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Elanco & Proplan

27 janvier 2026

Hyperglycémie peranesthésique : 7 facteurs de risque identifiés chez le chien

par Agnès Faessel

Temps de lecture  5 min

Odds ratio et intervalles de confiance pour les 7 paramètres significativement associés au risque d'hypertension en cours d'anesthésie chez les 400 chiens de l'étude (d'après Kim et al., Veterinary Anaesthesia and Analgesia, 2025).
Odds ratio et intervalles de confiance pour les 7 paramètres significativement associés au risque d'hypertension en cours d'anesthésie chez les 400 chiens de l'étude (d'après Kim et al., Veterinary Anaesthesia and Analgesia, 2025).
 

Le suivi de la glycémie durant une anesthésie générale est conseillé chez les chiens diabétiques et chez les chiots, en particulier les nouveau-nés, en raison du risque d'hypoglycémie. Mais c'est bien le risque d'hyperglycémie peranesthésique qui a fait l'objet d'une étude rétrospective. Car il a été récemment rapporté en médecine humaine, pour les patients non diabétiques.

Cette hyperglycémie est à prendre en considération au besoin, dans le contexte chirurgical au moins, car elle a été associée chez l'homme à des complications postopératoires : infection du site opératoire, retard de cicatrisation, infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral, décès. Chez le chien en état critique, une hyperglycémie est également un facteur de risque de complications infectieuses et de décès.

Au moins 1 dosage de la glycémie en cours d'anesthésie

L'étude a été menée au centre hospitalier vétérinaire de l'Université de Séoul (Corée), sur une courte période (mai à décembre 2024). Et elle a donc porté sur des chiens non diabétiques, ayant été anesthésiés pour divers motifs (intervention chirurgicale ou examen à visée diagnostique), et pour lesquels le monitorage peranesthésique comprenait la mesure des gaz du sang (via un cathéter artériel) avec au moins un dosage de la glycémie.

Un total de 400 chiens a ainsi été inclus.

59 cas d'hyperglycémie

Les protocoles anesthésiques étaient variables, selon le cas et le motif de l'anesthésie, de même que sa durée avant le réveil.

Sur les 400 chiens, 59 ont présenté une hyperglycémie en cours d'anesthésie (c'est-à-dire dépassant le seuil de 180 mg/dl), ce qui correspond à une incidence de 14,8 %.

Et parmi ces chiens, 17 ont dépassé le seuil de 300 mg/dl, signant une hyperglycémie sévère, soit une incidence de 4,3 %.

Ces chiffres sont cohérents avec ceux de médecine humaine : chez l'homme, l'incidence d'une hyperglycémie peranesthésique a été évaluée entre 6 et 20 %.

7 facteurs de risque

Divers paramètres ont été évalués comme facteurs de risque potentiels : données démographiques du chien, glycémie préanesthésique, risque anesthésique (stade ASA), motif de l'anesthésie, protocole, durée…

Et 7 d'entre eux sont significativement associés au risque d'une hyperglycémie peranesthésique, dans l'analyse multivariée (voir figure en illustration principale).

  1. Une glycémie préanesthésique ≥ 100 mg/ml, avec un odds ratio (OR) de 4,40. Cette valeur de glycémie avait été obtenue par l'analyse d'une prise de sang veineux, sur le chien à jeun (depuis au moins 8 heures). Elle était supérieure chez les chiens ayant développé une hyperglycémie en cours d'anesthésie (111 mg/dl en médiane contre 98 mg/dl chez ceux n'ayant pas développé d'hyperglycémie).
  2. Un stade ASA ≥ 3 (OR : 2,78). Une proportion plus élevée des chiens du groupe hyperglycémie peranesthésique était effectivement à haut risque anesthésique au-delà de ce seuil : 83 % versus 50 %.
  3. Une anesthésie en vue d'une chirurgie (OR : 3,09). À nouveau, une proportion plus élevée des chiens du groupe hyperglycémie avait subi l'anesthésie pour une chirurgie (78 % versus 56 %). Chez les chiens anesthésiés en vue d'un examen diagnostique, seuls 5,2 % ont développé une hyperglycémie (9/173, dont 2 cas d'hyperglycémie sévère).
  4. Une hypothermie peranesthésique (OR : 3,09). Les proportions sont ici de 85 % versus 42 %. La température corporelle était suivie durant l'intervention (rectale ou œsophagienne), avec un seuil d'hypothermie fixé à 36°C.
  5. L'administration de médétomidine (OR : 4,62). Car en matière de traitement médicamenteux, les chiens ayant été prémédiqué avec de la médétomidine ont été plus nombreux à développer une hyperglycémie (12 % vs 3,8 %).
  6. L'administration de dopamine, en traitement d'une hypotension peranesthésique, avec un surrisque particulièrement élevé (OR : 22,75). De même que pour la médétomidine, les proportions sont de 58 % vs 11 %.
  7. L'administration de noradrénaline (OR : 4,63), en cas d'hypotension également, avec des proportions de 54 % vs 18 %.

Chez l'homme, ces mêmes facteurs de risque avaient globalement été identifiés (exception faite des médicaments administrés).

La durée de l'anesthésie était prolongée chez les chiens du groupe hyperglycémie (180 min. vs 150 min. en médiane, de l'intubation à l'extubation), mais la différence n'est pas significative.

Par ailleurs, l'incidence de l'hyperglycémie était plus élevée chez les chiens subissant une chirurgie orthopédique (17/41 soit 41,5 %, avec 6 cas d'hyperglycémie sévère) – comme décrit chez l'homme – ou une chirurgie des tissus mous (16/74 soit 21,6 % avec 4 cas d'hyperglycémie sévère).

Surveiller les chiens à risque

Les auteurs concluent de toutes ces observations qu'une hyperglycémie – y compris sévère – peut survenir en cours d'anesthésie chez des chiens non atteints de diabète. L'origine semble multifactorielle, mais cette hyperglycémie pourrait être secondaire au stress de l'intervention : l'anesthésie et la chirurgie activent l'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien, conduisant à la libération de catécholamines et induisant une résistance à l'insuline. L'hypothermie stimule l'activité du système nerveux sympathique, pouvant stimuler encore la libération de catécholamines.

De son côté, l'hyperglycémie pré-anesthésique pourrait indiquer une dysglycémie subclinique, cette dysfonction latente générant une plus grande sensibilité à l'hyperglycémie de stress. Enfin, un stade ASA élevé indique l'existence de comorbidités susceptibles de prédisposer aux troubles métaboliques.

La médétomidine, agoniste alpha-adrénergique, inhibe la sécrétion d'insuline. Et la dopamine comme la noradrénaline contribuent à la dysglycémie par plusieurs mécanismes (modulation de voies adrénergique et dopaminergique, inhibition de la sécrétion d'insuline ou de la sensibilité à l'insuline…).

En pratique, l'identification de ces facteurs permet de cibler les chiens plus à risque, chez lesquels un suivi de la glycémie durant l'intervention serait utile. Réchauffer l'animal afin de prévenir l'hypothermie est important également.