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Proplan

15 juin 2026

Traitement des luxations du cristallin chez le chat : quoi choisir et qu'en attendre

par Agnès Faessel

Temps de lecture  4 min

Le siamois, précédemment identifié comme plus à risque de luxation du cristallin, n'est pas confirmé comme tel dans cette étude, où les domestic shorthair et longhair dominent largement (cliché Pixabay).
Le siamois, précédemment identifié comme plus à risque de luxation du cristallin, n'est pas confirmé comme tel dans cette étude, où les domestic shorthair et longhair dominent largement (cliché Pixabay).
 

Une luxation du cristallin peut entraîner un glaucome et une perte de la vision. Chez le chat, elle est généralement secondaire à une uvéite chronique, mais elle peut être favorisée par des facteurs génétiques, l'âge, ou d'autres affections oculaires comme une cataracte.

Quel traitement proposer ? L'option idéale est l'extraction chirurgicale du cristallin (extraction intracapsulaire, EIC). Mais des solutions alternatives peuvent lui être préférées. Des chercheurs américains (Université Tufts, Boston, Massachusetts) ont souhaité évaluer et comparer le succès thérapeutique de ces diverses prises en charge, afin d'actualiser les connaissances en matière de pronostic.

Des mâles mais peu de siamois

Les résultats de leur étude, sur 136 cas, sont publiés en libre accès dans le JFMS.

Les 115 chats concernés avaient été pris en charge à l'école vétérinaire de l'université sur la période 2007-2023. Chez 21 d'entre eux, la luxation du cristallin était bilatérale, dès la consultation initiale (16 cas) ou dans les mois suivants (5 cas).

Ce sont des chats de divers âges (12 ans en médiane, ce qui apparaît plus élevé qu'escompté selon les données d'études antérieures) et de diverses races. Contrairement à ce qui avait pu être précédemment observé, les siamois ne sont pas prédisposés (3 cas seulement sont représentés ici). Les mâles, en revanche, sont prédominants, comme précédemment rapporté (88 chats ici).

Sans surprise, une uvéite a été diagnostiquée à 77 % (105/136). Dans 3 cas, un traumatisme oculaire a potentiellement déclenché la luxation. La luxation est antérieure le plus souvent (108/136).

Une hypertension oculaire (pression intraoculaire >25 mmHg) était présente dans 32 cas dès la première consultation. La vision était préservée pour 52.

Une majorité de traitements médicaux…

La prise en charge s'est déclinée comme suit :

  • Traitement médical à 58 % (79/136),
  • Énucléation à 24 % (32/136),
  • Extraction intracapsulaire du cristallin (EIC) à 9 % (12/136),
  • Repositionnement non chirurgical (réduction transcornéenne) à 5 % (7/136),
  • Et chez un chat, une ablation transcornéenne au laser diode de kystes de l'uvée dans l'œil controlatéral a été tentée.

Une euthanasie a été pratiquée dans 2 cas, en raison d'une autre maladie pour un. Et pour 3 yeux, aucun traitement n'a été mis en place (l'énucléation ayant été refusée par les propriétaires).

Dans plusieurs cas, le traitement recommandé n'a pas été suivi par les propriétaires, lesquels ont opté pour d'autres options (traitement médical notamment).

Dans 19 cas, un traitement de seconde intention a été nécessaire, en particulier une énucléation suite à un traitement médical dont les résultats se sont révélés insuffisants (11 cas).

… avec des résultats honorables

Un suivi était renseigné dans les dossiers médicaux de 53 chats, pour 63 yeux traités, notamment médicalement ou par EIC.

  • Ce suivi montre l'efficacité de l'EIC : à 92 % (12 cas sur 13 suivis), l'œil traité a été maintenu visuel et normotensif.
  • La performance est moins bonne pour les yeux traités médicalement, pour lesquels cette proportion est limitée à 38 % (19/50). Toutefois, à long terme (au dernier suivi), 66 % de ces yeux (33/50) étaient normotensifs (100 % de ceux traités par EIC), et 74 % des yeux qui avaient conservé la vision initialement l'ont gardée à long terme (17/23), tandis que 11 % de ceux qui l'avaient perdue l'ont récupérée (3/27)
  • La réduction transcornéenne, documentée comme efficace chez le chien, n'a pas donné de bons résultats chez les chats concernés. Dans 6 cas sur 7, la procédure n'a pas pu être correctement réalisée. Une extraction a finalement été effectuée pour 3 yeux, 2 ont été énucléés et les 2 derniers traités médicalement. Cette technique ne peut donc pas être recommandée chez le chat, selon les auteurs.

Recommander l'option médicale

Les auteurs en concluent que si l'EIC demeure le traitement de choix, l'option médicale offre en alternative des résultats « acceptables », et mérite d'être recommandée lorsque l'EIC n'est pas envisageable, pour des raisons cliniques ou financières. Une luxation antérieure du cristallin semble en effet mieux tolérée chez le chat que chez le chien.

En pratique ici, divers topiques ont été administrés, notamment le dorsolamide (pour réduire la pression intraoculaire), des AINS, des corticoïdes, seuls ou associés. La variété des protocoles suivis (21 différents !) n'a pas permis de comparer leur efficacité. Le traitement médical de cette affection mériterait donc d'être mieux étudié.

Critères de choix : la clinique et le budget

Les critères ayant dirigé le choix du traitement ont effectivement été analysés également. Ils étaient précisés pour 94 yeux traités. Ils montrent que le chat, le cas, et le propriétaire entrent en ligne de compte. Les principaux paramètres pris en considération sont ainsi :

  • L'acuité visuelle (dans 40 % des cas),
  • Le confort du chat (douleur notamment, à 36 %),
  • L'état de santé général (à 29 %),
  • Les contraintes financières (à 12 %),
  • Les conséquences du choix thérapeutique, en particulier le risque de sarcome post-traumatique lors d'EIC (à 7 %).

La capacité du propriétaire à administrer un traitement local semble également interférer, selon les auteurs. D'où l'importance de l'aider à apprendre à tenir et traiter son animal.