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Elanco & Proplan

1er septembre 2025

Plus de 7 bengals sur 10 présentent une cataracte congénitale

par Agnès Faessel

Temps de lecture  4 min

Bien que très fréquente, la cataracte congénitale reste sans conséquence clinique chez le bengal (cliché Pixabay).
Bien que très fréquente, la cataracte congénitale reste sans conséquence clinique chez le bengal (cliché Pixabay).
 

Le bengal est une race féline née aux États-Unis. Et c'est principalement cette race qui fait l'objet d'examens ophtalmologiques dans le cadre de la reproduction. L'analyse des résultats de ces examens sur la dernière décennie (2013-2023) montre qu'une cataracte congénitale est très répandue. Selon une précédente étude menée en France, publiée en 2018, la prévalence de cette affection chez les bengals y est estimée à 45 %. Le taux rapporté ici est bien supérieur.

Un registre des maladies oculaires

Le Companion animal eye registry (CAER, littéralement Registre des yeux des animaux de compagnie) a été conçu pour étudier les maladies oculaires des chiens et des chats, et contribuer à réduire l'incidence des affections génétiques. Il s'adresse ainsi aux éleveurs. Il est tenu par le Canine health information center (OFA, anciennement Orthopedic Foundation for Animals), une association à but non lucratif qui soutient l'étude des maladies orthopédiques et génétiques, et contribue à établir des programmes de contrôle en Amérique du Nord.

Le CAER est une initiative conjointe de l'American college of veterinary ophtalmology (ACVO). Il collecte les données des examens de certification, réalisés par des vétérinaires spécialisés en ophtalmologie (diplômés de l'ACVO) pour les animaux destinés à la reproduction. Il s'agit le plus souvent de chiens. Mais des éleveurs félins les sollicitent également. Les résultats des examens réalisés dans cette espèce ont donc pu être étudiés, et les conclusions sont publiées en libre accès dans Veterinary Ophtalmology.

Essentiellement des chatons, bengals

Les 127 chats examinés inclus dans l'étude sont originaires d'élevages américains et canadiens. Ce sont des bengals en très large majorité (113 soit 89 %). Les autres races représentées sont le british shorthair (n=6), le main coon (n=2), le norvégien (n=2), le domestic shorthair (n=1), le ragamuffin (n=1) le sibérien (n=1) et le sphynx (n=1).

Le groupe est constitué de mâles à 43 % (47 bengals) et de femelles à 57 % (66 bengals). S'agissant généralement de (futurs) reproducteurs, ils étaient très jeunes au moment de l'examen : 97 jours en médiane (3,2 mois), mais le plus âgé avait près de 20 ans.

72 % de cataractes congénitales

L'analyse des résultats d'examen s'est évidemment focalisée sur la race bengal. Et cet examen était parfaitement normal chez seulement 22 des individus de cette race, soit moins de 20 %.

Parmi les 91 bengals présentant des anomalies, une cataracte a été observée chez 81, soit 72 % de la population étudiée.

Dans certains cas, les opacités étaient multiples. Les auteurs relèvent que les caractéristiques de ces cataractes étaient très variables. Mais dans l'ensemble, ces lésions sont bilatérales, symétriques, ponctuées ou débutantes, nucléaires ou polaires postérieures.

D'autres anomalies oculaires congénitales ont été observées chez 24 bengals, dont 15 présentaient une cataracte concomitante. Il s'agissait le plus souvent d'une persistance de la membrane pupillaire, mais d'autres lésions étaient possibles (hypoplasie de l'iris, atrophie généralisée de la rétine…).

Pas d'altération de la vision

Dans aucun cas la cataracte n'altérait significativement la fonction visuelle du chat.

Le suivi à long terme de ces animaux n'est pas connu. Mais selon les auteurs, compte tenu des caractéristiques de ces cataractes, elles sont probablement non progressives.

Ces observations sont cohérentes avec celles de l'étude française précédente, dans laquelle une altération de la vision associée à la cataracte n'a jamais été mise en évidence non plus. Cette absence de conséquences clinique entraîne probablement un sous-diagnostic de cette anomalie congénitale.

Un examen de suivi avait été réalisé chez 4 chats, dont 3 bengals. L'un d'entre eux avait un examen normal, qui l'est resté. Et un autre était atteint d'une cataracte, sans progression notable au second examen.

Dans les autres races, 6 chats présentaient également une cataracte : 3 des 6 british shorthairs, 1 des 2 main coon, le domestic shorthair (mais qui fait exception car il s'agit d'un animal âgé) et le sphynx.

Un support génétique à explorer

Les auteurs rappellent qu'une anomalie oculaire congénitale s'observe à la naissance ou dans les semaines suivantes. Mais elle n'est pas nécessairement héréditaire, car de nombreux paramètres influencent le développement de l'œil durant la gestation et la période néonatale. Toutefois, lorsqu'une maladie est fréquente au sein d'un groupe particulier, une composante génétique est suspectée.

Dans leur étude, les chercheurs français suspectaient une transmission héréditaire de type autosomale récessive pour cette cataracte congénitale du bengal. Ici, les données n'étaient pas disponibles pour pouvoir attester cette hypothèse.