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Proplan

3 avril 2015

Première description d’Echinococcus granulosus chez des chiens citadins en Europe

par Vincent Dedet

L'espèce Echinococcus granulosus au sens large.
 
La biologie moléculaire a permis de classer différentes espèces d’Echinococcus au sein d’une espèce E. granulosus au sens large (sensu lato). Sont à présent considérés 10 groupes génétiques (de G1 à G10), correspondant à E. granulosus au sens strict (stricto sensu), E. equinus, E. ortleppi et E. canadensis (source : Echinote, n° 2, octobre 2013).

Le ver adulte de l’hydatidose des ruminants d’élevage a été identifié chez des chiens en milieu urbain en Estonie. Premier cas depuis plus de 20 ans en Europe en milieu citadin, il rappelle, à l’image de la surveillance de l’hydatidose en abattoir, que le cycle d’Echinococcus granulosus est encore actif en France.

 
L'espèce Echinococcus granulosus au sens large.
 
La biologie moléculaire a permis de classer différentes espèces d’Echinococcus au sein d’une espèce E. granulosus au sens large (sensu lato). Sont à présent considérés 10 groupes génétiques (de G1 à G10), correspondant à E. granulosus au sens strict (stricto sensu), E. equinus, E. ortleppi et E. canadensis (source : Echinote, n° 2, octobre 2013).
 

Ces parasitologistes baltes ont réalisé des “transects” de 4 km de long dans la ville de Tartu (2ème ville d’Estonie), sur un total de 850 km de trajets. De janvier à mars, en 2012 et 2013, ces transects ont été arpentés une fois par semaine, à la recherche de crottes de chiens. Les 181 prélèvements obtenus (et congelés) ont été soumis à une PCR spécifique d’Echinococcus granulosus : 4 ont été trouvés positifs. Ce qui fournit un portage de 2,2 %, ou en estimation, une incidence maximale de 5,6 % (au risque 5 %).

Sens strict

L’analyse moléculaire a confirmé qu’il s’agissait du groupe génétique G1 d’E. ganulosus, soit l’agent de l’hydatidose des ruminants et des porcs. Le chien est l’hôte définitif d’Echinococcus granulosus, mais dans la présente étude, il n'est pas possible de savoir si les sujets parasités étaient des chiens de chasse (fréquentation de zones rurales), errants ou sédentaires. Quoi qu'il en soit, il s'agit de la première description de l’occurrence de ce parasite chez des chiens en milieu urbain en Europe depuis plus de 20 ans. À noter qu’E. granulosus G1 avait aussi été décrit chez un chat domestique à Saint-Pétersbourg (Russie) en 2012.

Cycle actif

Les carnivores se contaminent en consommant crues des viscères de ruminants parasités (kystes hydatiques). Mais la présence d’un parasite G1 souligne l’origine domestique (et non sauvage) du parasite, et est un signe d’appel sur l’hydatidose des ruminants. En France, une surveillance de l’hydatidose a été réalisée à l’abattoir sur l'ensemble du territoire en 2012. Ses résultats ont été publiés en 2014 ; ils sont à l’appui d’une circulation active du parasite entre carnivores et espèces de rente.

Toute la France

Dans la majorité des cas, les kystes hydatiques ont été identifiés chez les bovins et les ovins (71 et 20 %, respectivement). L’espèce E. granulosus au sens strict (G1 à G3) avait une prévalence de 1,53 pour 100 000 bovins abattus et de 0,83 pour 100 000 ovins abattus. Même en prenant la localisation des élevages (et pas celle des abattoir), l’hydatidose ovine est concentrée dans le Sud-Est de la France, mais celle des bovins est « répartie dans toute la France ».

Localisation des élevages infectés par E. granulosus sensu lato (bovins ayant vécu au moins six mois) au terme du plan de surveillance 2012 (pour les cas d’E. canadensis porcins en Corse, seule une localisation départementale a été effectuée). Source : Anses- Nancy.

 

Ainsi, l’infestation des chiens domestiques français est certaine - au moins en zone rurale. Et les auteurs du rapport de ce plan de surveillance concluaient que « le nombre de cas et leur large répartition spatiale soulèvent la question de l’existence probable de cas autochtones d’hydatidose humaine en France ».