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Proplan

15 septembre 2026

Diarrhée chronique féline : adapter la stratégie nutritionnelle à l'origine intestinale des troubles

par Pascale Pibot

Temps de lecture  6 min

Les stratégies nutritionnelles de prise en charge d'une diarrhée chronique féline s'appuient principalement sur la prescription d'un aliment hautement digestible, une modification de l'apport en fibres alimentaires et la distribution d'un probiotique.
Les stratégies nutritionnelles de prise en charge d'une diarrhée chronique féline s'appuient principalement sur la prescription d'un aliment hautement digestible, une modification de l'apport en fibres alimentaires et la distribution d'un probiotique.
 

Une entéropathie inflammatoire chronique, une maladie infectieuse, une tumeur ou d'autres troubles affectant directement ou indirectement l'intestin peuvent être responsables de l'apparition d'une diarrhée chronique chez le chat. La cause peut être difficile à cerner, mais indépendamment d'elle, le traitement repose en grande partie sur une prise en charge nutritionnelle.

Une revue bibliographique parue dans Veterinary and Animal Science détaille les stratégies spécifiques applicables dans différentes situations pratiques, selon la localisation intestinale : diarrhée chronique de l'intestin grêle, du côlon, ou mixte.

Diarrhée de l'intestin grêle : maximiser les profits nutritionnels…

L'historique médical du chat et un examen clinique approfondi permettent de déterminer si la diarrhée provient de l'intestin grêle ou du gros intestin, ce qui oriente la stratégie nutritionnelle.

Une atteinte de l'intestin grêle perturbe la capacité de digestion et d'absorption des nutriments, ce qui entraîne donc souvent une perte de poids.

Première mesure : un aliment hautement digestible réduit physiquement la quantité de substrats non digérés, limitant ainsi le risque de diarrhée osmotique. De plus, ce type d'aliment optimise l'absorption des nutriments indispensables. Dans environ deux tiers des cas de diarrhée chronique d'origine gastro-intestinale, les chats répondent favorablement au passage à un aliment hyperdigestible, sans utilisation concomitante de médicaments.

En cas d'insuffisance pondérale, le besoin énergétique du chat sera calculé sur la base de son poids idéal (70 kcal × [poids en kg]0,75), multiplié par un facteur compris entre 1,2 et 1,4. La ration alimentaire sera ensuite adaptée selon les résultats des pesées régulières.

… Contrôler l'adéquation de l'apport protéique…

Il existe une corrélation négative entre la teneur en protéines non digérées dans les selles et la fermeté des selles chez le chat. Une haute teneur en protéines est indispensable dans cette espèce, mais la digestibilité des protéines est donc un point important à vérifier. Les aliments à base de protéines hydrolysées sont en général bien tolérés par les chats présentant une diarrhée chronique.

La malabsorption induite par une diarrhée chronique peut entraîner un déficit en acides aminés indispensables, en particulier lors d'entéropathie avec perte de protéines, qui peut provoquer l'apparition d'une hypoalbuminémie. Le taux d'albumine sérique sera donc surveillé chez un chat atteint de diarrhée chronique. Si nécessaire, le dosage fécal de l'inhibiteur de la protéase alpha 1 (α1-PI) aidera à évaluer la perte de protéines par voie fécale.

… Adapter les sources d'énergie aux capacités de digestion…

Chez l'homme, un régime pauvre en matières grasses est indiqué pour traiter les affections digestives d'origine lymphatique. Ce type de régime réduit en effet l'engorgement des voies lymphatiques intestinales. Les acides gras à chaîne moyenne (AGCM), présents en quantités importantes dans l'huile de coco et l'huile de palmiste, sont en revanche privilégiés pour apporter de l'énergie facilement et rapidement absorbable.

Cette stratégie nutritionnelle pourrait être appliquée aux chats présentant une affection digestive d'origine lymphatique, à condition de veiller à ce que l'appétence de l'aliment soit suffisante. En effet, le chat a tendance à sous-consommer des aliments enrichis en AGCM.

… Et compenser des carences en vitamines B

Les perturbations du microbiote intestinal causées par la diarrhée chronique peuvent limiter l'absorption de certaines vitamines du groupe B, notamment la cobalamine. L'hypocobalaminémie féline est généralement traitée par l'administration intramusculaire d'hydroxocobalamine ou de cyanocobalamine mais une supplémentation orale pourrait également se révéler efficace (à la dose quotidienne de 250 μg de cyanocobalamine). Comme l'absorption de la cobalamine a principalement lieu dans l'iléon, l'efficacité de la supplémentation orale chez un chat présentant des lésions iléales sévères reste cependant incertaine.

