cutanés). Lors d'intoxication, les signes nerveux sont bilatéraux.

Les convulsions sont rares. Elles seront à différencier des fasciculations musculaires, qui ne nécessitent pas de traitement, sauf si elles compromettent la ventilation ou engendrent une hyperthermie.

Recueillir l'historique thérapeutique du cas

Face à une suspicion clinique, c'est-à-dire chez un chat présentant une combinaison de ces signes, la démarche diagnostique repose d'abord sur le recueil de l'historique thérapeutique de l'animal : comprend-il un traitement récent à l'éprinomectine ? Puis, dans l'affirmative, d'autres substrats de la G-gp ont-ils été administrés ?

En effet, indépendamment de la mutation MDR-1, une intolérance aux lactones macrocycliques peut survenir chez tout chat en cas d'administration de plusieurs substrats de la P-gp, causant une déficience par inhibition de compétition.

La liste de ces molécules ou classes de molécules comprend notamment : acépromazine, amlodipine, butorphanol, capromoréline, cisapride, cyclosporine, doxorubicine, kétoconazole, maropitant, méthylprednisolone, mirtazapine, sirolimus, vinca-alcaloïdes (anticancéreux).

Si une intoxication à l'éprinomectine est suspectée, un génotypage pourra mettre en évidence la mutation MDR-1, et conforter ainsi le diagnostic si le chat est homozygote pour la mutation. Le délai d'obtention des résultats est compatible avec la durée de traitement, qui nécessite généralement une hospitalisation prolongée. Cette confirmation est d'autant plus utile que la persistance des signes nerveux malgré le traitement motive parfois des investigations complémentaires, finalement inutiles.

Une toxicose sans antidote

Il n'existe pas d'antidote ; la prise en charge thérapeutique repose donc sur des traitements de soutien.

La gravité des signes cliniques est variable. Une évaluation des fonctions respiratoire, cardiovasculaire et nerveuse est alors indiquée en première intention, afin de stabiliser le cas avant de procéder à un examen clinique complet. Une hypoxémie, une hypoventilation seront particulièrement recherchées, et corrigées. Le risque de pneumonie par aspiration sera aussi évalué (dépression nerveuse centrale) et prévenu par une intubation si besoin. Un éventuel état de choc se traduira plutôt par une bradycardie qu'une tachycardie.

Une décontamination peut être effectuée, par le baignage du chat (même 24-48 heures après l'application du traitement) et/ou l'administration de charbon actif.

Alimenter le chat par sonde

La parésie de la langue contre-indique les traitements oraux. Une sonde naso-œsophagienne ou naso-gastrique sera donc souvent nécessaire, pour l'administration des traitements (comme le charbon actif), mais aussi pour alimenter l'animal. Un support nutritionnel est effectivement indiqué, chez des chats éventuellement hospitalisés pendant plusieurs semaines. D'autant plus que la parésie linguale est l'un des signes les plus tardifs à disparaître.

Chez les chats homozygotes pour la mutation, les émulsions lipidiques par voie intraveineuse pourraient ne pas être efficaces, comme chez le chien (elles sont utilisées pour les intoxications aux autres lactones macrocycliques).

Les dépresseurs du système nerveux, aussi contre-indiqués

Les autres substrats de la P-gp sont à proscrire, en particulier les stimulants de l'appétit ou les antiémétiques, pourtant tentants face à un chat qui ne parvient pas à s'alimenter. Ils exacerberaient les signes neurologiques et ralentiraient la rémission.

De même les dépresseurs du système nerveux, comme nombre d'anesthésiques et anticonvulsivants, sont à éviter, pour les mêmes raisons.

De longues semaines avant la guérison

La rémission clinique complète est possible, mais elle nécessite de la patience (plusieurs semaines) et la capacité du propriétaire à financer une hospitalisation et un traitement longs.

La pneumonie par aspiration est la complication qui obère le plus le pronostic.

Le taux de mortalité rapporté varie entre 36 et 46 % (y compris les cas d'euthanasie).