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Proplan

17 septembre 2026

Infections périapicales et extractions dentaires chez les lapins : un taux de complications élevé

par Sylvain Larrat

Temps de lecture  4 min

Spicule dentaire et élongation de la couronne dentaire chez un lapin
Reconstitution 3D à partir d'images scanner de la tête d'un lapin présenté pour anorexie. La bascule de l'axe des dents jugales droites vers l'extérieur a causé un défaut d'usure dentaire, une élongation de la couronne et la formation d'un spicule latéral (attention, les spicules mandibulaires sont le plus souvent orientés vers la langue). Cliché : S. Larrat.
Spicule dentaire et élongation de la couronne dentaire chez un lapin
Reconstitution 3D à partir d'images scanner de la tête d'un lapin présenté pour anorexie. La bascule de l'axe des dents jugales droites vers l'extérieur a causé un défaut d'usure dentaire, une élongation de la couronne et la formation d'un spicule latéral (attention, les spicules mandibulaires sont le plus souvent orientés vers la langue). Cliché : S. Larrat.
 

Chez les lapins, les dents jouent un rôle primordial dans l'alimentation puisqu'elles sont responsables de l'écrasement et de la séparation des fibres végétales, qui sont ensuite digérées par les bactéries du cæcum. Leurs dents sont adaptées à ce type d'alimentation en étant constituées d'une longue couronne, sans racine, et avec une croissance continue de toute la denture. Les maladies dentaires des lapins sont fréquentes et incluent l'élongation de la couronne visible en bouche, avec parfois la formation de spicules, l'élongation de la couronne de réserve, des maladies parodontales, des malocclusions, des infections et des abcès périapicaux.

Multiples origines

Ces maladies dentaires des lapins peuvent avoir des origines diverses, voire multifactorielles, incluant des causes génétiques, des problèmes de conformation, une origine alimentaire ou des traumatismes. Leur prise en charge est importante pour permettre aux lapins de maintenir une alimentation autonome et une qualité de vie normale. En parallèle de la prise en charge médicale, informer clairement et précisément les propriétaires sur l'évolution attendue du problème de leur lapin est essentiel pour obtenir leur consentement éclairé. Les équipes vétérinaires de deux universités américaines ont souhaité étudier de manière rétrospective les différents traitements mis en place pour la prise en charge des troubles dentaires des lapins, ainsi que les complications qui leur sont associées.

Une étude rétrospective

L'analyse des dossiers médicaux des deux universités a permis d'identifier 51 lapins ayant consulté au moins deux fois pour des problèmes dentaires. Parmi ces animaux, 40 ont été traités par abrasion dentaire de surcroissances ou de spicules. Aucune de ces procédures n'a généré de complication. Des extractions dentaires intra-orales ont été réalisées chez 27 des 51 lapins, au cours de 47 interventions. Au total, 110 dents ont été extraites, dont 57 dents jugales et 53 incisives. Des complications ont été détectées chez 11 de ces 27 lapins, avec 9 cas d'extractions incomplètes et 2 cas de repousse post-extraction, les deux cas concernant des incisives secondaires. Deux des animaux ont par ailleurs développé des ulcères cornéens après leur anesthésie.

Des infections ou des abcès périapicaux ont été diagnostiqués chez 28 des 51 lapins, avec un total de 43 dents infectées. Environ deux tiers concernaient les dents maxillaires. La majorité (27/28) des lapins a reçu des antibiotiques par voie systémique, 18 ont bénéficié d'un débridement chirurgical et 7 ont été implantés avec des billes de polyméthylméthacrylate imprégnées d'antibiotiques. Un quart des animaux présentant une infection périapicale ou un abcès dentaire a développé une complication, dont des récidives d'abcès, des exophtalmies et un cas de septicémie. Parmi les lapins suivis dans cette étude, 13 ont été suivis jusqu'à leur mort ou leur euthanasie. Les problèmes dentaires ont causé la mort ou justifié l'euthanasie de 7 de ces 13 lapins.

Des résultats à nuancer

Dans cette étude, les abrasions dentaires n'ont mené à aucune complication. Cela étant dit, d'autres auteurs ont rapporté divers problèmes, comme une abrasion trop importante des couronnes dentaires, menant à une occlusion insuffisante pour que les lapins puissent manger correctement après la procédure, des blessures des muqueuses associées au fraisage, une exposition pulpaire susceptible de causer de la douleur et une infection de la pulpe, des fractures, des dommages aux tissus germinaux dentaires et des hémorragies.

Les extractions dentaires étaient ici associées à un taux de complications très élevé, majoritairement représenté par des extractions incomplètes avec persistance de tissu germinal. D'autres complications rapportées dans la littérature n'ont pas été observées ici, comme des infections causées par l'extraction, des fractures de l'os incisif ou des déhiscences des sutures gingivales. Le taux élevé d'extractions incomplètes amène les auteurs à recommander une imagerie pré- et post-extraction systématique, par radiographie intra-orale, radiographie de la tête complète ou scanner. Les auteurs précisent aussi que le positionnement des dents des lapins en quinconce — une dent jugale (molaire ou prémolaire) est antagoniste de deux dents — explique qu'il n'y ait pas besoin d'extraire de dent antagoniste saine.

Interventions souvent répétées

La gestion des cas d'infection périapicale est elle aussi accompagnée d'un taux de complications important. Des complications non observées dans cette étude sont de plus décrites dans la littérature, en particulier des hémorragies, la formation de fistules, les déhiscences du site chirurgical ou des fractures de la mandibule.

Bien que les proportions rapportées ici, dans un contexte de centre hospitalier vétérinaire universitaire, soient vraisemblablement différentes de celles observées dans le contexte d'une clinique classique, cette série de cas rappelle que les maladies dentaires des lapins sont des problèmes sérieux nécessitant souvent des interventions répétées et pouvant potentiellement avoir une issue fatale.

Couplés à des taux de complications élevés, ces aspects soulignent l'importance de la discussion en amont des interventions avec les propriétaires, afin qu'ils adhèrent au suivi et qu'ils ne soient pas surpris en cas de besoin de réintervention.