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Elanco & Proplan

18 février 2026

Intoxication à la lidocaïne : prise en charge chez 6 lapins

par Sylvain Larrat

Temps de lecture  3 min

Chirurgie chez un lapin
La perfusion à débit constant de lidocaïne est une option intéressante de gestion de la douleur per- et post-opératoire chez les lapins ; quelques cas d'intoxication – accidentels – ont été décrits. Crédit photo : S. Larrat & O. Cojean.
Chirurgie chez un lapin
La perfusion à débit constant de lidocaïne est une option intéressante de gestion de la douleur per- et post-opératoire chez les lapins ; quelques cas d'intoxication – accidentels – ont été décrits. Crédit photo : S. Larrat & O. Cojean.
 

En plus de son usage comme anesthésique local, la lidocaïne peut être utilisée en perfusion intraveineuse à débit constant, soit dans le cadre de l'analgésie, soit pour ses propriétés antiarythmiques. Chez les lapins, l'utilisation de la lidocaïne par voie intraveineuse a démontré son intérêt dans la gestion de la douleur per- et post-opératoire. Elle est aussi employée pour réduire le risque d'arrêt de transit post-opératoire. En revanche, un surdosage accidentel est susceptible de causer une intoxication.

Un accident rare

Une équipe américaine a recherché les cas d'intoxication à la lidocaïne diagnostiqués chez des lapins dans les dossiers médicaux de quatre institutions vétérinaires. Pour être inclus dans l'étude, les lapins devaient avoir reçu des doses de lidocaïne supérieures à celles recommandées (un bolus initial de de 2 mg/kg suivi de 100 μg/kg/min de lidocaïne en perfusion à débit constant). Pour être inclus dans l'étude, les lapins devaient aussi avoir présenté des signes cliniques d'intoxication. Selon les institutions, les recherches ont été effectuées sur des archives s'étendant sur des périodes allant de 7 à 49 ans. Au total, six lapins correspondant aux critères d'inclusion ont été retrouvés. Un septième lapin, chez qui une intoxication à la lidocaïne avait été diagnostiquée, n'a pas été inclus dans la mesure où les doses reçues n'étaient pas inscrites au dossier.

Des intoxications à la suite d'erreurs humaines

Trois des lapins ont reçu une surdose sous forme de bolus, avec des doses allant de 16 à 19 mg/kg. Les trois autres ont reçu une surdose par perfusion à débit constant, cumulant une dose totale de 30 à 62 mg/kg délivrée à un débit médian de 1 300 μg/kg/min. Les lapins ont présenté des signes neurologiques (tremblements, convulsions, opisthotonos) et des signes cardiaques (arythmie, tachycardie, arrêt cardiaque). Toutes les intoxications ont fait suite à une erreur de manipulation, comme des erreurs de réglage de pompes à perfusion, une erreur de rinçage de la ligne de perfusion ou des erreurs de calcul. Les animaux qui ont reçu des bolus ont développé des signes immédiatement, tandis que ceux qui ont reçu une perfusion à débit excessif ont développé des signes après 30 à 40 minutes.

Gestion : perfusion d'émulsion lipidique

Dans cette série de cas, un seul lapin a été traité sans administration d'émulsion lipidique. Il avait reçu la lidocaïne en bolus, puis convulsé une fois. Il a bien répondu à une administration de diazépam, et s'est bien remis. Les cinq autres lapins ont été traités avec une émulsion lipidique à 20 % en perfusion intraveineuse à des doses de 1,5 à 2,5 mL/kg en bolus intraveineux, suivi par une perfusion de 15 mL/kg/h. Les trois lapins qui avaient été intoxiqués par perfusion à débit constant ont bien répondu au traitement. Un autre (bolus) avait fait un arrêt cardiaque au moment de l'injection, et n'a pas survécu malgré les efforts de réanimation. Le dernier (bolus) a présenté une amélioration transitoire, mais est mort le lendemain de l'intoxication. Ce délai, associé au fait que la lidocaïne a une demi-vie courte, laisse penser que la lidocaïne n'était pas responsable de sa mort. Par ailleurs, deux des lapins qui ont survécu ont présenté des signes suggérant une surcharge liquidienne : l'un une tachypnée (qui a répondu à l'administration de furosémide) et l'autre un souffle cardiaque, un épanchement bicavitaire, et une distension atriale gauche détectés à une visite de contrôle 10 jours après son intoxication. Ces anomalies ont répondu à un traitement de furosémide de 3 semaines.

Traduction en recommandations pratiques

Cette étude visait à identifier les cas de surdoses de lidocaïne, mais pas les éventuels effets secondaires à dose usuelle. Elle ne remet pas du tout en cause l'utilisation de la lidocaïne en perfusion à débit constant chez les lapins, mais permet plutôt d'alerter sur la nécessité d'être vigilant sur les doses administrées. L'utilisation d'une émulsion lipidique intraveineuse pour traiter les intoxications à la lidocaïne était déjà décrite comme efficace chez d'autres espèces domestiques et chez l'humain. Cette série de cas suggère qu'il s'agit d'une réponse appropriée chez les lapins, sans constituer une preuve formelle de son efficacité. Il est donc prudent d'avoir à disposition de l'émulsion lipidique intraveineuse pour pouvoir faire face à un incident lorsqu'on travaille avec des perfusions à débit constant de lidocaïne chez les lapins.