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Proplan

6 octobre 2026

Sepsis chez le chien et le chat : placer la dysfonction d'organe au cœur du diagnostic

par Karin De Lange

Temps de lecture  4 min

Un nouveau consensus international sur le sepsis chez le chien et le chat vient d'être publié. Cliché : Shutterstock. 
Un nouveau consensus international sur le sepsis chez le chien et le chat vient d'être publié. Cliché : Shutterstock. 
 

Le sepsis chez le chien et le chat ne se définit plus par la seule présence d'une infection accompagnée d'anomalies cliniques ou biologiques. Un consensus international publié dans le Journal of Veterinary Emergency and Critical Care propose une définition centrée sur un élément déterminant : la dysfonction d'organe. Élaboré par 14 spécialistes de six pays et fondé sur une revue de plus de 350 publications vétérinaires, ce travail vise à harmoniser l'identification clinique du sepsis chez les carnivores domestiques.

Une infection ne suffit pas à diagnostiquer un sepsis

Les auteurs définissent le sepsis comme « un syndrome potentiellement mortel associé à une réponse dérégulée de l'hôte à une infection, entraînant une dysfonction d'organe ». Cette définition distingue clairement l'infection du sepsis : sans infection, il n'y a pas de sepsis, mais une infection seule ne suffit pas. C'est lorsque la réponse anormale de l'organisme entraîne une altération du fonctionnement d'un ou plusieurs organes que le syndrome septique est constitué. Le message central du consensus est clair : chez un chien ou un chat présentant une infection, l'identification d'une dysfonction d'organe est requise pour le diagnostic de sepsis. Les examens et critères de gravité doivent être envisagés à travers la question : “un organe fonctionne-t-il désormais moins bien qu'attendu ?”

Quels signes doivent faire rechercher une dysfonction d'organe ?

Ce consensus propose un tableau avec des marqueurs potentiels, classés par système physiologique (voir le tableau ci-dessous). Un point méthodologique est essentiel : seules les modifications de fonction qui ne sont pas mieux expliquées par la maladie primaire, des comorbidités connues, un choc non traité ou un effet médicamenteux prévisible doivent être considérées comme des indicateurs de dysfonction d'organe.

Sur le plan neurologique, une altération de l'état de conscience, une nouvelle dégradation par rapport à l'état basal ou des signes d'encéphalopathie peuvent orienter vers une telle atteinte. Sur le plan cardiovasculaire, des signes de perfusion anormale, une hypotension, une hyperlactatémie ou une nouvelle nécessité de vasopresseurs ou d'inotropes sont des signaux importants. Une dysfonction myocardique liée au sepsis peut également être recherchée.

Marqueurs potentiels de dysfonction d'organe chez le chien et le chat, classés par système d'organes (le tableau d'origine contient de nombreuses notes).

Les auteurs soulignent que seules les modifications de la fonction organique décrites ci-dessous qui ne sont vraisemblablement pas causées par la maladie primaire, des comorbidités connues, un état de choc non traité ou des effets médicamenteux prévisibles doivent être considérées comme des indicateurs de dysfonction d'organe. D'après Goggs et coll., 2026.

 

Les anomalies à ne pas interpréter en isolement

L'appareil respiratoire n'est pas oublié, avec notamment la recherche d'un syndrome de détresse respiratoire aiguë. Pour le rein, une oligo-anurie, une élévation aiguë de la créatinine ou des signes de lésion rénale aiguë peuvent témoigner d'une dysfonction. Une hyperbilirubinémie ou d'autres anomalies compatibles avec une atteinte hépatique peuvent être observées pour le foie. Le système de coagulation fournit également plusieurs marqueurs possibles : thrombopénie ou chute aiguë du nombre de plaquettes, allongement nouveau des temps de coagulation, hypofibrinogènémie, augmentation des D-dimères, diminution de l'antithrombine ou de la protéine C-réactive, voire apparition d'un événement thromboembolique ou hémorragique. Enfin, une hypoglycémie, une insuffisance corticosurrénalienne liée à la maladie critique, un iléus ou une intolérance alimentaire, ou encore des vomissements ou diarrhées persistants peuvent compléter l'évaluation. Ces anomalies ne doivent toutefois pas être interprétées isolément. Leur signification dépend du contexte clinique et surtout d'une évolution nouvelle ou d'une aggravation objectivable.

Pourquoi les critères de SRIS ne suffisent plus

Le syndrome de réponse inflammatoire systémique (SRIS) a longtemps été utilisé comme repère pour identifier les animaux à risque. Le consensus conclut cependant que les données disponibles ne permettent pas de recommander les critères de SRIS pour diagnostiquer le sepsis. Ils ne sont donc pas requis, même s'ils sont bien entendu utiles pour conforter le diagnostic ou pour assurer le suivi. Ainsi, la température, les fréquences cardiaque et respiratoire et la numération leucocytaire restent utiles pour la surveillance et l'évaluation de la réponse au traitement, particulièrement lorsqu'elles sont mesurées de manière répétée. Le changement est donc surtout un changement de rôle : ces paramètres ne définissent plus, à eux seuls, le sepsis.

Une évaluation structurée de la gravité

Parce que la dysfonction d'organe est au centre de la définition, les auteurs recommandent une évaluation structurée et validée de la gravité de l'atteinte. Plusieurs grilles peuvent être utilisées en complément, notamment APPLE, SPI2, SAPS ou SOFA, selon le contexte. Elles constituent des outils d'aide à l'évaluation et au suivi, et non des substituts à la recherche d'une dysfonction d'organe. En pratique, la pression artérielle, l'état mental et la concentration sanguine en lactate méritent une attention particulière, avec des mesures à l'admission, puis répétées pendant l'hospitalisation. Le consensus souligne notamment l'association entre hypotension, hyperlactatémie persistante et évolution défavorable. Le bilan biologique, comprenant NFS, biochimie, analyse urinaire et, selon les cas, paramètres de coagulation, permet de rechercher des atteintes d'organes et de suivre leur évolution. Les hémocultures peuvent contribuer à identifier l'infection ; l'échocardiographie peut être utile lorsqu'une dysfonction cardiaque est suspectée.

Le suivi dans le temps est essentiel

Le diagnostic de sepsis ne repose donc pas non plus sur la découverte d'un biomarqueur positif. Il s'agit d'une démarche intégrée, au cours de laquelle l'équipe recherche une dégradation fonctionnelle qui ne s'explique pas mieux par la maladie initiale ou un facteur de confusion. Cette approche est particulièrement importante en réanimation, où l'état d'un animal infecté peut évoluer rapidement. La répétition des mesures permet de détecter l'apparition d'une nouvelle dysfonction, mais aussi d'apprécier sa progression ou sa guérison.

En plaçant la dysfonction d'organe au cœur de sa définition, le consensus propose ainsi de distinguer plus clairement infection sévère et sepsis.