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Proplan

3 juillet 2026

DAC : les moyens financiers du propriétaire freinent la prescription du vétérinaire

par Agnès Faessel

Temps de lecture  5 min

Hiérarchisation des recommandations de traitement pour un cas de dermatite atopique avec récidive clinique. Les vétérinaires répondants listaient leur « top 5 ». La colonne « Distribution des rang » matérialise la répartition des choix (le bleu plus foncé correspondant au rang le plus élevé). D'après Gentry et al., JAVMA, 2026.
Hiérarchisation des recommandations de traitement pour un cas de dermatite atopique avec récidive clinique. Les vétérinaires répondants listaient leur « top 5 ». La colonne « Distribution des rang » matérialise la répartition des choix (le bleu plus foncé correspondant au rang le plus élevé). D'après Gentry et al., JAVMA, 2026.
 

La dermatite atopique canine (DAC) est une maladie complexe, chronique, qui bénéficie, une fois le diagnostic confirmé, d'un large éventail de possibilités thérapeutiques. L'efficacité du traitement prescrit, multimodal et évolutif, dépend du cas, et du respect de l'observance par le propriétaire. De multiples facteurs interviennent ainsi dans la démarche diagnostique et thérapeutique proposée par le vétérinaire.

Une étude américaine s'est attachée à évaluer ces facteurs, en considérant particulièrement le niveau de connaissance de la maladie des vétérinaires et les moyens financiers des propriétaires. Car nombre des outils diagnostiques et des traitements à disposition sont onéreux, ce qui peut freiner leur usage.

Les limites du contexte nord-américain

L'étude a été réalisée par des chercheurs de l'Université Texas A&M. Un questionnaire d'enquête a été mis en ligne pendant un mois (15 juillet-15 août 2025), associant des questions sur les pratiques suivies et des mises en situation.

Les répondants (n=718) étaient des praticiens nord-américains (États-Unis et Canada), d'activité animaux de compagnie (au moins partiellement).

Le contexte de la pratique vétérinaire en Amérique du Nord diffère de celui d'Europe, en matière de culture et d'habitude de prescription, de réglementation, mais aussi de disponibilité et de coût des moyens diagnostiques et thérapeutiques utilisés pour les cas de DAC. C'est la principale limite de cette étude, qui modère sa transposition en pratique vétérinaire française. Toutefois, certaines tendances et conclusions peuvent s'y appliquer.

Les ressources financières influencent 3 vétérinaires sur 4

Une majorité de répondants (58 %) estiment que plus d'un quart de leurs clients ont des contraintes financières élevées (c'est-à-dire rencontrent des difficultés voire l'impossibilité d'assumer le coût des soins vétérinaires pour leur animal) ; et 29 % estiment qu'ils sont majoritaires dans leur clientèle (≥ 50 % des propriétaires).

Et les moyens financiers des propriétaires, lorsque connus, influencent les recommandations de la plupart des vétérinaires : ils sont 76 % à déclarer en tenir compte dans leur recommandation de diagnostic des cas suspects de DAC, puis leur traitement, ainsi que celui des pyodermites associées. Moins de 10 % affirment ne pas en tenir compte.

Prenant l'exemple d'un jeune labrador atteint d'une dermatite allergique et traité quotidiennement avec de l'oclacitinib (Apoquel°), 65 % des vétérinaires proposeraient un test d'identification des allergènes en cause aux propriétaires sans frein financier connu, tandis que la proportion chute à 30 % si le propriétaire est limité financièrement.

Diverses questions annexes confirment l'influence des ressources financières du propriétaire sur la démarche diagnostique et thérapeutiques conseillée, notamment de référer l'animal vers un spécialiste en dermatologie.

Peu de variation pour un cas de prurit et folliculite…

En matière de diagnostic face à un scénario de cas de prurit avec folliculite et hyperpigmentation tronculaire, les deux principaux tests conseillés, en cohérence avec les recommandations actuelles, sont des cytologies sur prélèvement cutané (scotch test) et sur raclage cutané, indépendamment des ressources financières des propriétaires. Mais ces examens sont relativement peu onéreux.

De même, en matière de traitement (le scénario proposé est le cas d'un chien non traité contre les parasites), les recommandations ne varient pas : le « top 2 » des traitements requis parmi la liste proposée associe, par ordre de priorité, un traitement contre les puces (sarolaner) et un shampoing antiseptique (associant miconazole et chlorhexidine). Concernant l'antipuces, indépendamment des moyens financiers du propriétaires, les isoxazolines sont préférentiellement recommandées (devant d'autres molécules, en spot-on ou collier antiparasitaire).

… mais des différences pour la dermatite atopique

Un autre scénario était un cas de DAC. Et cette fois, les options thérapeutiques conseillées diffèrent selon le profil du propriétaire. Une liste de 12 possibilités étaient proposée, et les « top 3 » sont les suivants :

  • Pour les propriétaires sans freins financiers majeur, l'oclacitinib devant le lokivetmab (Cytopoint°) et l'immunothérapie allergénique (désensibilisation) ;
  • Pour les propriétaires à moyens financiers limités, une corticothérapie orale devant l'oclacitinib et les acide gras oméga-3 (voir figure en illustration principale).

Bonnes pratiques thérapeutiques : connues mais pas toujours appliquées

Les vétérinaires étaient également interrogés sur leur prescription d'antibiotiques face à un cas de pyodermite due à un staphylocoque résistant à la méticilline. Parmi les 11 molécules proposées, quels ques soient les moyens financiers des propriétaires, la céphalexine, puis la cefpodoxime (une céphalosporine de 3e génération à une administration par jour), l'amoxicilline-acide clavulanique et la clindamycine seraient prescrits en priorité.

En outre, une fluoroquinolone, l'enrofloxacine ou la marbofloxacine, le serait par 6 % et 3 % des vétérinaires, respectivement. Ces réponses illustrent globalement le décalage existant parfois entre les recommandations thérapeutiques consensuelles et les pratiques de terrain.

Pourtant, les questions relatives aux connaissances sur le traitement de tels pathogènes résistants (traitement topique en première intention, antibiogramme préalable à la prescription d'un antibiotique) montrent que la plupart des vétérinaires en sont bien informés. Le coût d'une culture bactérienne est un possible frein, notamment face à un propriétaire désargenté.

De même, les préférences vont vers la prescription d'un régime nutritionnel à base de protéines hydrolysées ou d'une ration ménagère plutôt que de réaliser un test d'éviction alimentaire. La mise en œuvre pratique de ce dernier n'est pas non plus toujours maîtrisée.

Présenter le budget thérapeutique ?

Prenant l'exemple d'un labrador atteint de DAC et traité avec une combinaison d'afoxolaner (une fois par mois), d'oclacitinib (quotidiennement) et d'un shampoing antiseptique, les vétérinaires interrogés déclarent pour un quart qu'ils fourniraient une estimation du coût de traitement annuel au propriétaire indépendamment de ses ressources financières, et pour un tiers aux seules personnes aux moyens limités. À 61 % ils ne le font jamais (ou rarement) pour un propriétaire sans frein financier connu, et à 47 %, ils ne le font pas non plus pour ceux ayant des contraintes financières.

Selon les auteurs, présenter une telle estimation des coûts permettrait d'insister sur le caractère chronique de la DAC, son nécessaire traitement au long cours, afin d'éviter des rechutes, finalement plus onéreuses à traiter. Référer le cas au besoin peut également se révéler moins coûteux sur le long terme et bénéfique pour préserver la qualité de vie du chien.