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6 décembre 2023

Six heures après l'ovariectomie, un tiers des chattes souffrent des douleurs « inacceptables » malgré une anesthésie/analgésie multimodale

par Karin De Lange

Temps de lecture  5 min

Plus d'une chatte sur trois ayant subi une ovariectomie avec un protocole multimodal d'analgésie/anesthésie souffrait de douleurs postopératoires dès que l'analgésie résiduelle s'est estompée, selon une étude suisse récente (cliché VistaCreate/Gabit Dorean).
Plus d'une chatte sur trois ayant subi une ovariectomie avec un protocole multimodal d'analgésie/anesthésie souffrait de douleurs postopératoires dès que l'analgésie résiduelle s'est estompée, selon une étude suisse récente (cliché VistaCreate/Gabit Dorean).
 

Malgré les avancées sur la prise en charge de la douleur opératoire en médecine féline, « nous supposons que la douleur chez les chats est souvent sous-estimée dans la pratique », estime une équipe d'anesthésistes et épidémiologistes vétérinaires de la faculté de Zurich (VetSuisse) au terme d'une étude randomisée contre placebo pour l'administration intrapéritonéale (IP) de ropivacaïne. L'administration IP d'anesthésiques locaux est recommandée par la World Small Animal Veterinary Association pour la gestion de la douleur des chats subissant une chirurgie abdominale comme une ovariectomie, dans le cadre d'une approche analgésique multimodale. Dans le cadre d'un programme de Capture-Stérilisation-Retour à grande échelle, 119 chattes errantes ont été anesthésiées avec une combinaison intramusculaire de 0,03-0,05 mg/kg de médétomidine, 7-10 mg/kg de kétamine et 0,4 mg/kg de butorphanol. Les chattes ont aussi reçu 4 mg/ kg d'acide tolfénamique peropératoire par voie sous-cutanée et, avant la fermeture de la paroi abdominale, soit 2 mg/kg de ropivacaïne (lot traité) soit du sérum physiologique (lot témoin) par voie IP.

Plus d'un chat sur trois douloureux après 6 h

Un même observateur, un résident en anesthésie vétérinaire de la faculté de Zurich, expérimenté dans l'évaluation de la douleur chez les chats à l'aide d'indices comportementaux, a évalué la note de chaque animal une, six et vingt heures après la fin de l'opération. Il ne connaissait pas le statut des animaux (aveugle pour le traitement/placebo). Pour l'évaluation, il a utilisé l'échelle de douleur composite multimodale de Glasgow (mGCPS) et l'échelle de douleur aiguë féline modifiée de la Colorado State University (mCSU). Dans l'étude, les notes enregistrées par l'observateur :

  • allaient de zéro à neuf points avec le mGCPS ;
  • et allaient de zéro à trois avec le mCSU (voir l'illustration ci-dessous).

Quarante-sept chattes sur 119 (39,5 %) pour le mCSU et 41 sur 119 (34,5 %) pour le mGCPS ont montré une note de douleur supérieure à la valeur seuil (≥ 5 pour le mGCPS, ≥ 2 pour le mCSU) pendant au moins dans l'un des trois moments de notation. Les notes des deux grilles étaient significativement plus élevées à six heures postopératoires, par rapport au point de temps zéro (p<0,001), dans les deux groupes.

Notes de douleur évaluées à 1, 6 et 20 heures postopératoire selon (A) l'échelle de douleur composite multimodale de Glasgow (échelle 0-20) ou (B) l'échelle de douleur aiguë féline modifiée de la Colorado State University (0-4) chez 119 chattes ayant subi une ovariectomie et ayant reçu soit de la ropivacaïne soit du sérum physiologique (NaCl) par voie intrapéritonéale en fin d'intervention. Le seuil d'intervention antalgique est de ≥ 5/20 pour le mGCPS et de ≥ 2/4 pour le mCSU (Heitzmann et coll., 2023).

 

Effet résiduel de l'anesthésie

Une heure après l'opération, l'effet analgésique résiduel combiné de la tolfédine, de la kétamine, du butorphanol et de la médétomidine était suffisant pour fournir l'analgésie requise. En effet, un effet sédatif/anesthésique des associations médétomidine-kétamine a été documenté par d'autres auteurs comme durant de 57 à 76 minutes. La demi-vie de la kétamine chez le chat est d'environ une heure après injection intramusculaire. Les auteurs notent que la kétamine pourrait induire une hypersensibilité au toucher et au bruit pendant la phase de récupération, ce qui pourrait interférer avec les réactions notées lors de l'évaluation de la douleur et pourrait avoir un effet de confusion. Il a été rapporté que la sédation avec la médétomidine chez le chat après l'administration IM dure 90 minutes et que l'analgésie est présente pendant 20 à 50 minutes. Les auteurs supposent donc que l'antinociception de la médétomidine n'est également présente qu'au moment de la première évaluation (soit une heure postopératoire), mais pas lors des suivantes.

Ropivacaïne : pas d'effet analgésique marqué chez le chat

L'étude montre également que la ropivacaïne administrée par voie IP n'a « pas de bénéfice cliniquement observé sur la douleur postopératoire lorsqu'elle était administrée en même temps que des analgésiques systémiques ». C'est en contradiction avec les données de la littérature pour les chiens et les humains, pour lesquels la pharmacocinétique montre une concentration maximale après 30 min et un effet anesthésique local pur pendant 6 heures après l'administration IP. Étant donné que l'instillation IP de bupivacaïne a des effets comparables chez les chats et les chiens, toujours selon la littérature, les auteurs s'attendaient également à ce que la ropivacaïne se comporte chez les chats comme chez les chiens. Par conséquent, les auteurs trouvent qu'il est « difficile d'expliquer » cette différence entre espèces par rapport à la bupivacaïne. La pharmacocinétique de la ropivacaïne n'a pas encore été étudiée chez le chat.

Analgésie supplémentaire requise

Les auteurs estiment donc qu'avec le protocole utilisé, y compris lors d'administration IP de ripovacaïne, l'analgésie est insuffisante chez une grande proportion de chattes stérilisées, et que commentaire vaut « pour des protocoles identiques ou similaires ». « Par conséquent, pour des raisons éthiques, il convient de souligner que des échelles de douleur multimodales et les mieux validées (mGCPS, mCSU) doivent être appliquées et/ou qu'une analgésie multimodale supplémentaire est nécessaire chez plus de 30 % des chats bénéficiant d'une telle prise en charge anesthésique », soulignent-ils. Ils notent également que les chattes ayant des notes de douleur supérieures à la valeur seuil avaient également un appétit significativement plus faible et concluent que la consommation de nourriture est négativement corrélée à la douleur. Cependant, « 61,7 % des chattes qui ont dépassé la valeur seuil dans le CSU et 43,9 % de celles qui l'ont dépassée dans le mGCPS ont toujours mangé la nourriture offerte ». Cela peut être une particularité de la population de l'étude (chats errants), dont le seuil d'acceptation de la nourriture « est probablement plus bas que celui d'un chat de compagnie qui n'a jamais eu à se battre pour manger ». Cela suggère que le refus de nourriture puisse être un paramètre moins spécifique dans l'évaluation de la douleur chez un chat errant que chez un chat de compagnie. Inversement, si un chat errant ne mange pas, cela pourrait être un indicateur clair de douleur.