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Elanco & Proplan

25 mars 2026

En Europe, des méthodes disparates d'évaluation du bien-être des vaches laitières

par Jeanne Platz

Temps de lecture  4 min

L'accès au pâturage fait partie des critères d'évaluation du bien-être des vaches laitières au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, en Italie, en Suisse et en Irlande. Cliché : V. Dedet
L'accès au pâturage fait partie des critères d'évaluation du bien-être des vaches laitières au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, en Italie, en Suisse et en Irlande. Cliché : V. Dedet
 

En Europe, c'est la directive 98/58/CE qui fixe les normes minimales relatives à la protection de tous les animaux d'élevage. Elle n'est cependant pas spécifique aux bovins (encore moins aux vaches laitières), et n'apporte pas de recommandations concrètes en élevage, limitant par exemple les aspects techniques à « tous les animaux doivent avoir accès à la nourriture à des intervalles adaptés à leurs besoins physiologiques ».

Absence de règlementation européenne ciblée pour les vaches laitières

Cette règlementation étant assez datée (presque 30 ans) et peu explicite, plusieurs pays européens ont donc développé leurs propres critères d'évaluation du bien-être animal, reposant sur l'observation des moyens mis en œuvre, soit les « indicateurs basés sur les ressources et la gestion » (IBRG : logement, espace disponible, litière, eau et alimentation, gestion d'élevage, accès à l'extérieur, etc.), et/ou des résultats, soit les « indicateurs basés sur l'animal » (IBA, observation sur les animaux – état corporel, propreté, blessures, comportement et données d'élevage – prévalence des maladies et mortalités).

L'EFSA (European Food Safety Authority) a également publié en 2023 son avis sur le bien-être des vaches laitières avec des recommandations, par exemple pour le logement : suppression de l'attache, et recommandations sur la taille des logettes ou l'espace de couchage nécessaire sur aire paillée.

Nombreux systèmes de certification du bien-être animal en Europe

Les auteurs - des scientifiques italiens - d'une étude coomparant neuf dispositifs d'évaluation du bien-être des vaches laitières dans cinq pays alpins (France, Italie, Allemagne, Autriche et Suisse) rappellent que de nombreux pays européens se sont dotés de tels systèmes. Parmi eux : le Royaume-Uni (Red Tractor et le programme RPCSA qui garantit une meilleure rémunération des éleveurs et leur propose des formations), les Pays-Bas (Beter Leven, qui attribue une note de 1 à 3 aux exploitations et aux produits, et a modifié à la fois le bien-être animal et le comportement des consommateurs) et l'Irlande (Origin Green). Ces trois dispositifs de certification promeuvent le pâturage des vaches laitières. La Suède, l'Italie, la Suisse, l'Autriche et l'Allemagne ont également des systèmes évaluant le bien-être des vaches laitières.

En France, le cadre de référence principal est la Charte des bonnes pratiques d'élevage (CBPE), établie en 1999 pour donner suite aux préoccupations liées à l'ESB, afin de garantir la traçabilité et la santé animale, et comprend un pilier bien-être animal. Les exploitations reçoivent également l'audit Boviwell tous les 3 ans, résultant d'une simplification du protocole issu du programme européen de recherche Welfare Quality®, qui n'intègre toutefois pas le pâturage. Ce dispositif reprend bien les catégories présentes dans Welfare Quality®,, cependant les seuils de conformité sont fréquemment revus à la baisse, par exemple dans la notation des boiteries ou de la prise en charge de la douleur lors de l'ébourgeonnage.

Comparaison des différents systèmes d'évaluation du bien-être animal

Pour les cinq pays Alpins (France, Allemagne, Italie, Suisse et Autriche), les auteurs retiennent que les systèmes d'évaluation peuvent comporter ou non les éléments suivants : logement, pâturage, traite (hygiène et/ou fréquence), veaux (logement et/ou traitement), transport d'animaux, expositions, abattage, alimentation, eau. Pour la France, les informations issues de la CPBE et de Boviwell ont été couplées. Elles concernent seulement le logement, la traite, l'alimentation et l'eau. Si le contenu de ces évaluations n'est pas toujours dans le domaine public (à l'exception pour Classyfarm en Italie, “Grüner Teppich” - soit 'tapis vert' - en Suisse, et AMA Gütesiegel en Autriche), les informations concernant la santé des vaches (onglons, mamelle, mortalité) sont souvent disponibles.

Les auteurs pointent que les évaluations spécifiques au bien-être animal (CBPE/Boviwell, Classyfarm, Haltungsform, Grüner Teppich et AMA Gütesiegel) intègrent préférentiellement des critères liés aux ressources dans leurs exigences de conformité (environnement et gestion) par rapport aux observations sur les animaux. Aucune des évaluations ne contient d'exigences relatives aux programmes de suivi sanitaire, mais les facteurs susceptibles d'influencer le bien-être animal sont abordés indirectement par le biais du suivi systématique des données sanitaires et des indicateurs de performance.

Évolutions ?

Enfin, les périodes de vie en dehors de l'élevage sont rarement couvertes par ces dispositifs : aucune des neuf évaluations considérées ne contient d'exigences concernant le transport des animaux, une seule (Grüner Teppich) traite explicitement du bien-être animal lors des expositions, et deux (Grüner Teppich et Classyfarm) mentionnent spécifiquement les critères d'abattage. Une évolution ambitieuse de la règlementation européenne pourrait permettre une harmonisation de ces démarches, qui restent pour l'instant disparates selon les pays. Si la France a effectivement développé son propre système d'évaluation du bien-être des vaches laitières, elle pourrait s'inspirer de pays voisins qui incluent l'accès au pâturage dans les référentiels, et permettent une meilleure rémunération des éleveurs les mieux notés.