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Proplan

25 août 2026

Douleur chez le chat : le sexe du vétérinaire en influence-t-il l'évaluation ?

par Karin De Lange

Temps de lecture  5 min

Capture d'écran d'un des vidéos utilisés dans l'étude de l'évaluation de douleur par des observateurs vétérinaires. Les vidéos ont permis de voir la position et l'attitude, l'expression faciale et l'interaction avec l'observateur et la réponse à une palpation douce de l'abdomen et/ou la plaie chirurgicale. Les observatrices ont attribué des scores de douleur plus élevés que les observateurs (d'après Monteiro et coll., 2026).
Capture d'écran d'un des vidéos utilisés dans l'étude de l'évaluation de douleur par des observateurs vétérinaires. Les vidéos ont permis de voir la position et l'attitude, l'expression faciale et l'interaction avec l'observateur et la réponse à une palpation douce de l'abdomen et/ou la plaie chirurgicale. Les observatrices ont attribué des scores de douleur plus élevés que les observateurs (d'après Monteiro et coll., 2026).
 

Le sexe de l'observateur peut influencer le score de douleur attribué aux chats, selon une étude canadienne récente. C'est un « résultat qui invite à mieux prendre en compte les biais humains dans l'utilisation des échelles de douleur », même si les auteurs reconnaissent que le recours à ces grilles de notation reste fiable. Car l'évaluation précise de la douleur aiguë est essentielle à la qualité des soins vétérinaires, notamment chez le chat, espèce dont les signes de douleur sont souvent discrets. Plusieurs outils validés permettent aujourd'hui de structurer cette évaluation, parmi lesquels :

  • l'échelle de grimace féline, ou Feline Grimace Scale (FGS),
  • l'échelle multidimensionnelle d'évaluation de la douleur féline de l'UNESP-Botucatu (UFEPS-SF),
  • et l'échelle composite de mesure de la douleur de Glasgow pour les félins (CMPS-Feline).

Mais même avec ces instruments standardisés, une partie de l'interprétation reste humaine. Une nouvelle étude s'est donc intéressée à la question : le sexe du vétérinaire qui évalue la douleur influence-t-il le score attribué au chat ?

Évaluations réalisées à partir de vidéos standardisées

L'étude, mené par l'équipe de Paolo Steagall à l'Université de Montréal (Canada), a porté sur 14 vétérinaires, sept femmes et sept hommes, qui ont évalué 24 vidéos standardisées et randomisées de chats avant et après ovariohystérectomie (voir un exemple dans l'illustration principale). Les participants avaient des niveaux d'expérience professionnelle différents, avec en moyenne plus de douze années de pratique féline. La majorité possédait un diplôme de master ou de doctorat et près de 80 % étaient eux-mêmes propriétaires de chats. Les vidéos ont été évaluées à l'aide des trois échelles de douleur. L'objectif n'était pas de déterminer quel sexe évaluait la douleur « correctement », mais de rechercher d'éventuelles différences dans la manière dont les observateurs attribuent les scores.

Des scores globalement plus élevés chez les observatrices

Les vétérinaires femmes ont attribué des scores totaux significativement plus élevés que leurs collègues hommes pour deux des trois outils : l'UFEPS-SF et la CMPS-Feline. Avec la FGS, cette différence n'était pas significative. Les écarts apparaissaient également pour certains critères individuels. Ces différences concernaient notamment plusieurs manifestations comportementales ou faciales de la douleur, telles que la tension du museau, les modifications des moustaches ou encore certains changements de posture et la réaction à la palpation. Le résultat le plus susceptible d'avoir une conséquence directe en pratique concerne toutefois la décision d'administrer un traitement analgésique.

