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Proplan

23 septembre 2026

Recrutement vétérinaire : au-delà des clichés générationnels

par Karin De Lange

Temps de lecture  6 min

Nombre de jours non travaillés par le jeune diplômé sur une semaine de sept jours jugé acceptable par les répondants (d'après Blanc, 2026).
Nombre de jours non travaillés par le jeune diplômé sur une semaine de sept jours jugé acceptable par les répondants (d'après Blanc, 2026).
 

La profession vétérinaire française fait face à des difficultés persistantes de recrutement, malgré l'augmentation du nombre de diplômés et l'arrivée de vétérinaires formés à l'étranger. Les différences de rapport au travail entre générations sont souvent évoquées pour expliquer cette situation. Mais que recherchent réellement les employeurs chez les jeunes diplômés, et dans quelle mesure sont-ils prêts à adapter leurs pratiques ? Une thèse vétérinaire soutenue à Oniris en juin dernier, apporte des éléments de réponse à partir d'une enquête menée auprès de 813 praticiens en France.

Recrutement toujours difficile, malgré une profession attractive

La thèse rappelle que la profession continue d'attirer de nombreux étudiants et offre, dans l'ensemble, une bonne insertion professionnelle. Pourtant, certains secteurs, notamment la pratique auprès des animaux de production, restent confrontés à des difficultés de recrutement. Selon la thèse, 44,2 % de l'ensemble des vétérinaires interrogés étaient en recherche active d'un nouvel employé vétérinaire. Ces tensions s'inscrivent dans un contexte de croissance de l'activité vétérinaire, particulièrement en canine, mais aussi de contraintes importantes liées à la charge de travail et à la charge émotionnelle. Les jeunes générations, davantage sensibilisées aux questions de santé mentale et d'équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, peuvent se montrer « moins enclines à accepter des conditions de travail jugées excessives ». Elles expriment également des attentes en matière de management participatif, de reconnaissance et de cohérence entre les valeurs affichées par une structure et ses pratiques.

Près de trois “recruteurs” sur quatre jugent le recrutement difficile

Ces évolutions ne signifient toutefois pas nécessairement un manque d'investissement professionnel. L'enquête s'attache à examiner les attentes des recruteurs et les conditions dans lesquelles ils envisagent l'embauche de jeunes diplômés. Parmi les 813 vétérinaires dont les réponses ont été analysées, 73,4 % estiment « difficile » le recrutement de néo-diplômés. Cette difficulté ne traduit pas pour autant un refus généralisé d'embaucher des débutants. Près de deux tiers (62,2 %) des répondants se disent prêts à recruter un vétérinaire tout juste diplômé, et 31,9 % envisageraient de le faire sous certaines conditions. Seuls 5,9 % ne souhaitent pas embaucher de jeune diplômé (les réponses ne permettaient pas de connaître la justification). Le statut salarié est privilégié par 71,2 % des répondants. Ce résultat s'inscrit dans un contexte où le salariat constitue une voie d'insertion largement répandue pour les jeunes vétérinaires.

Motivation, autonomie et expérience : les critères de recrutement

Pour les employeurs qui posent des conditions à l'embauche, la motivation arrive en tête des critères cités. L'autonomie et la réalisation de nombreux stages, voire d'une période d'essai, sont également fréquemment mentionnées. Les qualités recherchées sont notamment résumées par les termes « volontaire », « investi », « débrouillard » et « autonome ». L'expérience acquise pendant les études, la qualité de la formation reçue et la volonté de poursuivre sa formation sont aussi prises en compte. L'internat ou le clinicat est évoqué plus occasionnellement, plutôt dans le contexte de la pratique équine. L'origine du diplôme ne constitue pas un critère déterminant pour tous les recruteurs : 48 % déclarent ne pas avoir de préférence concernant le pays ou le type d'école. En revanche, 30,5 % privilégient un diplôme obtenu dans l'une des quatre écoles nationales vétérinaires françaises et 18,4 % un diplôme obtenu en France, sans distinction entre les établissements.

