25 septembre 2026
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Les 40 ans de l'accident du réacteur n° 4 de la centrale de Tchernobyl, ayant provoqué la plus grande catastrophe nucléaire mondiale jusqu'à présent, ont été commémorés plus tôt cette année. Localisée en Ukraine, cette centrale et son accident ont imposé l'évacuation de 120 000 personnes de plusieurs villes environnantes. La zone d'exclusion (du fait des retombées radioactives) est localisée en territoire ukrainien, mais aussi pour partie en Belarus et en Russie. Lors de l'évacuation, les habitants ont laissé derrière eux leurs animaux de compagnie, et les chiens devenus errants, se sont mis à proliférer.
Au printemps 2017, un comptage manuel avait recensé un millier de chiens sur la zone de la centrale et de la ville abandonnée la plus proche (Pipryat), mais aucune estimation précise n'est disponible. Ce qui est certain, c'est que deux populations de chiens errants co-existent dans la zone d'exclusion : cette première (centrale et Pipryat) et celle de la ville (abandonnée elle aussi) de Tchernobyl, à environ 15 km au sud-est de la centrale. Des études génétiques ont montré qu'il s'agit de deux populations canines différentes, avec quelques échanges d'animaux entre elles. Ces présences sont à l'origine de plusieurs inconvénients : « leur présence est formellement interdite dans la zone ; ils blessent les travailleurs [morsures et risque de rage], la circulation d'animaux en liberté au sein d'une installation nucléaire en activité soulève des préoccupations tant en matière de sécurité que de santé animale, et leur taux de reproduction dépassait la capacité de charge du milieu » dans lequel ils vivaient. Les autorités ukrainiennes ont lancé un appel à l'aide, auquel plusieurs équipes françaises et américaine ont répondu en 2017. Depuis cette date, un programme vétérinaire vaccine, identifie et stérilise ces chiens ; il fonctionne grâce au financement d'une fondation et à du bénévolat, avec la présence régulière de “cliniques” vétérinaires effectuant ces interventions et nourrissant les chiens. Depuis sa création, ce programme « a concerné la quasi-totalité de la population » canine de la zone d'exclusion, ce qui représente donc un succès.
Toutefois, depuis le conflit russo-ukrainien de 2022, « des chiens ont pénétré dans la zone, en provenance de villages évacués et de secteurs touchés par le conflit armé ; certains de ces nouveaux venus sont décrits comme étant moins habitués à l'homme et plus agressifs que les animaux résidents ». Et ils constituent aujourd'hui l'essentiel des animaux non castrés/stérilisés. Ce qui fait poser aux auteurs la question de la valeur scientifique des travaux menés jusqu'ici, indépendamment du fait que le programme vétérinaire de poursuive. Car jusqu'ici, cette valeur n'avait pas été évoquée : elle ne fait ni partie du programme (qui vise au contrôle des populations), ni du travail des bénévoles. Ainsi, les gonades issues de ces interventions « ont été jetées comme tous déchets médicaux », alors qu'ils pourraient être source de tissus biologiques utiles à la recherche.
En effet, le chien est une sentinelle de l'environnement humain, et il pourrait renseigner, à ce titre, sur les effets sanitaires des expositions « chroniques, de faible dose, et durant toute la vie de ces animaux », à l'image de ce qui se produit sur la zone d'exclusion. Car il reste environ 400 chiens dans cette zone, dont la population s'éteindra progressivement avec le temps, de mort naturelle ou par euthanasie quand leur état le nécessitera. Des études ont déjà été conduites, par d'autres équipes : « environ 300 individus ont été génotypés, une quinzaine de groupes familiaux identifiés et des trios parent-progéniture sont disponibles ». Elles ont aussi montré que l'exposition aiguë aux radiations du début de la période suivant l'accident ne s'est pas traduite par l'apparition de mutations inhabituelles chez ces chiens. Pour les auteurs, d'autres aspects manquent toutefois, comme l'exploration des effets de ces radiations sur l'épigénome des chiens, et sur les conséquences transgénérationnelles potentielles. Pour cela, il faudrait disposer de prélèvements de différents tissus (prises de sang, écouvillons buccaux et fécaux, et tissus gonadiques), et de manière répétée. Toutefois, il n'a pas été constitué d'archives d'organes systématiques, seulement de manière sporadique. Et « une certaine quantité de tissus congelés, conservés dans un laboratoire situé au sein de la zone, a été perdue lors des pannes d'électricité ayant suivi l'invasion de 2022, avant de pouvoir être correctement archivée et transférée hors de la zone ». Enfin, ils estiment que les archives biologiques déjà constituées devraient faire l'objet d'analyses dès à présent car la nature des populations canines est en train de changer. Les nouveaux-venus n'ont pas la même histoire d'exposition, et les prélèvements issus de ces animaux ne renseigneront pas sur l'exposition passée des individus ni de leurs ascendants.
Ainsi, ces auteurs espèrent que ce programme de contrôle des populations se poursuive, et qu'il puisse s'étayer d'explorations complémentaires reposant sur les prélèvements minimaux réalisables dans son cadre, par les vétérinaires impliqués (prise de sang, écouvillons et préservation des pièces d'exérèse).
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