Un impact potentiel sur la décision (du moment) d'analgésie

Les trois échelles utilisent un seuil à partir duquel une analgésie de secours peut être recommandée. Dans cette étude, l'évaluation des vétérinaires femmes avait une probabilité nettement plus élevée d'atteindre ou de dépasser ce seuil que celle des hommes. Les probabilités étaient 4,88 fois supérieures avec la FGS, 3,84 fois avec l'UFEPS-SF et 3,73 fois avec la CMPS-Feline. Autrement dit, pour un même patient observé dans les mêmes conditions, le sexe de l'évaluateur peut influencer la probabilité qu'une intervention analgésique soit envisagée. Les auteurs précisent que cela ne signifie cependant pas que les vétérinaires femmes sont plus sensibles à la douleur, ni que leurs collègues masculins la sous-estiment. Ils rappellent que l'étude n'a pas été conçue pour déterminer quelle évaluation était la plus exacte. Elle montre simplement qu'une variabilité liée à l'observateur existe, même lorsque des outils validés sont utilisés.

Effets démographiques sur les évaluations de la douleur utilisant trois échelles de douleur, dont la Feline Grimace Scale© (FGS), l'UNESP-Botucatu multidimensional feline pain assessment scale – short form (UFEPS-SF) et le Glasgow Composite Measure Pain Scale – Feline (CMPS-Feline). Monteiro et coll., 2026.

 

Une fiabilité qui reste excellente

Un élément important nuance ces résultats : la fiabilité entre observateurs était très élevée, quel que soit leur sexe. Les coefficients de corrélation intraclasse (ICC) se situaient entre 0,935 et 0,962 pour les trois échelles, ce qui est très élevé. Le sexe des évaluateurs n'a donc pas affecté la cohérence générale des scores. Les différences observées semblent plutôt concerner le niveau auquel certains signes sont interprétés comme suffisamment importants pour augmenter le score ou déclencher une recommandation d'analgésie. La FGS pourrait par ailleurs présenter une caractéristique intéressante à cet égard. Contrairement aux deux échelles multidimensionnelles, elle ne nécessite pas d'interaction directe avec l'animal. Cette absence de manipulation pourrait limiter certains biais liés à l'observation de la posture ou de la réaction à la palpation.

Plus on est spécialisé et âge, plus on sous-estime la douleur

Les analyses exploratoires suggèrent que d'autres caractéristiques des observateurs pourraient également influencer les scores. L'âge, les niveaux de spécialisation et d'expérience auprès des chats étaient notamment associés aux résultats. Les spécialistes avaient tendance à attribuer des scores plus faibles avec l'UFEPS-SF et la CMPS-Feline, tandis que les résidents en anesthésie attribuaient des scores plus élevés avec la CMPS-Feline. Les observateurs plus âgés avaient également tendance à donner des scores inférieurs à ceux de leurs collègues plus jeunes. L'expérience personnelle des chats pourrait aussi jouer un rôle. La familiarité avec le comportement félin normal peut modifier les attentes du clinicien pour ce qui constitue un comportement postopératoire inhabituel. Ces observations rejoignent les données issues de la médecine humaine, où d'autres travaux montrent que les femmes proposent souvent des notes d'évaluation de douleur plus élevés et ont une sensibilité accrue aux expressions faciales de douleur. Dans l'étude présente, les observatrices ont également attribué des scores plus élevés pour des expressions faciales de douleur chez le chat, comme le resserrement orbital, le pincement du museau et le positionnement des vibrisses.

Mieux reconnaître les biais pour améliorer la prise en charge

Cette étude, menée sur un petit groupe d'observateurs et exclusivement dans le contexte de douleurs chirurgicales, doit être interprétée avec prudence. Les auteurs rappellent que ces résultats ne peuvent notamment pas être extrapolés à toutes les formes de douleur féline. Ils soulèvent néanmoins une question importante : la standardisation d'une échelle suffit-elle à éliminer les biais de celui ou celle qui l'utilise ? « Probablement pas complètement », si l'on se fie aux résultats présents. La formation à l'utilisation des échelles de douleur pourrait donc davantage insister sur les sources potentielles de variabilité entre observateurs, notamment le sexe, l'expérience et les habitudes cliniques. À terme, des outils automatisés reposant sur l'intelligence artificielle, comme l'analyse automatisée des expressions faciales utilisée avec la FGS, pourraient également contribuer à réduire de tels biais.