Gardes et temps de travail : des attentes nuancées

Les gardes constituent un sujet de divergence potentiel, mais les réponses sont loin d'être uniformes. Au total, 38,6 % des répondants ne souhaitent pas que le jeune diplômé en effectue. 8,7 % envisagent une garde en semaine uniquement, tandis que 3,1 % souhaitent qu'il fasse deux gardes hebdomadaires (et 1,2 % plus de deux). Le fait qu'un jeune diplômé refuse de faire des gardes n'est pas systématiquement rédhibitoire : 34,3 % des répondants indiquent que cela ne constitue pas un obstacle à l'embauche – même si cette possibilité n'est jamais envisagée dans leur structure. Pour 33,8 %, les gardes doivent pouvoir être envisagées ultérieurement. Enfin, 31,9 % les considèrent comme une condition indispensable. Lorsque des gardes sont prévues, l'accompagnement par un vétérinaire sénior est envisagé par 60,7 % des répondants, et pendant plusieurs mois (15 % pendant une année et 16 % pendant plusieurs années). Concernant le rythme hebdomadaire, 58,3 % jugent acceptable que le jeune vétérinaire dispose de trois jours non travaillés par semaine (week-end compris), et 26,6 % en acceptent deux (voir l'illustration principale). Ces réponses suggèrent qu'un rythme de quatre ou cinq jours travaillés est envisageable par une majorité des répondants.

Rémunération : une marge de discussion, sous conditions

La rémunération proposée se situe le plus souvent au niveau de la convention collective ou à un niveau légèrement supérieur. Ainsi, 33,4 % des répondants déclarent proposer le minimum conventionnel, 38,1 % une rémunération majorée d'au plus 10 % et 17,3 % une majoration d'au plus 20 %. La discussion salariale reste possible pour une partie importante des employeurs. Pour 42,3 %, elle peut être envisagée si le candidat présente une « valeur ajoutée », par exemple un internat ou une expérience préalables. Un employeur sur cinq (19,1 %) se dit ouvert à une négociation sans condition. D'autres préfèrent attendre la période d'essai ou une année de travail. Seuls 3,8 % n'envisagent aucune discussion.

Former et accompagner : une volonté largement exprimée

L'autonomie attendue dès l'embauche concerne principalement les consultations vaccinales et de médecine préventive, citées par 93,7 % des répondants. Les chirurgies de convenance et la gestion des hospitalisations sont également mentionnées, respectivement par 37,4 % et 35,5 % des répondants. Les attentes sont plus faibles pour les consultations de médecine (22,4 %) et la gestion des urgences (12,9 %). Pour les domaines dans lesquels une autonomie complète n'est pas attendue immédiatement, 68,1 % des répondants estiment que le jeune diplômé aura besoin de plusieurs mois pour la développer, et 19,2 % envisagent même une année. Cette progression suppose un accompagnement concret. Plus de la moitié des répondants (57,7 %) se disent prêts à assurer la formation du jeune vétérinaire pendant plusieurs mois ; 15,9 % envisagent un encadrement d'un an et 15,4 % de plusieurs années (voir le graphique ci-dessous). Par ailleurs, 79,2 % sont prêts à adapter le planning pour faciliter l'intégration du débutant, et 90,3 % espèrent que celui-ci apportera de nouvelles connaissances à l'équipe.

Durée pour laquelle les futurs employeurs sont prêts à assurer la formation et/ou l'encadrement d'un(e) jeune diplômé(e) (d'après Blanc, 2026).

 

Des différences générationnelles, mais pas d'explication unique

Les répondants de la génération Y (les millenials, nés entre 1980 et 1995) sont moins nombreux que ceux des générations précédentes à juger le recrutement difficile : environ 64 %, contre près de 80 %. Ils sont également plus nombreux à le considérer comme une tâche facile. L'enquête relève aussi que les répondants les plus jeunes se déclarent plus souvent prêts à encadrer un néo-diplômé sur une période prolongée. Ces résultats ne suffisent pas à expliquer les difficultés de recrutement par un simple conflit générationnel. Ils montrent plutôt que les attentes des employeurs sont diverses, mais qu'une large majorité se dit prête à recruter et à accompagner les débutants. Comme le souligne l'autrice de la thèse, les tensions de recrutement sont multifactorielles. Motivation, compétences, conditions de travail, accompagnement et possibilités de dialogue participent tous à la rencontre entre les attentes des jeunes diplômés et celles des structures qui les recrutent.