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Elanco & Proplan

28 janvier 2026

Les maîtres de jeunes chiens non assurés voyagent plus loin pour le traitement du cancer de leur animal

par Vincent Dedet

Temps de lecture  4 min

Une étude britannique a recherché les facteurs expliquant la distance parcourue par les maîtres pour conduire leur chien ou leur chat à une consultation référée d'oncologie. Ces facteurs n'ont pas tous été identifiés, mais l'espèce, l'âge et le statut assurantiel de l'animal interviennent de manière significative. Cliché : Pixabay.
Une étude britannique a recherché les facteurs expliquant la distance parcourue par les maîtres pour conduire leur chien ou leur chat à une consultation référée d'oncologie. Ces facteurs n'ont pas tous été identifiés, mais l'espèce, l'âge et le statut assurantiel de l'animal interviennent de manière significative. Cliché : Pixabay.
 

Pour évaluer l'accessibilité des traitements oncologiques aux animaux de compagnie, des épidémiologistes et spécialistes de l'université d'Édimbourg (Royaume-Uni) ont utilisé la distance parcourue par les maîtres pour amener leur animal à son traitement. Leur objectif était « au sein d'une vaste cohorte de patients, de fournir des données fondamentales pour appuyer la planification future des services [d'oncologie], éclairer le développement de modèles alternatifs de prestation de soins en oncologie, tels que la télé-oncologie, et permettre une comparaison pertinente avec les tendances établies dans la recherche sur l'accessibilité aux soins de santé ».

Étude rétrospective sur plus de 3 000 cas

Tous les cas admis au centre de cancérologie vétérinaire de l'université d'Édimbourg sur une période de près de 7 ans (2018-2025) ont fait l'objet d'une étude rétrospective. Seuls les chiens et les chats ont été inclus dans l'étude, pour leur première consultation d'oncologie (les seuls patients exclus sur ce critère sont un perroquet gris et deux furets). Il fallait que chaque dossier porte mention de l'adresse du maître (le code postal britannique permet une localisation extrêmement précise), l'âge, la race et la présence ou non d'une assurance. Pour la race, n'ont été retenus que les catégories “race pure” et “croisé” (chiens) ou “Européen” (chats). Pour l'âge, seules deux catégories ont été utilisées : “moins de 7 ans” et “7 ans et plus”. La distance était calculée via une application estimant une mesure « à vol d'oiseau » jusqu'au centre d'oncologie vétérinaire, qui est une approximation acceptable de la distance parcourue pour ce déplacement.

Les chiens viennent de plus loin (que les chats)

Au total, les auteurs ont disposé des dossiers médicaux de 3 074 patients, dont seuls 14 % étaient des chats. Plus des trois quarts de ces animaux (76 %) étaient âgés de 7 ans et plus. Un peu plus des trois quarts (76 %) étaient de race pure (85 % des chiens et 26 % des chats). Pour ce qui est de la distance médiane parcourue, les chiens font plus de chemin que les chats : 34 et 12 km, respectivement (p<0,001). L'intervalle interquartile (distance parcourue par 50 % de l'effectif) était de 54 km pour les chiens et 33 km pour les chats. Les patients de moins de 7 ans voyagent 36 km (médiane), contre 29 km pour ceux plus âgés. La différence est moindre avec le statut assurantiel : 33 km pour ceux dépourvus d'assurance, contre 30 km pour les autres.

Assurance : pas de différence ?

Pour ce qui est de la couverture, la grande majorité des chiens sont assurés (74 %). Il y avait la même proportion de chiens de race pure parmi les chiens assurés (85 %) que parmi les non assurés. Pour les chats, la proportion d'assurés est moindre (69 %). La proportion de chats assurés était comparable parmi les Européens et ceux de race pure. Ces données sont supérieures à celles mesurées pour le Royaume-Uni pour la proportion de chiens (64 %) et de chats (45 %) disposant d'une assurance en 2024. Sans surprise, le fait de disposer d'une couverture est l'un des facteurs motivant des soins oncologiques (voir plus bas). La proportion de jeunes animaux (< 7 ans) à être assurés était supérieure à celle d'animaux plus âgés (78 et 72 %, respectivement).

Âge, espèce, assurance, et autres

Lorsqu'à partir de l'ensemble de ces données, ils réalisent une analyse multivariée, les auteurs observent que :

  • les animaux plus jeunes (< 7 ans) ont une probabilité d'être assurés significativement plus élevée que les autres (+ 27 %, p=0,001) ;
  • les chiens font un déplacement jusque deux fois plus important que les chats (p=0,001) ;
  • les sujets plus âgés et les sujets assurés font de plus courtes distances que les autres (p=0,012 et p=0,008, respectivement). Pour l'âge, les auteurs suggèrent que les comorbidités des sujets âgés interviennent à la fois dans les propositions du vétérinaire traitant et l'acceptation par les maîtres de se déplacer jusqu'à un centre de référés. Pour les sujets assurés, ce résultat est contre-intuitif, et « reflète probablement une interaction complexe entre les facteurs socio-économiques, la situation géographique et les comportements d'orientation des maîtres, qui n'est pas entièrement perçue dans l'ensemble de données utilisées » dans l'étude ;
  • en effet, seule une fraction minime de la variance de la distance parcourue par les patients est expliquée par le modèle multivarié. Cela signifie que d'autres variables socio-économiques que le seul fait d'avoir souscrit une assurance « sont susceptibles d'être particulièrement importantes. Le revenu du ménage, la possession d'une voiture, la flexibilité de l'emploi et la capacité à prendre un jour de congé peuvent tous influencer la capacité ou la volonté d'une personne de parcourir de longues distances pour obtenir des soins spécialisés » pour son animal.

Cliniques satellites

Ainsi, « l'espèce, l'âge et le statut assurantiel sont les principaux facteurs associés à la distance parcourue par les patients se présentant au service d'oncologie » vétérinaire étudié, mais pas le pedigree de l'animal. Sur ce dernier point, les auteurs soulignent que la mode des “designer breeds” (labradoodles, goldendoodles et autres puggles), non considérées comme des races pures, soit à l'origine de cette absence d'effet. Car de nombreux travaux documentent la plus grande motivation de propriétaires de sujets de race pure à recourir à des soins spécialisés. Enfin, les auteurs estiment que ces données sont à prendre en compte pour améliorer l'accessibilité aux soins, par exemple via « le développement de cliniques satellites régionales ou de modèles de soins partagés collaboratifs ». Ils soulignent que c'est particulièrement vrai pour les chats, ce qui permettrait de « réduire les obstacles à l'orientation vers un spécialiste ».