Une diarrhée chronique entraîne aussi souvent des anomalies du taux de folates. La dysbiose intestinale peut être à l'origine d'une synthèse excessive mais la réduction de la capacité d'absorption intestinale peut aussi provoquer une carence, accompagnées de troubles hématologiques. Une supplémentation (2 mg d'acide folique/jour) est alors conseillée.

Diarrhée du gros intestin : apporter des fibres d'origine variées…

Une diarrhée du gros intestin se manifeste en général par du ténesme, une augmentation de la fréquence des selles, une production excessive de mucus fécal et une hématochézie, sans anomalies organiques ni biochimiques. Contrôler l'apport en fibres alimentaires et apporter des probiotiques sont alors les moyens les plus efficaces de lutter contre la diarrhée.

Chez des chats en bonne santé, un aliment contenant 4 % de fibres d'origines variées (coques de noix de pécan, son de graines de lin, pulpe de betterave, pulpe d'agrumes et marc de canneberge) a entraîné une réduction des concentrations d'ammoniac et d'acides gras à chaîne ramifiée dans les selles, tout en augmentant la production de métabolites microbiens bénéfiques. Un apport judicieux en fibres pourrait donc influencer la composition du microbiote intestinal et avoir des effets bénéfiques sur la santé de l'hôte.

L'ajout de graines de psyllium à l'alimentation a montré par ailleurs son intérêt chez le chat pour aider à contrôler les signes cliniques de colite à long terme grâce à la seule prise en charge alimentaire.

… Fournir des probiotiques…

Agir sur le microbiote peut aussi passer par la supplémentation en certaines souches de probiotiques connues pour favoriser l'intégrité de la barrière intestinale et maintenir l'homéostasie immunitaire (Bacillus licheniformis par exemple).

… Et lutter contre le stress ?

Enfin, le stress chronique est un facteur qui favorise le développement de troubles digestifs et plusieurs interventions nutritionnelles ciblant le stress ont été évaluées chez le chat, notamment les peptides antimicrobiens, la L-théanine, l'α-casozépine et le L-tryptophane. Des études supplémentaires demeurent cependant nécessaires pour préciser l'intérêt de ces produits en cas de diarrhée chronique.

Gestion des cas de diarrhée d'origine mixte

Dans de nombreux cas de diarrhée chronique féline, notamment lors d'entéropathie inflammatoire chronique, les deux segments intestinaux sont touchés.

Dans ces cas de diarrhée d'origine mixte, le traitement diététique le plus efficace pour contrôler la diarrhée est le recours à un aliment hypoallergénique, formulé soit avec des sources protéiques encore jamais consommées par le chat, soit avec des protéines hydrolysées. Limiter l'exposition à des antigènes alimentaires peut en effet aider à atténuer l'inflammation intestinale, même s'il ne s'agit pas vraiment d'une allergie alimentaire, dont le diagnostic reste de toute façon délicat.

Si l'allergie alimentaire est confirmée (après distribution d'un régime d'élimination pendant plusieurs semaines, suivie d'un test de provocation), le degré d'hydrolyse des protéines influence l'efficacité du régime : chez le chat comme chez le chien, seules les protéines dont le poids moléculaire est inférieur à 10 kDa peuvent empêcher leur reconnaissance par des IgE spécifiques.

Origine extra-digestive : un traitement spécifique s'impose

L'ensemble des données disponibles indique ainsi que la prescription d'un régime alimentaire approprié peut largement atténuer les signes de diarrhée chronique quand celle-ci est directement liée à une affection gastro-intestinale. En revanche, lorsque la diarrhée est consécutive à une maladie extra-digestive (hyperthyroïdie, insuffisance rénale, affection pancréatique…), la prise en charge nutritionnelle est insuffisante. Les traitements empiriques entraînent souvent une récidive de la diarrhée. Il est donc indispensable de préciser le diagnostic afin de mettre en place un traitement ciblé sur la maladie sous-jacente. Il en est de même en cas lors de parasitoses, de diarrhée sensible aux antibiotiques ou de lymphome à petites cellules.