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Proplan

30 juillet 2026

Vétérinaires et éleveurs : quel respect du consensus scientifique lors des troubles du post-partum et de la reproduction chez la vache ?

par Jeanne Platz

Temps de lecture  4 min

Récapitulatif des résultats de l'enquête auprès de vétérinaires et éleveurs de bovins, sur les troubles liés au vêlage et à la reproduction, dans 11 pays européens. Certaines pathologies étaient seulement demandées aux vétérinaires. L'objectif de l'enquête, repris dans une thèse vétérinaire soutenue récemment, était d'évaluer l'écart éventuel au consensus scientifique pour le diagnostic et le traitement de ces différentes pathologies. J. Platz, d'après H. Glénisson, 2026.
Récapitulatif des résultats de l'enquête auprès de vétérinaires et éleveurs de bovins, sur les troubles liés au vêlage et à la reproduction, dans 11 pays européens. Certaines pathologies étaient seulement demandées aux vétérinaires. L'objectif de l'enquête, repris dans une thèse vétérinaire soutenue récemment, était d'évaluer l'écart éventuel au consensus scientifique pour le diagnostic et le traitement de ces différentes pathologies. J. Platz, d'après H. Glénisson, 2026.
 

Une enquête diffusée dans onze pays européens, élaborée par l'université vétérinaire de Lisbonne (Portugal), a étudié le décalage entre le consensus scientifique et les actes (diagnostic et traitement) réalisés par les vétérinaires et les éleveurs de vaches laitières et allaitantes. L'enquête portait sur les troubles liés au vêlage (post-partum) et à la reproduction. Plus précisément, les sujets abordés étaient la dystocie, l'hypocalcémie, le prolapsus utérin et la rétention placentaire, la métrite puerpérale, la métrite clinique et l'endométrite, les kystes ovariens, folliculaires et lutéaux et enfin l'anœstrus. Une thèse vétérinaire française récapitule dans une première partie la littérature scientifique indiquant les consensus pour chacun des troubles, et dans une seconde partie les compare aux pratiques du terrain révélées par l'enquête européenne.

Différences de pratiques entre vétérinaires et éleveurs

Les éleveurs montrent globalement des diagnostics étiologiques moins précis que les vétérinaires, avec une moindre connaissance de signes cliniques (voir l'illustration principale). Même si ce résultat peut sembler cohérent au vu de leurs formations initiales respectives, cela peut pointer vers un problème de bien-être car de nombreux animaux sont soignés en première intention sans l'intervention du vétérinaire. De la même manière, ce travail met en évidence des écueils parfois importants dans le traitement de certaines maladies fréquentes : rétention placentaire, métrite puerpérale, vêlage dystocique. Le rôle pédagogique des praticiens auprès des éleveurs reste donc d'actualité, à la fois en matière de diagnostic et de traitement. Par exemple, les vétérinaires ont tendance à plus utiliser les AINS que les éleveurs. Ainsi, pour le vêlage dystocique et la métrite puerpérale, les vétérinaires sont respectivement trois fois plus et six fois plus nombreux à administrer un AINS. L'auteur de la thèse ajoute que « la forte prévalence des maladies liées au post-partum et à la reproduction montre que les vétérinaires ont un rôle à jouer dans la réduction de la fréquence de ces maladies en renforçant la prévention ».

Antibiotiques : encore utilisés de façon trop systématique

L'administration d'antibiotique de manière préventive, en l'absence d'infection, est encore trop présente (intervention au vêlage, prolapsus utérin et rétention placentaire). Par exemple, dans le cadre d'un vêlage dystocique, 65 % des vétérinaires administrent un antibiotique de manière systématique, et seulement 16 % justifient cette utilisation (temps d'intervention particulièrement long, manque d'hygiène, déchirure). Pour un prolapsus utérin, 89 % des vétérinaires utilisent encore un antibiotique par voie générale de manière systématique. Dans le cas des rétentions placentaires, 78 % des vétérinaires ne justifient pas leur utilisation d'antibiotique par voie générale. Le consensus scientifique est de prendre en compte les conditions de propreté de l'environnement, la présence ou non de traumatisme et/ou de plaie, le temps d'exposition et d'intervention et enfin la vitalité et donc l'état du fœtus. Or, les répondants sont très peu nombreux à justifier l'administration d'un traitement antibiotique en fonction de ces critères, ce qui traduit un emploi très systématique et non raisonné, estime l'auteur. De plus, pour l'administration intra-utérine d'antibiotiques, le consensus scientifique est que c'est une pratique inutile. Or l'enquête montre que cette modalité de traitement persiste pour un certain nombre de troubles étudiés, notamment par les vétérinaires les plus âgés. L'absence totale d'antibiotique d'importance critique dans les réponses à l'enquête est néanmoins à souligner ; c'est un point favorable. Les éleveurs apportent rarement une justification aux traitements antibiotiques qu'ils auront réalisé. Par exemple, dans le cas d'une rétention placentaire, seuls 13 % savent justifier une utilisation antibiotique. Pour un certain nombre de troubles étudiés dans ce travail, les traitements antibiotiques sont à revoir, aussi bien par voie générale que par voie locale.

Des jeunes vétérinaires soucieux de la prise en charge de la douleur

Une étude britannique de 2017 ayant recueilli 242 participations mettait en évidence une plus grande sensibilité à la douleur et un plus fort usage des AINS chez les vétérinaires les plus jeunes. Une autre étude menée en Irlande en 2022 a confirmé ce résultat. Ceux de l'enquête vont dans le même sens, avec par exemple lors de prolapsus utérin, une utilisation d'AINS 1,5 fois plus fréquente parmi les vétérinaires âgés de moins de 40 ans. De la même manière, lors d'un vêlage dystocique, les jeunes vétérinaires administrent en plus forte proportion des AINS et réalisent plus facilement une anesthésie péridurale. Ceci est probablement à mettre en lien avec une évolution des enseignements dans la formation initiale.