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4 avril 2023

Brucella canis : les praticiens britanniques à l'affût de “chiens de Troie”

par Karin De Lange

Temps de lecture  7 min

Pour les praticiens britanniques, les chiens de refuge importés d'autres pays européens représentent un risque élevé de source de maladies émergentes — dont la brucellose canine. Celle-ci est même devenue maladie à déclaration obligatoire outre-Manche. Un certain nombre de structures vétérinaires n'acceptent ces animaux comme patients qu'après avoir obtenu un résultat négatif à un test de dépistage (cliché Javadc Esmaeili/Unsplash).
Pour les praticiens britanniques, les chiens de refuge importés d'autres pays européens représentent un risque élevé de source de maladies émergentes — dont la brucellose canine. Celle-ci est même devenue maladie à déclaration obligatoire outre-Manche. Un certain nombre de structures vétérinaires n'acceptent ces animaux comme patients qu'après avoir obtenu un résultat négatif à un test de dépistage (cliché Javadc Esmaeili/Unsplash).
 

« Nous avons décidé unilatéralement que l'acceptation dans notre clinique de tout chien importé est conditionnée par un dépistage de Brucella canis », ont souligné deux vétérinaires responsables d'une structure vétérinaire canine en Écosse, dans une lettre adressée au Veterinary Record plus tôt cette année. Ils ajoutent que « les urgences seront bien sûr encore prises en charge, mais lorsqu'un prélèvement de sang est nécessaire, un équipement de protection individuelle complet sera porté », à l'image de ce qui se faisait au plus fort de la Covid-19. Ces praticiens ne sont pas seuls : de nombreuses autres structures vétérinaires annoncent ont une approche similaire sur leur site internet. Ces mesures font suite à la publication dans le Veterinary Record fin décembre 2022 d'une lettre rédigée par Paula Boyden, directrice vétérinaire de l'organisation caritative britannique Dogs Trust, où elle notait que cet organisme avait observé une augmentation du nombre de chiens positifs pour B. canis depuis le début du dépistage. Elle encourageait ses collègues à envisager le dépistage des chiens importés, « en particulier s‘ils doivent subir une intervention chirurgicale ».

Dépistage à l'entrée

« Bien que rare, la maladie est sous-diagnostiquée, écrivait-elle. La brucellose canine est une maladie infectieuse émergente en Europe ; elle est particulièrement préoccupante au Royaume-Uni, où un nombre croissant de chiens sont importés de l'Union européenne, en particulier depuis le changement de règles avec le Pet Travel Scheme ». De janvier 2019 à décembre 2021, plus de 170 000 chiens ont été importés de l'UE27 (y compris les « chiens de refuges » adultes), dont environ la moitié de Roumanie. Le « Dogs Trust a commencé à dépister tous les chiens importés en 2021, a-t-elle précisé au congrès de la BSAVA à Manchester, en mars. Jusqu'à présent, nous avons testé 550 chiens, dont 9 se sont révélés positifs ». Quatre d'entre eux venaient de Hongrie, un de Roumanie, un de Chypre et un était d'origine inconnue. La plupart des tests sont effectués au point d'entrée au Royaume-Uni, mais la plupart des chiens sont perdus de vue par la suite. « Alors que la Roumanie est en tête des classements en chiffres absolus, nous avons constaté une augmentation particulièrement élevée des chiens importés de Hongrie et de Lituanie. Nous devons avertir le personnel vétérinaire et de laboratoire et mettre en évidence les risques pour les propriétaires potentiels ».

Tests de référence

L'Association vétérinaire britannique (BVA) a appelé à la mise en place de tests préalables à l'importation, obligatoires, pour minimiser la propagation de B. canis et d'autres maladies émergentes. « Malheureusement, de nombreuses organisations caritatives ont cessé de dépister, car les tests dans les pays d'origine ne sont pas reconnus au Royaume-Uni », regrette Paula Boyden, ajoutant que l'utilisation d'un laboratoire de référence pourrait être bénéfique. L'étalon pour le dépistage, ce sont les tests sérologiques utilisés par l'Agence britannique des végétaux et de la santé animale (APHA) : le test d'agglutination sérique (SAT, mesure des IgM) combiné avec l'iELISA (IgG), pour une sensibilité de 90 % et une spécificité de 99 %. Les limitations sont que la séroconversion peut se faire jusqu'à 12 semaines après l'infection - et que certains chiens ne présenteront pas de réponse immunitaire. Il existe aussi des tests du commerce (immunochromatographie, iELISA semi-quantitatifs, précise la monographie du comité scientifique de la BSAVA sur Brucella canis, publiée en février dernier. « Tout résultat positif à ces tests doit être confirmé dans un laboratoire de diagnostic accrédité » en utilisant une combinaison de SAT, test d'agglutination rapide sur lame (RSA) et iELISA, « en particulier chez les chiens sans signes cliniques compatibles avec la brucellose ». Une sérologie négative avec un test commercial chez un chien présentant des signes cliniques ou un risque d'exposition doit également être confirmée (tout comme pour un résultat positif). Si un ou plusieurs des tests de confirmation est positif, alors le chien est considéré sérolopositif pour B.canis (même si un ou plusieurs des autres tests sont négatifs). Le document ajoute que « la PCR et la culture bactérienne ne doivent pas être utilisées pour dépister les chiens à risque et ne sont pas recommandées pour confirmer des résultats sérologiques positifs ou pour confirmer un diagnostic de brucellose en présence de signes cliniques cohérents ».

