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Proplan

2 octobre 2026

Premiers cas équins français autochtones à Leishmania martiniquensis

par Vincent Dedet

Temps de lecture  4 min

La leishmaniose à L. martiniquensis devrait être ajoutée au diagnostic différentiel concernant l'apparition d'un nodule ulcéreux, le plus souvent en zone péri-orbitaire, chez les équidés. Ici, des cas identifiés en Europe centrale ces dernières années. Modry et coll., 2026.
La leishmaniose à L. martiniquensis devrait être ajoutée au diagnostic différentiel concernant l'apparition d'un nodule ulcéreux, le plus souvent en zone péri-orbitaire, chez les équidés. Ici, des cas identifiés en Europe centrale ces dernières années. Modry et coll., 2026.
 

À peine plus d'un an après la première description de cas équins autochtones de leishmaniose à Leishmania martiniquensis en Autriche et en Tchéquie, voici les premiers cas français identifiés. Dans l'article de 2025 relatif à l'Europe centrale, les auteurs estimaient possible que « d'autres cas [équins] d'infection à L. martiniquensis puissent être non-détectés en raison d'un diagnostic et d'un traitement erronés comme sarcoïdose, ou d'un masquage par une véritable sarcoïdose ». Ils n'avaient pas tort…

Série de trois cas

Car un ensemble de parasitologistes et biologistes vétérinaires français vient de décrire une série de trois cas équins, survenus « dans différentes régions de France, sans regroupement spatial ni temporel ». Une première en France, pour cette affection dont moins de 20 cas ont été documentés au monde sur la dernière décennie.

Le premier cas est une jument Quarter de quatre ans, achetée en Finistère en avril 2023, arrivée en Ariège en octobre de la même année, et qui ne s'est jamais déplacée à l'étranger. Elle a « développé pendant l'été 2024 une lésion cutanée ulcéré à la base de l'encolure » de 2 à 3 cm de diamètre et qui n'a pas plus évolué. Une biopsie a été réalisée début 2025 et c'est l'histologie qui a permis de suspecter la présence de protozoaires dans le cytoplasme de macrophages, « compatibles avec le stade amastigote de Leishmania ». Le genre a été confirmé par PCR et l'espèce (L. martiniquensis) par séquençage partiel du génome. La sérologie était négative. La lésion a involué spontanément après la biopsie.

Le second cas est jument de 26 ans, résidant en Dordogne, sans historique de voyage. Fin 2024, elle a développé une unique lésion nodulaire sur la paupière inférieure – compatible avec un sarcoïde. Six mois plus tard, une exérèse du nodule a été réalisée et la pièce a été envoyée à un laboratoire d'analyses pour histologie. C'est là encore cet examen qui a identifié « une dermatite granulomateuse, avec de nombreux amastigotes intra-histiocytaires ». Le diagnostic moléculaire a là aussi confirmé la présence du parasite. À 7 mois de l'intervention, l'affection n'avait pas récidivé. La jument était séronégative.

Le troisième cas est une jument KWPN de 20 ans, qui avait vécu dans le canton de Vaud (Suisse) de 2012 à 2020 avant d'arriver en Saône-et-Loire. Début 2025, un nodule cutané ulcéré est apparu à proximité de son œil gauche, qui s'est « progressivement agrandi ». Une biopsie réalisée en février 2025 a permis le même cheminement diagnostic (suspicion à l'histologie et confirmation par PCR puis séquençage partiel du génome). C'est le seul cas à partir duquel le parasite a même été cultivé, par le Centre national de référence des leishmanies (à l'université de Montpellier). Le praticien a administré un antileishmanien au sein de la lésion en juin 2025. Celle-ci a involué lentement, jusqu'à disparaître en fin d'année, laissant une « zone cicatricielle alopécique ». Cette jument a présenté un titre sérologique élevée au test d'agglutination directe (antigènes de L. infantum).

Lésions cutanées sur la tête ou l'encolure

Les cas équins déjà publiés mentionnent « systématiquement une forme cutanée localisée de la maladie, caractérisée par une présentation clinique non spécifique et qui concerne le plus souvent la tête », ce qui est le cas de deux des trois cas présentés ici, et « compatibles avec un sarcoïde ou une lésion inflammatoire chronique », ce qui est aussi le cas. L'évolution clinique est elle aussi conforme aux descriptions antérieures.

Vecteur : culicoïdes ?

L'absence de lien entre ces cas et leur long séjour en France (au moins pour deux d'entre eux) laissent supposer une infection acquise en métropole. Les vecteurs suspectés sont lé culicoïdes (et non les phlébotomes), et leur capacité à transmettre L. martiniquensis a été démontrée pour l'une des espèces asiatiques de ce moucheron (absente en France). À l'inverse, une espèce de phlébotome présente en France n'a pas pu être infectée expérimentalement par une souche de L. martiniquensis isolée d'un cheval. Aussi, l'espèce vectrice reste à identifier. Les auteurs de la précédente description de cas en Europe centrale soulignaient aussi que cette espèce de leishmanie « doit être prise en compte dans le diagnostic différentiel des lésions cutanées équines, y compris en dehors des zones traditionnellement reconnues comme enzootiques pour la leishmaniose ».