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Elanco & Proplan

12 octobre 2016

Brachycéphalie et troubles respiratoires : chez les chats aussi, l'association est négative, et continue

par Vincent Dedet

Temps de lecture  4 min

À l'image des chats “Garfield”, la mode des races brachycéphales a incité des cliniciens britanniques à réaliser une enquête auprès des propriétaires de chats pour confirmer de manière quantitative l'impact de ce type sur la fonction respiratoire de leur animal (cliché : wikimedia).
À l'image des chats “Garfield”, la mode des races brachycéphales a incité des cliniciens britanniques à réaliser une enquête auprès des propriétaires de chats pour confirmer de manière quantitative l'impact de ce type sur la fonction respiratoire de leur animal (cliché : wikimedia).
 

Pour savoir dans quelle mesure le caractère brachycéphale prédispose les chats, comme les chiens, à des troubles respiratoires, des cliniciens de deux facultés vétérinaires britanniques ainsi que d'une structure de services spécialisés en médecines de différentes espèces (dont féline) ont soumis un questionnaire aux propriétaires de chats, en les postant sur des sites d'associations de et groupes de médias sociaux. Ils leurs demandaient de prendre leur animal en photo, de face et de profil ! Entre avril et juin 2015, ils ont reçu plus de 1 500 réponses. Comme ils avaient posté le questionnaire sur le forum d'une association chinoise, 40,5 % des répondants sont de ce pays.

Chats notés sur 10

L'enquête comportait 30 questions, allant des généralités sur le propriétaire et l'animal (si plusieurs chats étaient présent au foyer, seul le plus âgé était renseigné) à l'état général de l'animal (5 silhouettes proposées) et sa santé. Le propriétaire devait aussi renseigner la race, la fréquence des bruits respiratoires de l'animal pendant son sommeil (de 1 : aucun à 4 : en continu) et les difficultés respiratoires après l'effort (de 1 : jamais à 6 : plus d'une fois par jour). La note respiratoire de chaque animal était la somme de ces deux chiffres, sur 10. Pour les photos, il fallait qu'elles soient récentes et comportent à la fois le menton et les oreilles car elles ont donné lieu à des mesures, pour évaluer le degré de brachycéphalie.

Deux ratios

Les indicateurs retenus sont exprimés en ratios car les mesures varient suivant la taille de chaque photo :

  • Le ratio de position du nez (NP%) se calcule à partir du cliché de face. C'est la distance du stop du chanfrein à la partie supérieure du museau (plus le chat est brachycéphale et plus cette distance approche zéro), divisée par la distance du haut du crâne à la pointe du menton, x 100.
  • Le ratio du museau (M%) se calcule sur la vue de profil, les valeurs étant mesurées à l'horizontale (pas sur l'animal mais sur une projection des points retenus sur un axe horizontal). C'est la longueur du museau (distance du stop du chanfrein au bord supérieur du museau) divisée par la longueur du crâne (distance du bord du museau à l'arrière de la protubérance occipitale), x 100.

Écoulements

Les deux tiers des répondants (soit un millier) ont rempli la totalité du questionnaire. Autour du tiers de cet effectif indiquait avoir un chat de race pure (30 % en Chine, 37 % pour les autres pays). Environ la moitié avaient fourni les deux clichés demandés, mais ils n'étaient pas tous conformes à la demande :

  • Le NP% a pu être calculé pour 494 clichés : il varie de -2 à +35.
  • Le M% a pu être calculé pour 373 clichés : il varie de <1 à >25.
  • Les deux critères étaient disponibles pour 239 chats (moins du quart des répondants).

Enfin, les auteurs ont également renseigné la présence de traces d'écoulement au coin des yeux, sur le cliché de face.

Impact significatif, continu

Les notes respiratoires obtenues sont dans l'ensemble assez faibles (3,74 au plus). Pour autant, l'analyse statistique montre qu'en effet, les deux ratios utilisés sont associés de manière hautement significative à cette note respiratoire, et de manière continue, alors que le nombre de chats de race brachycéphale (persan, iso-short, Garfield…) dans l'étude est faible (n=63). Pour le  NP% (p<0,001), plus la position du nez est haute (faible valeur du NP%) et plus les difficultés respiratoires sont importantes « du fait des anomalies de l'appareil respiratoire supérieur » sous-jacentes. Pour le M% (p=0,026), la même association négative est observée (plus le museau est court, plus la note respiratoire est élevée), mais cela a un impact deux fois moins important sur la note respiratoire, par rapport à NP%. Ainsi, les auteurs « confirment que les chats de races brachycéphales  comme les persans et les types ‘exotiques' sont plus à-même d'avoir des difficultés respiratoires ». Ce qui était déjà connu, mais n'avait pas été quantifié. Ils proposent aussi que leur système de notation de la brachycéphalie soit utilisé en routine, par les praticiens, voire les propriétaires, pour évaluer les difficultés respiratoires attendues d'un sujet brachycéphale.

Sous-estimation

L'analyse statistique trouve aussi une forte  association entre la présence de traces d'écoulements oculaires et la note respiratoire (p<0,001), mais aussi avec chacun des deux ratios (plus la brachycéphalie est prononcée et plus les canaux lacrymaux risquent d'être bouchés). Le résultat sur l'activité physique des chats était un peu moins attendu : le niveau d'activité des chats est lui aussi associé à la note respiratoire, négativement (p=0,01). Plus l'activité est réduite, plus la note augmente. Prudents, les auteurs ne tranchent pas sur le facteur explicatif : la dyspnée est-elle à l'origine de la sédentarité, ou l'inverse ? Ils se contentent de noter que, pour les chats les plus sédentaires, la note respiratoire « est probablement sous-estimée » puisque ceux ayant le degré le plus élevée de brachycéphalie « sont incapables de niveaux élevés d'activité ». Il reste que l'appel de la British Veterinary Association de mai dernier à écarter de la reproduction les sujets aux conformations brachycéphales les plus extrêmes comprenait aussi explicitement les chats.