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Proplan

27 juillet 2026

Anesthésie du chien cardiaque : consensus clinique des spécialistes

par Agnès Faessel

Temps de lecture  6 min

Selon les résultats de l'enquête, le protocole anesthésique s'adapte au stade de gravité de l'insuffisance cardiaque du chien dans le cadre d'une anesthésie de routine (cliché Pixabay).
Selon les résultats de l'enquête, le protocole anesthésique s'adapte au stade de gravité de l'insuffisance cardiaque du chien dans le cadre d'une anesthésie de routine (cliché Pixabay).
 

Il n'existe pas de recommandations pratiques bien établies pour l'anesthésie des chiens insuffisants cardiaques. Une enquête auprès de vétérinaires spécialisés dans la discipline a toutefois permis de dégager des pratiques actuelles globalement consensuelles, avec une adaptation des protocoles à mesure que la maladie progresse.

Les 21 participants sont des diplomates de l'American college of veterinary anesthesia and analgesia (ACVAA). L'analyse de leurs réponses au questionnaire vient d'être publiée en ligne (dans le JSAP).

7 scénarios de MMVD de divers stades et gravité

L'enquête s'est basée sur une série de 7 mises en situation, concernant l'anesthésie d'un chien atteint de maladie valvulaire dégénérative mitrale (MMVD pour myxomatous mitral valve disease). La MMVD est courante dans cette espèce ; sa prévalence est estimée à 10 %. Et elle constitue un surrisque lors de l'anesthésie générale de l'animal, d'autant plus s'il est stressé. Il convient alors de contrôler la contractilité du myocarde, la fréquence cardiaque, et la pré- et postcharge. Une surcharge volémique, notamment, est à éviter.

Les 7 scénarios étaient des cas de chiens atteints de MMVD de divers stades et gravité, en suivant :

  • La stadification selon l'ACVIM, laquelle va d'une atteinte préclinique (stade B) à un stade terminal (D) lorsque les signes cliniques deviennent réfractaires au traitement médical ; ici, seuls des stades B1 (n=2), B2 (n=3) et C (n=2) étaient inclus ;
  • Puis la gravité à chaque stade, selon des critères échocardiographiques (score MINE pour mitral insufficiency echocardiographic), c'est-à-dire une gravité légère, modérée, sévère ou terminale.

Ces chiens étaient décrits comme anxieux et potentiellement agressifs (ils « pourraient mordre »). Le traitement actuel de leur maladie cardiaque était précisé.

Dans le contexte d'une anesthésie générale pour des soins dentaires (avec possibilité d'extraction), les répondants indiquaient leur opinion et leurs préférences sur la prise en charge de tels cas, en approuvant ou non les 12 propositions émises (identiques pour chaque scénario), relatives à :

  • l'évaluation du risque anesthésique (stade ASA, entre I et III),
  • le protocole de prémédication par voie intramusculaire (5 choix),
  • l'usage de kétamine pour l'induction,
  • le rythme de perfusion pour la fluidothérapie (2-3 ou 4-5 ml/kg/h),
  • l'administration de dopamine (agent inotrope).

Ils notaient chaque affirmation (par exemple « je classerais ce chien en risque ASA 2 ») entre 1 (complètement d'accord) et 5 (absolument pas d'accord). Mais les résultats ont ensuite été regroupés en 3 catégories : d'accord (notes 1 et 2), neutre (3) ou pas d'accord (4 et 5).

Lien entre MMVD et risque anesthésique

D'une manière générale, les réponses des spécialistes interrogés sont cohérentes et concordantes.

Sans réelle surprise, le stade ASA est d'autant plus élevé que la MMVD est à un stade avancé, et grave. Ainsi, le cas de stade B1 et de faible gravité est très majoritairement classé ASA II (90 % des répondants sont « d'accord » avec ce classement) ; celui de gravité modérée l'est aussi (70 %). Les répondants restent souvent neutres sur la proposition de le classer ASA III. Les stades B2, en revanche, sont plus souvent classés ASA III, qu'ils soient de faible gravité (60 %), de gravité sévère (70 %) ou terminale (80 %). Et les stades C, indépendamment de leur gravité, sont assez universellement classés ASA III.

