16 juin 2026
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Quinze ans après le précédent consensus, l'American College of Veterinary Internal Medicine publie une mise à jour majeure consacrée à l'entéropathie inflammatoire chronique (chronic inflammatory enteropathy) du chien. Ce document actualise les recommandations diagnostiques et thérapeutiques de 2010 à la lumière des avancées récentes. Selon les données citées dans ce nouveau consensus, 20 à 30 % des consultations chez les animaux de compagnie concernent des vomissements, une diarrhée ou l'association des deux.
Le panel d'experts recommande d'éviter le terme inflammatory bowel disease (IBD) ou MICI en français (maladie inflammatoire chronique intestinale), car cette entité est « similaire mais non identique aux maladies inflammatoires intestinales humaines ». Le terme d'entéropathie inflammatoire chronique (EIC) regroupe plusieurs phénotypes caractérisés par des signes digestifs persistants ou récurrents associés à une inflammation intestinale. Les auteurs considèrent également que l'entéropathie exsudative ou inflammatoire chronique avec perte de protéines (PLE) et la colite granulomatose « font partie du spectre des EIC ».
La maladie est souvent multifactorielle, pouvant impliquer l'immunité de l'hôte, une susceptibilité génétique, une dysbiose intestinale ou des facteurs environnementaux. Les altérations du microbiote, la diminution des acides gras à chaîne courte, les anomalies de la barrière intestinale et du mucus digestif peuvent également participer à l'inflammation chronique.
Le consensus insiste sur l'importance d'une évaluation nutritionnelle complète dès la première consultation (un questionnaire standard est proposé). L'évaluation de l'état corporel et de l'état musculaire doivent systématiquement être documentés (voir l'illustration principale), notamment chez les chiens atteints de PLE, fréquemment amaigris. La présence d'ascite ou d'œdèmes périphériques doit alerter sur une possible hypoalbuminémie et sur un pronostic potentiellement plus réservé. Pour une approche objective, les auteurs recommandent également d'utiliser des scores standardisés de gravité clinique, en particulier le CIBDAI (Canine Inflammatory Bowel Disease Activity Index) et le CCECAI (Canine Chronic Enteropathy Clinical Activity Index, voir le tableau ci-dessous). Ce dernier intègre les critères du CIBDAI ainsi que l'albuminémie, la cobalamine et le prurit.
Évaluation recommandée de l'activité pathologique clinique chez les chiens suspects d'une entéropathie inflammatoire chronique. D'après Hellmann et coll., 2026.

CIBDAI : Canine inflammatory bowel disease activity index (indice de l'activité d'entéropathie intestinale inflammatoire du chien) ; CCECAI : Canine chronic enteropathy clinical activity index (indice de l'activité clinique de l'entéropathie chronique du chien).
Le consensus rappelle que l'EIC « demeure un diagnostic d'exclusion ». Avant toute démarche invasive, un bilan minimal est recommandé chez tous les cas suspects : hématologie, bilan biochimique avec électrolytes, analyse d'urine, coproscopie et rapport protéinurie/créatininurie en cas d'hypoalbuminémie. Des examens complémentaires sont ensuite proposés selon les cas : dosage de la cobalamine, TLI, lipase pancréatique, cortisol basal ou recherche de maladies infectieuses dans les zones endémiques (par exemple la leishmaniose). L'échographie abdominale tient également une place importante, en particulier chez les chiens présentant une perte de poids, une hypoalbuminémie ou des signes modérés à sévères. Elle permet surtout d'exclure des diagnostics différentiels (une grille de clichés de cas d'EIC différents est incluse dans l'article). Concernant les biomarqueurs, le panel considère que la CRP, la calprotectine fécale ou l'alpha-1 antitrypsine peuvent être utiles dans certaines situations, sans toutefois être indispensables en routine.
L'un des messages les plus forts de ce consensus concerne l'alimentation. Les essais alimentaires sont désormais clairement positionnés comme la première étape diagnostique et thérapeutique chez les chiens stables. Les auteurs recommandent un régime alimentaire strict « pendant au moins deux semaines ». Selon le type d'EIC, plusieurs catégories d'aliments peuvent être utilisées : régimes hydrolysés, protéines nouvelles, aliments hautement digestibles, enrichis en fibres, pauvres en graisses ou même ration ménagère formulée. Les régimes hydrolysés affichent de 64 à 89 % de rémission en pratique référée. Les experts citent une étude rapportant également une réponse favorable chez 56 % des chiens nourris avec un régime saumon-riz, dont 79 % sans récidive pendant jusqu'à trois ans. Les régimes très pauvres en graisses (<2 g/100 kcal) sont particulièrement indiqués lors de lymphangiectasie intestinale avec PLE. En cas d'absence de réponse clinique, jusqu'à trois aliments différents devraient être testés avant d'envisager une escalade thérapeutique.
Les traitements antibiotiques empiriques ne sont plus recommandés chez les chiens suspects d'EIC, même si certains antibiotiques comme la tylosine ou le métronidazole peuvent améliorer temporairement des diarrhées chroniques. Les rechutes après arrêt sont fréquentes et les effets délétères sur le microbiote intestinal sont désormais bien documentés. Le panel insiste donc sur les principes d'antibiothérapie raisonnée et recommande de réserver les antibiotiques aux situations réfractaires aux autres approches. Par contre, « dans des cas de colite ou iléocolite granulomateuse confirmés histologiquement associé à une souche d'E. coli entéroadhésive, l'enrofloxacine reste indiquée ».
L'endoscopie digestive avec biopsies, technique invasive nécessitant une anesthésie générale et la préparation du tractus digestif, n'intervient « qu'après exclusion des maladies mimant une EIC et l'échec d'au moins trois essais alimentaires correctement conduits ». Dans ce cas, le consensus recommande une exploration complète du tractus digestif : œsophage, estomac, duodénum, jéjunum proximal, iléon, cæcum et côlon. L'histologie standard sur coloration hématoxyline-éosine reste la base de l'analyse, mais des techniques complémentaires peuvent être utiles : immunohistochimie (marquage des cellules immunitaires), colorations spéciales (pathogènes infectieux), analyses moléculaires pour la dysbiose ou différenciation avec un lymphome intestinal.
Le consensus rappelle que la documentation objective d'une EIC constitue un préalable indispensable à la mise en place d'un traitement immunomodulateur. Cette étape nécessite des examens diagnostiques plus invasifs, notamment l'endoscopie avec biopsies. Chez les chiens partiellement répondeurs ou non répondeurs aux essais alimentaires, le recours aux glucocorticoïdes reste recommandé, principalement prednisolone/prednisone ou budésonide. La ciclosporine peut être associée dans certains cas plus sévères, notamment lors de PLE. Les probiotiques, prébiotiques et synbiotiques semblent bien tolérés, mais leur efficacité reste modérée. Le consensus évoque également la transplantation de microbiote fécal comme option adjuvante potentielle chez certains chiens réfractaires.
Enfin, les experts rappellent que la réponse clinique demeure le principal indicateur pronostique. Le suivi doit inclure le poids, l'évaluation de l'état corporel et musculaire, les scores CIBDAI ou CCECAI, la qualité des fèces, les effets indésirables et la qualité de vie, idéalement toutes les une à deux semaines. Le message final du consensus est clair : le diagnostic des EIC « exige une approche progressive, nutritionnelle et individualisée, avec un recours plus raisonné aux antibiotiques et à l'immunosuppression ». Le document du consensus est accompagné par de nombreux tableaux, diagrammes, questionnaires et images (échographiques et endoscopiques).
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