titre_lefil
Elanco & Proplan

20 mars 2026

Modélisation : au moins 42 chiens infectés par Brucella canis sont importés légalement en France chaque année

par Vincent Dedet

Temps de lecture  4 min

L'importation de chiens infectés par Brucella canis est en augmentation, en l'absence de tests préalables et en lien avec un commerce accru avec l'Europe de l'est. Une évaluation quantitative du risque estime que 42 chiens infectés sont importés annuellement en France. Ces sujets sont souvent asymptomatiques, mais pourront ensuite manifester une spondylodiscite, comme ici sur la radiographie de profil de la colonne vertébrale d'un chien en phase clinique. Cliché : Moeller et coll., 2025.
L'importation de chiens infectés par Brucella canis est en augmentation, en l'absence de tests préalables et en lien avec un commerce accru avec l'Europe de l'est. Une évaluation quantitative du risque estime que 42 chiens infectés sont importés annuellement en France. Ces sujets sont souvent asymptomatiques, mais pourront ensuite manifester une spondylodiscite, comme ici sur la radiographie de profil de la colonne vertébrale d'un chien en phase clinique. Cliché : Moeller et coll., 2025.
 

En France comme chez ses voisins, la prévalence de l'infection de chiens par Brucella canis n'est pas connue, mais est considérée comme en augmentation depuis 2020. Les premiers cas ont été majoritairement détectés dans des élevages, en lien avec des chiens importés d'Europe de l'est (achats en ligne pour l'essentiel). « Avant 2020, seuls deux cas d'infection à B. canis avaient été signalés. Cependant, entre 2020 et 2022, 26 chiens infectés ont été identifiés en France, la plupart ayant été importés de Russie, de Biélorussie et de Roumanie ».

Importations de chiens reproducteurs

La brucellose canine n'est pas une maladie à déclaration obligatoire au sens de la réglementation européenne ; elle l'est en France. Toutefois, aucune mesure de contrôle n'est précisée, et il n'y a pas de contrôles pré-importation d'imposés. Des épidémiologistes de l'ENV d'Alfort et de l'Anses ont donc réalisé une évaluation quantitative du risque d'importation de B. canis en France via l'importation légale (commerce) de chiens. Pour bâtir leur modèle, les auteurs n'ont utilisé que les pays depuis lesquels des chiens avaient été importés en France entre 2021 et 2023 par des professionnels, et donc a priori aux fins de reproduction (données I-CAD). Les pays d'origine ont été regroupés en 12 clusters : les USA et le Canada y sont séparés, tandis que l'Europe de l'est rassemble : Albanie, Biélorussie, Bulgarie, république Tchèque, Croatie, Hongrie, Moldavie, Pologne, Roumanie, Russie, Slovaquie, Slovénie et Ukraine. La probabilité d'importation est calculée à partir de la séroprévalence de l'infection dans chaque pays – cette dernière étant estimée à partir de la littérature publiée depuis 2000, ainsi que des résultats d'un laboratoire d'analyses allemand (sérums de chiens de 20 pays européens, entre 2011 et 2016).

Une sous-estimation

Les quatre clusters géographiques présentant la séroprévalence estimée la plus élevée sont l'Amérique latine (4 %), le Proche et Moyen-Orient (1 %), l'Afrique du nord (1 %) et les USA (0,4 %). Une fois le modèle lancé, il estime que « le risque global [d'importation] était élevé, avec une valeur médiane de 41,60 (intervalle de confiance à 95 % : 5,12–8 784,00) », soit 42 chiens infectés par an – et donc potentiellement l'introduction de la bactérie dans autant d'élevages. Les auteurs précisent que leur calcul représente une sous-estimation de la situation. Plus en détail, quatre clusters sont pour l'essentiel liés à ces introductions :

  • les États-Unis et l'Europe de l'Est, avec 4 chiens par an chacun (valeurs médianes de 3,70 et 3,50, respectivement),
  • l'Afrique du nord et l'Amérique latine, avec un chien par an chacune (valeurs médianes de 1,40 et 0,93, respectivement).

Pour les USA, les auteurs précisent que les données de prévalence utilisées ne concernent pas les élevages de niveau sanitaire élevé, mais plutôt celles sur des refuges. Pour l'Europe de l'est, c'est le nombre élevé de chiens importés par an qui place ce pays à ce niveau de risque, nombre en augmentation. La quasi-totalité des autres pays d'Europe de l'ouest ont également identifié l'Europe de l'est comme la principale source de chiens infectés par B. canis.

Et si des tests avant importation…

Pour évaluer l'intérêt de mesures éventuelles de prévention, les auteurs ont envisagé deux cas de figure : soit un seul test sérologique était réalisé avant importation, soit deux tests successifs espacés de 2 à 4 semaines, le second étant réalisé à la frontière (hypothèse d'une quarantaine). Lorsqu'un test est positif, l'animal n'est alors pas importé. Pour chaque cas de figure, le modèle prévoit différents niveaux d'observance : 50, 80 ou 100 % si un seul test est réalisé ; 80 ou 100 % si deux tests sont imposés.

Si un seul test est réalisé et si l'observance est de 50 %, sans surprise le nombre de chiens infectés importés annuellement va diminuer de moitié – et être divisé par 4 pour 80 % d'observance. Si deux tests sont réalisés et que l'observance est de 80 %, le nombre de chiens infectés importés annuellement est alors divisé par 5 (soit 8 par an). Dans les deux cas, une observance à 100 % se solde par au plus un cas importé par an, du fait des limites des tests.

Les auteurs appellent donc de leurs vœux « une approche harmonisée à l'échelle de l'UE », à la fois pour les contrôles à l'importation de pays tiers et pour le commerce intra-européen des chiens. À défaut, l'absence actuelle « d'un système de surveillance dédié à l'infection par B. canis chez les chiens accroît la probabilité que ce pathogène demeure sous-déclaré, constituant ainsi un risque permanent pour les populations canines et humaines ».