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26 avril 2019

Chatons : poids vif et âge sont bien corrélés jusque 10 semaines

par Vincent Dedet

Temps de lecture  5 min

La pesée régulière de chatons Européens nés en animalerie (suivi néonatal) et de chatons de particuliers (suivi pédiatrique) permet à ces auteurs américains de valider que la règle des +450 g de poids vif par mois fournit une approximation fiable de l'âge jusqu'à 10 semaines (LeFil, d'après DiGangi et coll., 2019).
La pesée régulière de chatons Européens nés en animalerie (suivi néonatal) et de chatons de particuliers (suivi pédiatrique) permet à ces auteurs américains de valider que la règle des +450 g de poids vif par mois fournit une approximation fiable de l'âge jusqu'à 10 semaines (LeFil, d'après DiGangi et coll., 2019).
 

Déterminer l'âge des chatons par leur poids plutôt que par leur denture semble ne pas être si irréaliste, au moins pour les Européens. C'est un collège de cliniciens, biostatisticiens et de responsable de chatteries pour la production d'animaux EOPS qui a analysé en détail la pesée régulière de chatons jusque 20 semaines d'âge, qui conclue que la règle empirique des +450 g de poids par mois s'applique bien, mais pas au-delà de 10 semaines d'âge, sauf correction “manuelle” du résultat. En clair, ils recommandent :

  • pour un poids mesuré de 1,6 à 1,8 kg, de réduire l'âge calculé (par exemple un chaton de 1,8 kg aurait un âge de 4 mois, soit 16 semaines, qui devrait plutôt être ramené à 14 semaines) ;
  • pour un poids mesuré de 2 à 2,3 kg, de relever l'âge calculé (par exemple un chaton de 2,3 kg devrait avoir 5 mois, mais ce qui pourrait être corrigé à 5,5 mois).

Référence : +450 g par mois

Leur premier constat était que, contrairement au chiot, qui a une croissance exponentielle indépendante de sa taille adulte, la croissance des chatons est décrite comme linéaire. Elle devrait donc « pouvoir corréler poids et âge ». C'est d'ailleurs ce qui est classiquement utilisé en refuges où « la règle du gain de poids d'une livre [américaine, soit 450 g] par mois de vie est la méthode la plus simple et la plus rapide appliquée ». Mais cette règle n'a pas été validée sur la durée, et elle ne prend pas en compte les facteurs pouvant affecter poids de naissance et qualité du développement post-natal. Les auteurs l'ont néanmoins prise en référence, pour la comparer à deux séries de mesures :

  • les pesées réalisées sur des chatons nés dans leur animalerie (animaux exempts d'organismes pathogènes spécifiés, EOPS), réalisées toutes les 2 semaines de la naissance à 8 semaines d'âge, pour la détermination du « taux de croissance néonatale ». Cela représente 246 chatons (111 femelles, 115 mâles et 20 qui sont passés entre les gouttes de l'enregistrement du sexe) ;
  • les pesées réalisées sur des chatons de propriétaires privés, présentés à la faculté vétérinaire de Floride pour une consultation de convenance (vaccination, stérilisation…) et âgés d'entre 6 et 20 semaines, après confirmation de l'âge auprès du propriétaire, et l'examen par un clinicien de la denture et du comportement de l'animal. Cette population devrait permettre d'évaluer le « taux de croissance pédiatrique ». Cela représente 1 310 chatons (643 femelles, 667 mâles). L'essentiel de cette population est constitué d'Européens (77 % à poils courts, 14 % à poils longs). La seule race fortement représentée ici est le Siamois (6,9 % de l'effectif).

Période néonatale : R2=0,88

Pour la croissance néonatale, les auteurs observent que, dans les conditions exceptionnelles (sanitaires et nutritionnelles) de leur chatterie, le différentiel de poids entre mâles et femelles devient significatif dès 6 semaines d'âge (p<0,001 à 6 et 8 semaines). Le coefficient de détermination (R2) entre poids et âge est très élevé (proche de 1; ce coefficient est le carré du coefficient de corrélation ; il permet de juger de la qualité d'une régression linéaire simple) : R2 = 0,81 chez les femelles, R2 = 0,83 chez les mâles, et R2 = 0,88 si le sexe n'est pas pris en compte, la droite étant alors une fonction affine donnée par l'équation ‘y= 8,9 x – 0,4' où ‘y' est l'âge en semaines et ‘x' est le poids en kg. Lorsqu'ils comparent ces éléments à la règle des +450 g/mois, les auteurs observent qu'elle est cohérente avec leurs mesures, surtout entre 1 et 6 semaines d'âge (précision de 98,8 à 82,5 %, se réduisant avec l'âge). A 8 semaines d'âge, la précision n'est plus que de 77,6 %.

Moins fiable pour la période pédiatrique

Pour la période pédiatrique, et étant donné que les soins aux chatons n'étaient pas uniformes, il n'est pas étonnant que le différentiel de croissance entre mâles et femelles ne commence qu'en semaine 10 (p=0,007). Il se poursuit jusqu'en semaine 14 (p<0,001). Aussi, le coefficient de détermination est-il plus faible : R2 = 0,54. En clair, le nuage de points lors des mesures s'éloigne plus de la droite de régression, qui est alors exprimée par ‘y= 5 x + 3,8' où ‘y' est l'âge en semaines et ‘x' est le poids en kg. La précision est – logiquement – moindre, avec une valeur maximale de 77,4 % à 6 semaines, qui va chutant pour passer sous la barre des 50 % à 12 semaines d'âge.

Règle valable jusque 12 semaines

Ainsi, « la règle des +450 g/mois est un moyen pertinent de déterminer l'âge de la majorité des chatons, jusqu'à 10 semaines d'âge [même si] elle a tendance à surestimer l'âge des chatons mâles ». Au-delà de ces deux mois et demi, les auteurs estiment que la règle reste a priori applicable jusque 12 semaines d'âge, même s'ils ne mettent pas en avant cette observation. « Aux valeurs de poids [fournissant, par application de cette règle] 14 et 16 semaines, l'âge est alors surestimé ». Inversement, pour les âges calculés de 18 et 20 semaines, il s'agira plutôt d'une sous-estimation. Ce qui pourrait conduire le clinicien « à repousser une date de vaccination ou de stérilisation alors que l'âge du chaton est en fait approprié ».

Toutefois, ces données ne portent que sur les Européens. Le poids de naissance moyen indiqué ici (animalerie EOPS) est de 110 g. Ce qui paraît cohérent avec les éléments collectés par Neocare à l'ENV Toulouse sur la dispersion des poids moyens de naissance par race féline : ils varient de 40 % entre les 118,5 g des Maine Coon et les 84,8 g des Persans, en passant par les 100,1 g des Ragdoll ou encore les 94,8 g des Birmans (données d'A. Mugnier, non publiées). Selon ces poids de naissance, en particulier pour les extrêmes, il est probable que la courbe de régression de la croissance néonatale n'aura pas la même pente que celle présentée ici.