Les catégories de risques

Le document de la BSAVA liste trois catégories de risque d'exposition à B. canis. Sont considérés comme à risque :

  • élevé : les animaux de la même portée qu'un chiot infecté, et leur mère ; la progéniture d'une chienne infectée ; les animaux ayant eu une probabilité élevée d'exposition à des matières hautement infectieuses (par exemple, avorton ou lochies) ;
  • modéré : les animaux de la même portée qu'un chien détecté infecté à l'âge adulte, sa mère ou son père ; ceux ayant eu un contact sexuel avec un sujet infecté ;  les animaux du même foyer qu'un chien infecté ; les animaux ayant une exposition inconnue à des matières hautement infectieuses ;
  • faible : les animaux ayant des antécédents connus (ou soupçonnés) d'importation en provenance de (ou séjour dans) un pays où B. canis est considérée enzootique ; leur progéniture ; les chiens utilisés pour l'élevage et les chiens ayant eu un contact transitoire avec un chien infecté.

Des “chiens de Troie”

Comme il n'y a actuellement aucune exigence de test avant ou après l'importation, la prévalence chez les chiens importés est inconnue. La plupart des cas identifiés à ce jour concernent les chiens « sauvés » (ramenés par des bénévoles associatifs des pays où l'infection est enzootique), souvent originaire de Roumanie. La brucellose n'est pas la seule affection pouvant être présente de manière asymptomatique chez ces animaux : la leishmaniose, la rage, la babésiose et la dirofilariose sont aussi sur la liste de la BVA. Lorsqu'ils sont importés, ces « chiens de Troie » peuvent transmettre l'infection aux animaux sensibles, voire aux humains, dans ce pays indemnes qu'est le Royaume-Uni. « Un problème majeur que nous voyons actuellement est l'augmentation significative du nombre de femelles importées en fin de gestation », a ajouté Paula Boyden. « Elles doivent absolument être testées, car les chiennes infectées peuvent transmettre la maladie à leur progéniture, et certains chiots infectés pourraient survivre… avec des conséquences inattendues pour les futurs propriétaires et leurs autres animaux de compagnie ».

Maladie à déclaration obligatoire et protection de santé publique

La détection de l'infection à B. canis chez les chiens est désormais à déclaration obligatoire, à la fois par le vétérinaire praticien et par le laboratoire effectuant le test. Il est également obligatoire de transmettre à l'administration l'ensemble des informations disponibles sur chaque cas, y compris sur la structure vétérinaire, les modalités diagnostiques, le client et le chien). En outre, l'agence de santé publique (Public Health England) a publié une déclaration contenant des recommandations clés pour toute équipe vétérinaire :

  • Si un chien importé présentant des signes cliniques suspects  est présenté à un vétérinaire, le personnel qui s'occupe du cas doit utiliser un équipement de protection individuel (EPI) approprié et envisager un prélèvement pour analyses de laboratoire.
  • Le personnel vétérinaire doit avertir le personnel de laboratoire en cas de suspicion de B. canis (en particulier pour les chiens importés), afin de s'assurer que les précautions en matière de biosécurité sont utilisées à réception du prélèvement.
  • Le risque des chiens importés de pays où B. canis est enzootique doit être communiqué aux propriétaires potentiels. En particulier pour les chiens ayant le risque d'infection le plus élevé. Les conseils relatifs à la prise en charge vétérinaire recommandée (euthanasie) des animaux positifs devraient aussi être mieux diffusés.  
  • Le dépistage avant la mise à la reproduction devrait être encouragé, en particulier par les praticiens.
  • Les organismes caritatifs ou les organisations qui importent des chiens de pays infectés devraient s'assurer que les sujets sont négatifs avant l'exportation vers le Royaume-Uni.