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Proplan

21 février 2018

Thélaziose oculaire canine : « en cours de diffusion » dans le Sud-Ouest

par Vincent Dedet

Temps de lecture  2 min

Extrapolation de la concentration géographique continue des cas de thélaziose canine à partir des données de l'enquête en ligne de 2016. En bleu : aucun cas identifié. En vert : cas sporadiques. En jaune-orange-rouge : cas régulièrement identifiés (Merindol et collaborateurs, 2018, avec l'aimable autorisation de J. Guillot, ENVA).
Extrapolation de la concentration géographique continue des cas de thélaziose canine à partir des données de l'enquête en ligne de 2016. En bleu : aucun cas identifié. En vert : cas sporadiques. En jaune-orange-rouge : cas régulièrement identifiés (Merindol et collaborateurs, 2018, avec l'aimable autorisation de J. Guillot, ENVA).
 

« La Dordogne est toujours une zone d'enzootie de la thélaziose canine », qui est aussi « en cours de diffusion à d'autres zones du Sud-Ouest de la France ». Tel est le constat établi par les équipes de parasitologistes de l'ENV d'Alfort et de Merial (aujourd'hui Boehringer Ingelheim), dans une publication de ce 14 février.

Venu de l'Est

Les Thelazia sont des vers ronds parasitant les sacs conjonctivaux des mammifères ; T. callipaeda, agent de la thélaziose canine (occasionnellement féline et sporadiquement humaine) en Eurasie a pour hôte intermédiaire une mouche de la famille des drosophiles, qui se nourrit des sécrétions lacrymales (Phortica variegata). Parasite asiatique, T. callipaeda était présent dans les républiques de l'ex-URSS et n'a été signalé en Europe occidentale qu'à partir de 1989 en Italie, qui a, depuis, été totalement conquise. Sa première description sur des chiens en France date de 2006, en Dordogne, où trois cantons « spécialisés dans la production de fraises » étaient « hyperenzootiques ».

Plus du tiers des cliniques ayant répondu

Pour évaluer la situation 10 ans plus tard, un court questionnaire électronique a été soumis aux cliniques vétérinaires de 26 départements du Sud-Ouest, en avril 2016 (n=1 670). Le code postal de chaque clinique était conservé, pour pouvoir réaliser une cartographie des cas. Le taux de réponse est correct pour ce type d'enquêtes (16,7 %), avec 279 cliniques ayant renvoyé une réponse complète et exploitable. Dans plus du tiers de ces cliniques (34,8 %), au moins un cas de thélaziose canine avait été observé sur les 12 mois précédant la réponse. Dans les trois quarts de ces cliniques “positives” (74,2 %), le nombre de cas était faible, de 1 à 5 par an. Les auteurs estiment que la présence du parasite n'est pas surestimée car l'identification du nématode sur l'œil d'un chien (voir le cliché ci-dessous) « est pathognomonique ».

La présence d'un ver rond (au moins) sur la surface oculaire d'un chien (ou d'un chat) est pathognomonique de la thélaziose (cliché: Domenico Otranto, Bari, Italie).

 

9 départements où > 5 cas par an

Les cliniques vétérinaires à plus de 5 cas sur la dernière année n'étaient pas concentrées dans une seule zone, mais réparties sur 9 départements : Aveyron, Dordogne, Haute-Garonne, Gers, Gironde, Landes, Pyrénées-Atlantiques, Hautes-Pyrénées et Tarn-et-Garonne. Les deux cliniques localisées dans la zone déjà connue « d'hyperenzootie » de la thélaziose en Dordogne, voient toujours plus de 50 cas par an, tandis que deux autres cliniques, localisées « au Nord-Ouest et au Nord-Est de [ce] département ont signalé 20 cas chacune » ce qui représente une « nouvelle zone » d'enzootie. Autre nouveauté : les Landes, où deux cliniques signalent une trentaine de cas, ce qui constituerait aussi « un nouveau foyer d'enzootie » (voir l'illustration principale), dans une zone dénuée de production de fraises. La plupart des cas de Haute-Garonne correspondent aux consultations d'ophtalmologie de l'ENV de Toulouse, référées par des praticiens du Sud-Ouest, et ne signent donc probablement pas un foyer.

Diffusion en cours

Le Sud-Ouest de la France rejoint donc les régions où la circulation de ce parasite est avérée : outre l'ensemble de la botte italienne, le Tessin helvète, le Centre-Ouest de l'Espagne, le Centre et le Nord du Portugal et, plus à l'Est, la Grèce, la Roumanie, la Hongrie, la Serbie, la Bosnie Herzégovine et la Slovaquie. La répartition attendue de la mouche hôte intermédiaire avait été modélisée par une équipe italienne dès 2006 : elle montrait que la quasi-totalité de la France, à l'exception de la Bretagne, comme la quasi-totalité de l'Europe occidentale, présentaient des « conditions écologiques favorables » à sa présence (voir l'image ci-dessous). Le potentiel de diffusion du parasite est donc important.

La répartition attendue de Phortica variegata, mouche drosophilidée hôte intermédiaire du nématode de la thélaziose canine figure en gris sur cette carte de l'Eurasie établie en 2006 (Otranto et collaborateurs, 2006).