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21 mai 2015
Empoisonnements aigus par des xénobiotiques : l’administration IV d’une émulsion lipidique fait ses preuves
Un médicament humain utilisé en milieu hospitalier pour la nutrition parentérale, une émulsion lipidique, se révèle aussi être efficace dans le traitement des intoxications aiguës. Pourvu que le toxique soit lipophile. Un nombre croissant de cas est publié en particulier sur des intoxications canines ou félines par des insecticides.

Des urgentistes de l’université vétérinaire de l’Illinois (USA) décrivent une « série de trois cas de surdosage de naproxène chez le chien ». Cet AINS a un indice de sécurité thérapeutique faible du fait de sa demi-vie élevée. Il est en libre accès aux USA en parapharmacie (pas de prescription). L’originalité de cette publication, de la mi-mai, est de ne pas s’être contentée de sauver les animaux, mais d’avoir dosé l’AINS dans le sang des chiens intoxiqués, avant et après la mise en place du traitement.
Le traitement mis en œuvre fait l’objet depuis 4 ans d’un nombre croissant de publications vétérinaires, portant sur chiens, chats et poney. Il fait appel à l’administration précise, par voie intraveineuse, d’une émulsion lipidique, médicament humain utilisé le plus souvent à l'hôpital. Initialement connu comme Intralipid° 20 %, ce médicament n’est plus commercialisé. Un autre, comparable, l’est : SMOFlipid° (60 g d’huile de soja, 50 g d’huile d’olive et 30 g d’huile de poisson par litre). Ils sont destinés à l’alimentation parentérale à l’hôpital « pour couvrir les besoins énergétiques et les besoins en acides gras essentiels ». En France, ce médicament est disponible sans ordonnance sauf… qu'il n'est commercialisé que pour le marché hospitalier. En Suisse, la délivrance de ce produit se fait à partir d’une ordonnance renouvelable, disponible pour toute personne habilitée à prescrire – dont les vétérinaires. Historiquement, l’utilisation des ces produits dans la stratégie thérapeutique des intoxications médicamenteuses a été décrite chez l’animal (le rat en 1998, puis le chien en 2003), avant d’être également documentée en médecine humaine.
Chez le chien, les effets indésirables du naproxène apparaissent à partir de 5 mg/kg, et les signes neurologiques à partir de 50 mg/kg. Dans les trois cas décrits par l’université de l’Illinois, la quantité ingérée dépassait 60 mg/kg (dont deux cas au-dessus de 200 mg/kg). L’administration IV de l’émulsion lipidique a été réalisée sous surveillance des fréquences cardiaque et respiratoire ainsi que de la température rectale, toutes les 5 minutes au cours des 15 premières minutes, puis tous les quarts d’heure. Elle était réalisée via pompe à perfusion, avec un débit différent pour chaque cas (voir le tableau 1). Dans les trois cas, ce traitement a permis de réduire la concentration sanguine en AINS, et n’a été suivi d’aucun effet indésirable.
Tableau 1

Principales caractéristiques des trois cas d’intoxication canine au naproxène et du traitement par perfusion IV lente d’Intralipid° 20% (d’après Herring JM et al., 2015).
Aux USA, les intoxications de chiens par les AINS représentent 3 % des cas soumis à l’expertise de leur centre antipoison vétérinaire, le naproxène arrivant 3e dans les intoxications (derrière l’ibuprofène et l’aspirine). L’intérêt de la perfusion IV d’une émulsion lipidique est qu’elle va "capturer" le xénobiotique – à condition qu’il soit lipophile. Le caractère lipophile d’une molécule s’apprécie par le logP : s’il est > 0 la molécule est d’autant plus lipophile que son logP est élevé. S’il est < 0, elle est d’autant plus hydrophile que la valeur absolue du logP est élevée. Le logP du naproxène est à 3,2…
D’autres publications récentes rapportent un recours efficace à cette stratégie de traitement. Ainsi, chez les chats, dont la sensibilité à la perméthrine est connue, un article allemand décrit deux cas d’intoxication aiguë (arrivée des animaux en décubitus latéral) liées à l’emploi malencontreux d’une pipette pour chiens, arrivés à la clinique en crise épileptiforme. Les signes neurologiques du premier ont résisté à une sédation au pentobarbital en continu. Tous deux ont été traité par voie IV avec le même type d’émulsion lipidique (4 ml/kg//h pendant 4 h), en même temps que le pentobarbital. Ce n’est qu’au terme des 4 h que la dose continue de pentobarbital a pu être réduite. Ce traitement a été renouvelé le lendemain sur le premier chat, qui a ensuite pu être sevré du pentobarbital… Le second n’a pas eu besoin d’une seconde infusion d’émulsion lipidique : il était sur pied 30 h après sont arrivée. Aucun n’a eu de séquelles. La perméthrine est fortement lipophile (logP=6,5).
À l’université vétérinaire de Floride, un cas d’intoxication féline à l’ivermectine a été également traité de cette façon. L’animal, laissé seul, avait ingéré une quantité indéterminée de pâte orale à base d’ivermectine, pour la vermifugation des chevaux. À l’admission, il était en décubitus latéral, hyperesthésie et tachycardie. L’émulsion lipidique a été administrée en bolus (4 ml/kg), puis à 3 ml/kg/h pendant 4 h, puis répété à ce débit mais sur 2 h le lendemain. Comme dans les autres cas, la balance ionique est corrigée au long de la fluidothérapie. Le LogP de l’ivermectine est de 5,4. L'animal a guéri sans séquelles.
Parmi les autres cas décrits (voir le tableau 2), tous se soldant par la guérison des patients, figurent :
Tableau 2

Principales séries de cas publiées sur le traitement par infusion d’une émulsion lipidique dans la prise en charge d’intoxications aiguës par des xénobiotiques chez le chien et le chat. A noter que le chat intoxiqué à la perméthrine et traité en Suisse l'a été par injection de bolus successifs. Les autres animaux ont eu une perfusion continue (pompe à perfusion).
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