27 mai 2026
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Boulomaniaques les vétérinaires ? C'est en tout cas l'un des autres constats de l'enquête nationale commandée par l'Ordre et l'association Vétos-Entraide pour étudier la santé psychologique des vétérinaires français. Les résultats ont confirmé la forte prévalence du burnout (épuisement professionnel) et des idéations suicidaires au sein de la profession (voir LeFil du 24 mai). Mais les 3244 réponses récoltées ont également permis d'identifier les principaux facteurs de stress associés.
Constats et premières conclusions sont résumés dans la synthèse du rapport de recherche (en accès libre sur le site de l'Ordre). Ils ont également été commentés lors de leur présentation par le professeur Didier Truchot (Université de Franche-Comté), en charge de la réalisation de l'étude, le 19 mai dernier à Paris.
Une enquête préliminaire, qualitative (auprès de 39 vétérinaires), avait permis de lister les facteurs de stress rencontrés par les praticiens (une soixantaine d'items), afin d'évaluer leur importance dans l'enquête quantitative menée ensuite. 8 catégories de stresseurs ont ainsi été distinguées. Leur corrélation à l'épuisement émotionnel (composante du burnout), aux idéations suicidaires et aux troubles du sommeil, a été analysée. Ces 8 stresseurs expliquent en effet 41 % de la variance de l'épuisement émotionnel, 21 % de celle des troubles du sommeil, et 9 % des pensées suicidaires.
Les résultats par catégorie montrent que la charge de travail – trop importante – et son débordement dans la vie privée constituent un paramètre de première importance, le plus fortement associé à l'épuisement et aux troubles du sommeil, le second le plus associé aux idéations suicidaires.
En pratique cette charge de travail se traduit par de longues journées, et empêche la possibilité d'avoir des activités extra-professionnelles.
La peur de l'erreur est un deuxième stresseur majeur, particulièrement associé aux idéations suicidaires (et en 2e place pour les autres troubles).
Il est davantage exprimé par les jeunes vétérinaires (moins expérimentés) et par ceux exerçant en animaux de compagnie, potentiellement en lien avec la nature des rapports aux propriétaires. Les vétérinaires concernées appréhendent de prendre une mauvaise décision médicale, se sentent testés, jugés.
Le troisième stresseur est relatif au travail morcelé : le fait de ne pouvoir se concentrer sur une tâche et d'être interrompu sans cesse, par le téléphone, les collaborateurs, les urgences… tous les imprévus et les sollicitations qui désorganisent le travail.
Se placent ensuite, par ordre d'importance :
La crainte de se blesser est exprimée mais n'est pas associée aux problématiques étudiées.
La confrontation à la souffrance et la détresse (des animaux et des propriétaires) n'est pas non plus associée, sauf à l'épuisement émotionnel, mais de manière positive : l'hypothèse avancée est que soulager finalement ces souffrances donne du sens au travail du clinicien. Un tel constat est également rapporté en médecine humaine en cancérologie.
L'analyse de l'enquête montre également que certains paramètres de la personnalité (estime de soi, sentiment d'efficacité, névrosisme, etc.) sont associés aux troubles, en particulier aux idéations suicidaires. Toutefois, ils n'écartent pas l'importance des paramètres stresseurs.
Les événements de la vie (divorce, accident, maladie, difficultés financières…) interviennent aussi. Mais ici encore, les stresseurs gardent leur importance lorsque ces événements sont pris en compte dans l'analyse.
Il en est de même pour les troubles somatiques (maladies chroniques, dorsalgies…) qui sont liés à l'épuisement et aux idéations suicidaires. Il est connu que les soignants ne se soignent pas…
L'enquête a également révélé que 38 % des vétérinaires sont victimes d'une addiction au travail. Cette boulomanie (workaholisme) touche particulièrement les femmes (ce qui n'était pas présumé) et apparaît liée au perfectionnisme.
Le rapport au travail, selon deux critères (travailleur excessif ou non, compulsif ou non), permet en effet de déterminer 4 typologies de travailleurs, les « boulomaniaques » étant les travailleurs excessifs et compulsifs (voir tableau en illustration principale).
Les paramètres favorisant cette addiction, qui implique une absence de détachement physique et psychologique au travail, sont à déterminer (type de travail, mode de sélection des étudiants, les hypothèses sont nombreuses). Les résultats de l'enquête montrent que les workaholiques prennent moins de congés, et présentent des taux de burnout et d'idéations suicidaires plus élevés que les autres typologies (voir tableau ci-après).
Dans ce contexte, les résultats de l'enquête 2, d'ici un an, sont attendus avec impatience, afin de réfléchir aux axes de travail pour infléchir ces tendances ou modérer leur impact.
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Selon Jacques Guérin, président du Conseil National de l'Ordre, ce travail est fondateur de réflexions et de prise de conscience. Le président constate néanmoins que malgré ces taux élevés de burnout et d'idéations suicidaires, les vétérinaires français conservent une bonne efficacité professionnelle. La (mauvaise) santé psychologique et physique des vétérinaires est « une réalité douloureuse dont il faut s'occuper ». Et plusieurs axes d'actions se dégagent déjà, dont le « vivre ensemble » de l'équipe soignante, les relations entre employeurs et salariés, la dépendance psychologique au travail…
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