Morphiniques plébiscités en prémédication

Tous les protocoles de prémédication proposés contenaient un morphinique (méthadone). Mais les répondants s'accordent sur une préférence croissante pour son usage seul à mesure que la gravité de la MMVD augmente (de 23,8 % d'opinion favorable pour le stade B1 de faible gravité à 66,7 % pour le C de gravité terminale). L'objectif est probablement de minimiser les effets de l'anesthésie sur la fonction cardiaque (altération de la postcharge, aggravation de l'insuffisance cardiaque). Les morphiniques sont relativement sûrs sur cet aspect. Mais ils n'assurent pas nécessairement une sédation suffisante pour placer un cathéter, surtout chez un animal anxieux.

L'association avec une benzodiazépine (midazolam) est globalement peu employée malgré sa sécurité vis-à-vis de la fonction cardiaque, potentiellement en raison de son effet sédatif limité et du risque de réaction paroxystique. La proportion de répondants fortement opposés à cette combinaison diminue toutefois avec la gravité de la maladie cardiaque.

L'association avec un alpha-2-agoniste (dexmédétomidine) est globalement découragée aussi, ce qui est cohérent avec ses effets cardiaques (risque de bradycardie, d'augmentation de la régurgitation, etc.). Elle reste possible pour une partie des répondants dans les stades B1 voire B2 débutant, probablement à faible dose (la posologie n'était pas évaluée dans le questionnaire).

La combinaison avec une phénothiazine (acépromazine) est jugée possible à tous les stades, mais dans une proportion moindre pour ceux les plus avancés ; elle chute à 28,6 % et 19 % pour les stades C présentés. Cette réserve serait liée, selon les auteurs, au risque de vasodilatation et d'hypotension associée à la molécule.

L'association avec un neurostéroïde (alfaxalone, bien que non indiquée par voie intramusculaire) est celle qui totalise le plus d'opinions favorables, de 81 % (B1 léger) à 76,2 % (C terminal). L'effet de la molécule est dose-dépendant, ce qui est intéressant. Les auteurs alertent toutefois sur le grand volume à injecter (donc peu pratique chez un chien qui n'est pas calme) et sur le risque d'effets indésirables, comme des tremblements, un nystagmus, une altération de la vision, une hyperacousie…

La kétamine reste indiquée

Ne pas utiliser de kétamine pour l'induction, combinée au propofol ou à une benzodiazépine, récolte peu de réponses favorables. Les spécialistes l'utilisent donc, mais ce choix décroît toutefois pour les stades avancés : un tiers des répondants sont d'accord pour ne pas la choisir pour l'anesthésie d'un cas de stade C, et 19 % restent neutres sur ce point.

Cette molécule permet en effet de maintenir la pression artérielle, la fréquence cardiaque et l'oxygénation des tissus. Mais son effet inotrope négatif limite son usage sur les cas de MMVD plus avancés.

Ralentir la perfusion

La vitesse de perfusion du soluté de Ringer lactate utilisé en fluidothérapie est plutôt ralentie, avec une préférence pour 2 ou 3 ml/kg/h (versus 4 ou 5) dans la plupart des cas de MMVD. Cette préférence varie toutefois selon la gravité de la maladie : elle est de 67,7 % pour le stade B1 léger, atteint 100 % pour le B2 sévère, et s'établit à 80,9 % et 61,9 % pour les stades C.

Le désaccord exprimé pour une vitesse plus élevée décroît en revanche uniformément avec la gravité de la MMVD (de 47,6 % à 0 %), probablement en lien avec le risque de surcharge volémique et d'œdème pulmonaire.

Les auteurs soulignent aussi que l'administration à effet de petits bolus (1 à 2 ml/kg) versus une perfusion rapide permet d'adapter le volume administré pour éviter l'hypotension sans risque de surcharge volémique chez les chiens atteints de MMVD clinique.

Ajouter un inotrope dans les cas avancés

L'administration de dobupamine est peu fréquente aux stades B1. Mais son approbation devient majoritaire pour les stades B2, et atteint 85,7 % aux stades C. Maintenir la pression artérielle systémique avec un inotrope, plutôt qu'en jouant sur la fluidothérapie, apparaît ainsi nécessaire pour les stades cliniques de la maladie, selon ces spécialistes de l'anesthésie.