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Proplan

23 avril 2026

La cysticercose bovine en baisse régulière en France, mais la Normandie…

par Vincent Dedet

Temps de lecture  4 min

Prévalence réelle probable des formes de cysticercose bovine en France détectées à l'abattoir de 2018 à 2022. Muniama, 2025.
Prévalence réelle probable des formes de cysticercose bovine en France détectées à l'abattoir de 2018 à 2022. Muniama, 2025.
 

La cysticercose bovine est surtout détectée (à l'abattoir) dans le grand ouest, avec trois départements particulièrement concernés : le Calvados, l'Eure et la Manche. Ailleurs en France, elle est en baisse régulière. C'est ce que relève une thèse vétérinaire récente, dans laquelle l'alors future consœur a analysé les données collectées dans les abattoirs de métropole de 2018 à 2022.

Recul en France continentale

L'auteure a extrait les données du Système d'Information sur l'Inspection en Abattoir (SI2A) d'une part, et de la base de données nationale d'identification (BDNI) d'autre part. Cela lui a permis de calculer une prévalence apparente pour les différentes formes de cysticercose motifs de saisie : généralisée, localisée avec forme vivante ou dégénérée. Elle présente aussi leur répartition géographique et temporelle, la prévalence réelle et enfin les facteurs de risque de détection en abattoir. Au total, sur la période, l'inspection post-mortem a détecté 45 952 cas de cysticercose sur 22 494 468 carcasses de bovins. La prévalence apparente est en net recul à l'échelon national sur la période étudiée, passant de 0,057 pour cent carcasses inspectées en 2018 à 0,037 % en 2022 (0,047 % en moyenne sur la période). Toutefois, la sensibilité de la détection post-mortem à l'abattoir est limitée (13 % toutes formes confondues), et donc le calcul de prévalence réelle fournit une valeur de 0,362 % sur la période (contre 1,07 % en 2015), avec une tendance à la réduction au fil du temps (voir l'illustration principale).

Les formes dégénérées dominent

La forme généralisée est rare, et ne présente pas de diminution sur la période étudiée. Selon les définitions, elle représente soit 0,57 % des carcasses saisies pour cysticercose (définition de la DGAl : plus d'une lésion par décimètre carré, quel que soit le lieu de la lésion), soit 7,6 % des carcasses saisies (définition de l'OMSA : kystes présents dans deux sites prédéfinis ou dans plus de deux sites sur les membres). Lorsque les données sont analysées selon cette dernière définition, la prévalence de la forme généralisée est significativement en recul sur 2020-2021. Les formes localisées et vivantes de cysticercose sont elles aussi rares et leur fréquence est stable sur la période étudiée. La proportion des formes dégénérées est de 96,9 %, chiffre là aussi stable sur la période.

Grâce à l'ICA

Au bilan, la « baisse constante de la prévalence » au fil des années étudiées « traduit une amélioration progressive de la situation sanitaire en France », en particulier en lien avec la « déclaration de risque lié à la cysticercose bovine, [qui] figure sur l'Information sur la Chaîne Alimentaire (ICA) pour environ un tiers des bovins abattus ». De fait, tout animal quittant son élevage doit être accompagné de son information sur la chaîne alimentaire (ICA, mais si aucun danger ne figure dans l'ICA, pour les bovins l'ASDA suffit). En revanche, si la fiche mentionne (obligation) la présence de cysticerques dans le lot d'origine (si la détection a eu lieu dans les 9 mois), elle doit alors parvenir aux services vétérinaires de l'abattoir 24 h avant l'animal. C'est ce dispositif qui permet – au moins pour partie – d'expliquer le recul de la prévalence des saisies à l'abattoir.

Répartition des formes vivantes de cysticercose bovine détectées à l'abattoir en France entre 2018 et 2022, par département d'abattage. Muniama, 2025.

 

Point chaud normand

Au plan géographique, la cysticercose est surtout détectée dans le grand ouest, avec trois départements particulièrement concernés :

  • Selon le département d'abattage, il s'agit du Calvados, de l'Eure et de la Manche.
  • Du fait des mouvements d'animaux, le département d'élevage n'est pas forcément celui où l'animal s'est contaminé. L'auteure s'est donc focalisée sur les formes vivantes, qui traduisent une infestation au cours de la dernière année de vie des bovins détectés à l'abattoir, et donc plus probablement dans leur dernière exploitation avant l'abattage. Dans ce cas, les départements les plus concernés sont le Calvados, la Manche et l'Orne (voir le graphique ci-dessus).

Races, et localisation et élevages à plusieurs cas

Sur les facteurs de risque, l'auteure identifie que :

  • « les mâles ont une prévalence lésions de 0,11 % contre 0,28% chez les femelles », toutes races confondues ;
  • la prévalence chez les veaux (< 8 mois d'âge) est nettement plus faible que celle chez le gros bovins (8 mois d'âge et plus), et cette prévalence augmente avec l'âge (les cas sur les bovins de plus de 24 mois sont majoritaires), mais avec une baisse de prévalence annuelle dans cette catégorie sur la période étudiée ;
  • sans surprise vue la localisation géographique, la race la plus concernée est la Normande (prévalence > 0,004 %), devant la Salers (> 0,003 %), la Pie rouge, la Charolaise et la Prim'Holstein (toutes < 0,003 %).

L'auteure a aussi analysé les 10 élevages où un grand nombre de cas a été identifié : jusque 414 saisies par an pour l'un d'entre eux. Huit d'entre eux sont localisés en Normandie. Pour 7 de ces 10 élevages, il n'y a plus eu de cas après 2019. Pour un seul il y a un grand nombre de cas chaque année et sur toute l'année, ce que l'auteure attribue pudiquement à « une gestion insuffisante des sources de contamination ».