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Elanco & Proplan

23 janvier 2026

Maladie neurologique d'apparition brutale chez le chien : penser aussi à la trombiculose !

par Vincent Dedet

Temps de lecture  3 min

Une infestation massive par les aoûtats peut provoquer des signes neurologiques d'apparition brutale et d'évolution aiguë, indique la description de quatre cas groupés récents. Cliché : Pr Josef Špaček.
Une infestation massive par les aoûtats peut provoquer des signes neurologiques d'apparition brutale et d'évolution aiguë, indique la description de quatre cas groupés récents. Cliché : Pr Josef Špaček.
 

« L'infestation par Neotrumbicula autumnalis doit être envisagée dans le diagnostic différentiel de cas d'apparition aiguë de signes neurologiques chez les chiens, en fin d'été ou en automne, en particulier en présence de taches orange-rouge (identifiées comme étant des acariens après un examen plus approfondi) sur les doigts, le pelage ou la peau » préviennent deux praticiens néerlandais, dont un spécialiste de neurologie, qui viennent de publier quatre de ces cas, groupés.

Progression rapide des signes neurologiques

Fin août 2024, dans le nord des Pays-Bas, un chien finnois de Laponie de 9,5 ans a été présenté en consultation du fait de « signes progressifs aigus, notamment des vomissements, une hyperpnée, des léchages et des morsures entre les orteils (prurit), une salivation excessive, une hyperthermie (39,5 °C ; normale 38 °C–39 °C), ainsi qu'une ataxie et une parésie généralisées ». Un examen rapproché a identifié « des tâches orange sur les pattes et la peau de l'abdomen, accompagnées d'un érythème ». L'identification des aoûtats (N. autumnalis) a été rapide, sur la base des critères morphologiques, mais pas reliée à la symptomatologie. Le vétérinaire traitant a réalisé une injection de dexaméthasone, qui a amélioré le prurit, mais les signes nerveux se sont aggravés : 12 heures après l'apparition des signes cliniques, il restait vigile, mais incapable de se déplacer et de se lever. Référé en neurologie, « compte tenu de la gravité des signes neurologiques, les propriétaires ont opté pour l'euthanasie ».

Quatre cas en une semaine

Sur le reste de la même semaine, la clinique du praticien généraliste a vu arriver trois autres chiens présentant « des signes aigus et d'évolution rapide, notamment une ataxie proprioceptive généralisée et une parésie ; des démangeaisons, principalement des espaces interdigités des quatre pattes ; un érythème interdigité, une hyperthermie, des vomissements et une hyperpnée ». Tous présentaient des aoûtats, parfois en agrégats, dans les espaces interdigités, sur la peau des pattes et/ou de l'abdomen. Un propriétaire a réalisé une vidéo de l'apparition rapide et progressive de la parésie postérieure, qui accompagne la description de ces cas cliniques groupés. Ces trois autres cas ont, au moins transitoirement, évolué jusqu'à l'incapacité à se déplacer. Chacun de ces chiens a reçu des injections de corticoïdes, mais aussi « l'application de détergents sur les pattes et d'ectoparasiticides topiques ». Les deux chiens arrivés incapables de marcher « ont recouvré la capacité de le faire en moins de 12 heures », dont un présentant « des signes d'amélioration neurologique avant même l'application du traitement antiparasitaire ». Ces trois animaux n'ont pas nécessité de suivi médical une fois les signes neurologiques disparus.

Soutien de la littérature

Interrogés, les propriétaires tous ont indiqué avoir promené leur animal sur la même zone littorale, dunaire. Les praticiens ont alors alerté les autorités, qui ont mis en place une signalisation préventive sur cette zone. Aucun autre cas n'a été signalé par la suite. Les auteurs ont souhaité savoir s'il était possible de relier l'infestation par les aoûtats avec les signes neurologiques. Lors de dyshidrose à tiques, une paralysie flaccide peut survenir, mais il s'agit de tiques dures : Dermacentor variabilis, D. andersoni ou Ixodes holocyclus. Ce qui n'était pas le cas ici. En revanche, plusieurs cas cliniques ont été publiés, présentant des signes neurologiques associés à une infestation par des trombiculidés : un en Autriche (avec des N. autumnalis formant des agrégats interdigités) et un autre en Espagne (avec N. inopinata). Toujours en Espagne, plusieurs cas, survenus sur des chiens de chasse, ont présenté une faiblesse générale, perte de conscience, vomissements, douleurs et signes respiratoires, « mais pas de signes neurologiques ». Tous ces cas étaient survenus entre août et octobre.

Ces éléments font estimer aux auteurs que « les praticiens doivent envisager une infestation par N. autumnalis dans le cadre du diagnostic différentiel des signes neurologiques d'apparition aiguë chez les chiens ».