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23 février 2024

Facteurs de risque de résorption dentaire chez le chat : vieillissement, maladies buccales et génétique

par Vincent Dedet

Temps de lecture  4 min

Les six principales variables trouvées associées à la détection de résorption dentaire chez le chat, à partir de cas avérés par un vétérinaire à l'occasion d'un examen sous sédation, dans une étude finlandaise soumis pour publication (Vapalahti et coll., 2024).
Les six principales variables trouvées associées à la détection de résorption dentaire chez le chat, à partir de cas avérés par un vétérinaire à l'occasion d'un examen sous sédation, dans une étude finlandaise soumis pour publication (Vapalahti et coll., 2024).
 

Peu de choses sont acquises pour ce qui est de la résorption dentaire chez le chat, dont l'étiologie est toujours inconnue. Une facteur de risque significatif a toutefois été identifié dans de nombreuses études : le vieillissement de l'animal. Les résultats sont moins tranchés pour d'autres facteurs de risque comme la gingivite, trouvée comme significativement associée à la résorption dentaire dans certaines études, mais pas dans d'autres. Toutefois, aucune étude sur le sujet n'a inclus plus de 430 chats. Une vaste enquête en ligne auprès de propriétaires de chats sur la santé de leur animal a été réalisée en Finlande, dans laquelle seules les données diagnostiques avérées par un praticien ont été prises en compte. Des cliniciens et épidémiologistes finlandais ont utilisé ces éléments pour conduire une étude cas-témoin sur la résorption dentaire, la première à porter sur un si grand nombre d'animaux.

Examen vétérinaire sous sédation

L'enquête a été conduite en 2012, et été complétée par 8 115 propriétaires, pour autant d'animaux (un seul par foyer), comprenant 40 races (outre les Européens). Parmi ceux-ci, 944 chats avaient subi un examen buccal vétérinaire sous sédation, qui s'est soldé par l'identification de 202 cas de résorption dentaire. À noter que 316 propriétaires ont signalé des cas de résorption dentaire dans l'enquête, mais ceux qui n'ont pas fourni de justification suffisante (en termes d'examens vétérinaires) n'ont pas été pris en compte par les auteurs. L'enquête a permis d'analyser les données démographiques et environnementales pour chaque animal, en les croisant avec leur statut de cas (les 202 chats à résorption dentaire) ou de témoin (les 742 autres chats examinés sous sédation et n'ayant pas de résorption dentaire). Le premier constat des auteurs est donc que la prévalence de la résorption dentaire est d'un chat sur cinq examinés (21,4 %).

Âge et race

Les chats témoin étaient légèrement moins âgés que les cas (8,6 et 9,8 ans en moyenne, respectivement). À l'image des études antérieures sur la résorption dentaire, les auteurs notent que la prévalence augmente avec celui-ci : elle est de 15 % chez les moins de 7 ans, de 26 % chez ceux de 7 à moins de 11 ans, et de 25 % pour ceux de 11 ans et plus. Lorsqu'ils comparent les animaux de race pure aux Européens, les auteurs n'observent pas de différence de fréquence de la résorption dentaire : 22 et 21 %, respectivement. Toutefois, lorsqu'ils examinent les races une à une, ils observent que certaines des 35 présentes parmi le groupe de cas sont particulières :

  • soit par une fréquence élevée, avec 45 % chez le Cornish rex, 37,5 % chez les Européens, 35 % chez les Ragdoll et 32 % chez les Orientaux ;
  • soit par une faible fréquence, avec 11 % chez les Persans, 10 % chez les Russian blue, 9 % chez les Birmans et aucun chez les Turkish van et les Devon rex.

Ce n'est donc pas le fait d'être de race pure qui est déterminant, mais il y a bien un effet génétique, dont le support reste à déterminer.

Tartre, gingivite et parodontite

Pour passer à l'analyse statistique de facteurs de risque, les auteurs ont retenu de leur revue de la littérature 51 variables qui ont pu être évoquées comme intervenant dans le phénomène de résorption dentaire. Dans une première étape, ils obtiennent 13 variables (dont l'âge, le sexe et la race) associés significativement aux cas, mais sans élimination des biais potentiels. Ces variables ont ensuite été incluses dans un modèle de régression logistique multivariée : outre l'âge et la race, ils n'obtiennent plus alors comme facteurs de risque significatifs que la présence de gingivite, parodontite et tartre (pas la stomatite). Pour hiérarchiser l'ensemble de ces facteurs, en termes de capacité à discriminer les cas des témoins, les auteurs ont utilisé la méthode de forêts d'arbres décisionnels (algorithmique). Cela permet d'observer que le fond génétique est probablement prédominant dans les risques d'occurrence de la résorption dentaire (voir l'illustration principale). Toutefois, il reste des interactions entre ces facteurs, même dans l'analyse multivariée. La plaque dentaire apparaît plus importante parce que la gingivite et la parodontite ne deviennent facteur de risque significatif de résorption dentaire que chez les chats présentant du tartre. Ce qui est cohérent avec la physiopathologie des affections buccales.

Aliment à volonté : protection des femelles

Lors de l'analyse en forêts d'arbres décisionnels apparaît aussi un facteur qui n'était pas significatif jusque-là : la mise à disposition permanente d'aliment. Ce facteur n'intervient que pour les femelles et est protecteur : par rapport à celles nourries à heures fixes, les chattes ayant de l'aliment à volonté à disposition présentent un moindre risque de résorption dentaire. Il n'a pas été observé d'effet chez les mâles. Cette publication est la première à identifier ce facteur, et les auteurs expliquent ne pas avoir d'hypothèse pour expliquer cet effet. Plus largement, ils ne détectent pas d'effet sexe sur l'occurrence de la résorption dentaire. Ils n'observent pas non plus d'influence du le mode de vie du chat (accès à l'extérieur ou vie permanente en intérieur). Les données médicales ont aussi été passées au crible et les auteurs n'identifient pas d'association entre certains pathogènes (les virus de la PIF, de la panleucopénie, herpès- et calicivirus, FeLV et FIV). Si ce manuscrit est accepté en l'état, il devrait susciter de nouvelles études explorant les facteurs de risque identifiés et hiérarchisés ici.