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2 avril 2024

Toxoplasmose : près de 30 % des chiens exposés, surtout ceux qui vivent dehors… ou avec un chat

par Agnès Faessel

Temps de lecture  4 min

Indépendamment de sa fonction, le chien qui vit exclusivement dehors présente un sur-risque significatif d'exposition à Toxoplasma gondii (cliché Pixabay).
Indépendamment de sa fonction, le chien qui vit exclusivement dehors présente un sur-risque significatif d'exposition à Toxoplasma gondii (cliché Pixabay).
 

Le chat est bien identifié comme hôte définitif de Toxoplasma gondii, et représente une source de contamination pour l'homme, même si une origine alimentaire est bien plus fréquente. Mais qu'en est-il pour le chien ?

Il ressort d'une enquête épidémiologique italienne que le fait de cohabiter avec un chat est associé à la séropositivité envers le parasite chez le chien aussi.

Une espèce sentinelle

L'espèce canine, comme les autres mammifères hormis les félidés, ainsi que les oiseaux, peuvent se comporter en effet comme hôtes intermédiaires de T. gondii, l'infection restant le plus souvent asymptomatique (les rares cas d'infection clinique chez le chien surviennent généralement chez des individus immunodéprimés). La séropositivité chez le chien est ainsi le reflet de la contamination de son environnement de vie, qu'il partage au moins en partie avec ses propriétaires. Il se place ainsi en sentinelle vis-à-vis du risque d'infection.

Le chien peut aussi contribuer directement à la dissémination du parasite, par le transport passif des oocystes (sur le pelage en particulier) ou par leur excrétion fécale, notamment pour les chiens qui consomment les déjections des chats.

35 chiens séropositifs sur 120

L'étude a été réalisée par des chercheurs de l'école vétérinaire de Bologne, dans trois provinces de la région (au centre-nord de l'Italie). Un dosage des anticorps par immunofluorescence indirecte (IFA) a été réalisé chez 120 chiens âgés d'au moins 6 mois, pour lesquels du sang avait été prélevé à but d'autres recherches ou examens diagnostiques.

La séroprévalence de la maladie est ainsi estimée à près de 30 % (35/120 soit 29,2 %), ce qui est cohérent avec les résultats d'autres études européennes (en Espagne et Pologne notamment). Les titres en anticorps s'étalent de 1:40 (seuil de positivité) à 1:1280.

Les taux de prévalence peuvent varier dans un même pays selon la région géographique, mais ils dépendent surtout beaucoup de la technique d'analyse utilisée et du titre minimal choisi comme seuil de séropositivité. En outre, dans la présente étude, le taux est potentiellement légèrement surestimé, car les chiens inclus devaient avoir régulièrement accès à l'extérieur et ne pas avoir été vermifugé le mois précédent.

Pas de lien avec l'âge ni le sexe

Aucune corrélation n'est identifiée entre la séropositivité et le sexe ou l'âge des chiens (groupés en 3 catégories : moins de 3 ans, 3-7 ans ou plus de 7 ans).

Les titres en anticorps sont plus élevés chez les chiens mâles que chez les chiennes, mais sans que la différence n'atteigne le seuil de significativité.

Risque quintuplé en extérieur

Les propriétaires avaient également complété un questionnaire renseignant le mode de vie et la fonction de leur animal. Les animaux de l'étude sont ainsi répartis comme suit :

  • 51,7 % de chiens de chasse,
  • 24,2 % de chiens de compagnie,
  • 16,7 % de chiens truffiers,
  • 7,5 % de chiens de garde.

Tous les animaux ont donc accès à l'extérieur. Mais si une faible proportion d'entre eux vivent exclusivement dehors (19,2 %), ils sont une grande majorité (près de 72 %) à au moins dormir dehors.

Aucune corrélation n'est observée entre l'exposition à T. gondii (séropositivité comme titre en anticorps) et la fonction du chien.

En revanche, vivre exclusivement à l'extérieur est associé à un taux de séropositivité significativement plus élevé, atteignant 56,5 %, soit un risque d'exposition multiplié par 5,3 par comparaison aux chiens ayant accès à la maison (qu'ils dorment dehors ou non). Les taux en anticorps sont également plus élevés de manière significative chez ces chiens. Cette différence s'explique probablement par le temps passé dans un environnement potentiellement contaminé, et par un comportement de prédation (indépendamment de la fonction du chien).

Côtoyer un chat ou consommer ses crottes

Parmi l'ensemble des chiens de l'étude, 47 (soit 39,2 %) cohabitent avec au moins un chat (quelle que soit la fonction du chien). Et un comportement coprophage a été signalé pour 33 d'entre eux (soit 27,5 %), qu'il s'agisse de l'ingestion de leurs propres déjections, celles de congénères, ou celles d'autres espèces dont les chats.

Ces deux paramètres sont significativement associés au risque d'exposition comme au titre en anticorps : le taux de séropositivité est de 36,2 % chez les chiens ayant des contacts avec un ou des chats (risque x 2,8), et de 57,6 % chez les chiens coprophages (risque x 3,3). Les titres en anticorps sont aussi plus élevés dans ces deux situations.

Comme l'homme, le chien est ainsi plus à risque d'être exposé à un environnement contaminé par T. gondii s'il le partage avec un chat, ce qui confirme son rôle de sentinelle vis-à-vis de l'exposition humaine.