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Proplan

2 avril 2026

Évaluation de la composition corporelle des chats : approche échographique

par Pascale Pibot

Temps de lecture  5 min

Des mesures échographiques permettent de déterminer avec objectivité la condition corporelle d'un chat (cliché Pixabay).
Des mesures échographiques permettent de déterminer avec objectivité la condition corporelle d'un chat (cliché Pixabay).
 

Le degré d'adiposité et la masse musculaire sont des critères importants à évaluer en médecine vétérinaire féline, notamment pour dépister et suivre l'évolution de troubles nutritionnels tels que l'obésité et la sarcopénie. Les praticiens ont donc besoin de pouvoir utiliser des techniques fiables pour estimer la masse grasse et la condition musculaire des animaux.

L'échographie : méthode objective de mesure chez le chat

Chez l'homme, l'indice de masse corporelle (IMC), calculé à partir de la taille et du poids, est fortement corrélé avec le pourcentage de masse grasse et le tour de taille, qui est un indicateur fiable de l'obésité car il reflète l'accumulation de graisse abdominale.

Chez le chat, l'état corporel est habituellement apprécié via l'indice de condition corporelle (ICC), évalué sur une échelle de 1 à 9, et l'indice de masse musculaire (IMM). Ces indices reposent toutefois sur des évaluations subjectives, réalisées par inspection visuelle et palpation. Leur reproductibilité est faible car les résultats varient selon l'évaluateur. En alternative, des chercheurs japonais présentent une méthode d'évaluation plus objective de l'état corporel des chats, qui s'appuie notamment sur des mesures échographiques.

Une étude en 3 phases

Pour valider l'intérêt de l'approche échographique, ils ont réalisé une étude sur 20 jeunes chattes en bonne santé et en bon état corporel au début des observations. Leur âge moyen était de 9,5 mois, leur poids moyen de 3 kg et leur ICC moyen de 5,3/9.

L'expérimentation s'est déroulée en 3 phases.

  • Pendant la phase de référence (4 semaines), un aliment à teneur modérée en protéines et en fibres (MPMF) a été distribué à toutes les chattes.
  • Une ovariectomie a ensuite été pratiquée sur 16 d'entre elles, une opération fictive étant réalisée sur les 4 autres. Ces dernières ont continué à consommer l'aliment MPMF tandis que la moitié des chattes stérilisées (n=8) ont reçu le même régime MPFM et que l'autre moitié (n=8) a été nourrie avec un aliment riche en protéines et en fibres.
  • Une phase de restriction énergétique de 12 semaines a suivi l'ovariectomie. Les chattes ont ensuite été nourries ad libitum pendant 12 nouvelles semaines.

Le poids corporel a été mesuré deux fois par semaine, et l'ICC (échelle à 9 points) évalué chaque semaine. Des mesures zoométriques, des échographies et des examens DEXA ont été réalisés à la fin de la phase de référence puis 6, 12, 18 et 24 semaines après l'ovariectomie. La DEXA, ou absorptiométrie biphotonique à rayons X, est un examen d'imagerie qui mesure la densité osseuse et la composition corporelle ; elle est considérée comme la méthode de référence pour évaluer la condition corporelle.

Pour mesurer à l'échographie l'épaisseur du tissu adipeux sous-cutané et des muscles épaxiaux (muscles du dos situés en arrière du plan transversal des vertèbres), les scientifiques ont utilisé une sonde linéaire de 10 MHz et réalisé des images en coupe transversale au niveau des 6e et 7e côtes, ainsi que dans la zone située en aval de la 13e côte (la technique est décrite dans le tableau ci-après). Les valeurs obtenues ont été comparés à celles obtenues par l'examen DEXA. Toutes les mesures ont été réalisées par le même opérateur, très expérimenté.

 

Mesure précise de la masse grasse…

Les résultats montrent que la mesure de l'épaisseur du tissu adipeux au niveau de la 13e côte permet d'estimer le pourcentage de masse grasse avec une grande précision (voir second tableau ci-après). Le coefficient de corrélation avec les résultats obtenus par DEXA était plus élevé qu'en utilisant l'ICC ou d'autres formules proposées pour évaluer la masse grasse.

À la fin de la phase d'alimentation ad libitum, la masse grasse maximale des chattes stérilisées était de 30,8 %, ce qui suggère que la plupart présentaient un stade précoce d'obésité.

… et de la masse maigre

La valeur de l'épaisseur de la musculature épaxiale au niveau de la 13côte est également bien corrélée avec le pourcentage global de masse maigre mesuré par DEXA (voir tableau ci-dessous).

Même si la corrélation avec la masse maigre était légèrement plus forte lorsque la mesure était faite au niveau des 6e et 7côtes, elle était alors aussi davantage influencée par l'accumulation de tissu adipeux. Il est donc préférable de prendre la mesure au niveau de la 13côte.

 

Intérêt clinique de l'échographie

L'échographie est beaucoup plus accessible aux vétérinaires praticiens que la DEXA, le scanner ou l'IRM. Cette étude confirme en outre son intérêt pour évaluer la composition corporelle des chats de manière reproductible, comme cela est déjà pratiqué dans de nombreuses autres espèces.

Une échographie réalisée au niveau de la 13côte permet d'évaluer à la fois l'épaisseur du tissu adipeux et celle de la musculature, ce qui simplifie et raccourcit l'examen d'évaluation de l'état corporel de l'animal.

La longueur du pelage n'a pas d'incidence significative sur la qualité des images obtenues car la sonde est appliquée directement sur la peau après avoir écarté les poils. Des images échographiques plus nettes ont cependant été obtenues chez les chats à poil long, car leur pelage est plus facile à peigner.

En matière de limites, cette étude n'a pas porté sur des chats présentant un état d'obésité ou de cachexie. Elle ne tient pas non plus compte de l'influence du sexe ni de la race puisque seules des chattes de type européen étaient incluses. D'autres recherches sont donc nécessaires pour enrichir la base de données.