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Proplan

11 septembre 2026

Otite féline : cytologie et otoscopie sont utiles en routine

par Agnès Faessel

Temps de lecture  4 min

D'après Humeau et al., JSAP, 2026.
D'après Humeau et al., JSAP, 2026.
 

Les conclusions de ses auteurs sont que les otites félines sont des affections complexes, qui méritent une démarche diagnostique structurée : une étude française, réalisée au Centre hospitalier universitaire vétérinaire d'Alfort (CHUVA), s'est spécifiquement penchée sur ces affections, moins bien caractérisées que les otites chez le chien.

L'étude, rétrospective, a compilé 103 cas, examinés entre septembre 2020 et mars 2022. Une grande partie des chats était référée en dermatologie (y compris en interne depuis d'autres services comme la neurologie). Il s'agit donc surtout d'otites compliquées, réfractaires.

Des races et des âges prédisposés

Le premier objectif de l'étude était d'établir les caractéristiques épidémiologiques de ces otites. Et plusieurs races sont identifiées comme davantage à risque. En effet, cette population de chats est dominée par les européens à poil court ou long (qui représentent 69 % de l'effectif), suivis du maine coon (8,7 %), du sphynx (3,9 %) et du persan (2,9 %). Mais la comparaison de leur distribution dans la population féline générale permet de distinguer 5 races significativement surreprésentées : maine coon (race prédisposée aux polypes), sphynx, angora turc, norvégien et selkirk rex.

La répartition des cas par âge révèle aussi une courbe bimodale, avec une atteinte plus fréquente chez les jeunes chats (jusqu'à 6 ans), probablement en lien avec les infections auriculaires (gale d'oreille) et les polypes inflammatoires, mais ensuite un pic parmi les 12-14 ans (voir figure en illustration principale). L'âge médian de la population étudiée est ainsi de 5 ans.

Enfin, le ratio mâles/femelles, de 1,51 (60 % de mâles et 40 % de femelles), est significativement plus élevé que dans la population de chats hospitalisés tous motifs confondus.

Une majorité d'otites chroniques…

À 72 %, l'otite était chronique (persistante depuis au moins 3 mois). Mais compte-tenu de la proportion de cas référés, ce taux est probablement surestimé. Ici, la durée médiane des signes avant de référer le chat était de 5 mois.

L'otite était unilatérale dans 48,5 % des cas, et bilatérale à 51,5 %.

Les principaux signes cliniques observées sont un prurit (61,5 % des cas), un écoulement auriculaire (32 %), le secouement de la tête (20 %), un syndrome vestibulaire (9 %), une alopécie du pavillon auriculaire (6 %). Chez 4 chats (4 %), aucun signe auriculaire n'était présent : ils avaient été présentés pour d'autres lésions dermatologiques.

… et d'otites externes

Les otites externes seules représentent 60 % des cas, et celles d'otites moyennes seules 15 %. Dans 15 % des cas, elles étaient associées. Les quelques cas d'otite interne étaient associés à une otite moyenne (2 cas) ou à une otite externe et moyenne (3 cas).

La cause sous-jacente n'est pas toujours identifiée

Une cytologie sur prélèvement auriculaire et une vidéo-otoscopie ont été réalisées dans quasiment tous les cas. Un scanner a été effectué pour 30 % d'entre eux. Plus rarement, une culture bactérienne, une histologie ou un nettoyage sous anesthésie ont été pratiqués.

Les investigations menées ont permis d'identifier la cause sous-jacente de l'otite dans les deux-tiers des cas (66 %).

  • Un « syndrome atopique félin » est la cause primaire la plus fréquente (18/103 soit 17,5 %). Ce syndrome désigne l'ensemble des dermatites allergiques du chat (dermatite atopique, dermatite par allergie aux piqûres de puces, allergies alimentaires, asthme félin).
  • Les polypes inflammatoires sont fréquents aussi (16/103 soit 15,5 %). Ils sont plus fréquents chez les jeunes chats (âge médian : 1,5 ans).
  • Viennent ensuite les tumeurs (11/103 ; 10,7 %), plutôt chez les chats séniors (âge médian : 12 ans).
  • Suivent enfin une otite moyenne isolée (10/103 ; 9,7 %) et l'otacariose (7/103, 6,8 %).

L'âge représente ainsi un critère important dans la répartition des causes primaires.

En analysant les lésions observées à la vidéo-otoscopie, celle-ci apparaît particulièrement pertinente pour identifier les polypes (16 confirmés parmi les 17 suspectés) et la présence de parasites (otacariose détectée dans 6 cas sur 7). La visualisation de pus, en revanche, s'est limitée à 37 sur les 42 cas détectés en incluant la cytologie. Les auteurs soulignent l'utilité globale de l'examen vidéo-otoscopique, à visée diagnostique et pour guider le traitement.

Otites purulentes : penser imagerie médicale

Une otite suppurée était effectivement établie lors de l'observation d'un exsudat purulent et/ou d'inflammation neutrophilique observée à la cytologie. L'examen cytologique a permis d'identifier des cocci (à 45 %), des bacilles (26 %), des Malassezia (26 %). Les co-infections sont fréquentes, ce qui reflète la nature polymicrobienne des cas d'otite.

Ces otites suppurées, fréquentes (42/103 soit 41 % des cas ici), sont considérées comme une lésion et non une cause de l'affection. Elles touchent significativement davantage les maine coon et les norvégiens, les jeunes chats (6 mois-6 ans) et les plus de 10 ans, et les mâles (ratio mâles/femelles de 2). À 81 %, elles sont unilatérales.

Dans deux-tiers des cas (28/42), ce sont des otites moyennes, souvent associées à la présente de masses ou de polypes. Dans 8 cas toutefois (20 %), il s'agissait d'une otite externe seule.

Lorsqu'une culture bactérienne avait été demandée (13 cas), les résultats ont permis d'identifier presque systématiquement Staphylococcus spp. (11/16). Pasteurella multocida a été mis en évidence dans trois cas, Streptococcus canis dans deux.

Les auteurs appuient alors l'importance de mener des investigations complémentaires lors d'otite suppurée, notamment d'imagerie, au vu de la fréquence des otites moyennes impliquées. Une cytologie et/ou une otoscopie de routine permet ainsi d'accélérer l'établissement de la cause de l'otite et de proposer plus rapidement un traitement approprié.