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Elanco & Proplan

13 février 2026

Adopter une charte d'utilisation de l'IA pour l'encadrer sans la brider

par Mathieu Lamant

Temps de lecture  5 min

Infographie réalisée par Mathieu Lamant avec l'assistance de Gemini.
Infographie réalisée par Mathieu Lamant avec l'assistance de Gemini.
 

Les outils d'intelligence artificielle (IA) font aujourd'hui partie du quotidien de nombreuses cliniques vétérinaires : aides au diagnostic d'imagerie, gestion automatisée des rendez-vous, recommandations thérapeutiques, rédaction de comptes rendus, etc.

Mais l'enthousiasme ne doit pas occulter les risques, notamment la fuite de données, les biais dans les algorithmes, la confusion entre conseil automatique et jugement clinique.

D'où l'émergence de la nécessité d'une Charte d'utilisation de l'IA en entreprise, véritable boussole éthique et juridique pour encadrer ces usages, sans freiner leur potentiel.

Un engagement collectif et transparent

Le premier rôle d'une telle charte est de formaliser un engagement collectif. Elle s'adresse à tous : vétérinaires, ASV, personnels administratifs, partenaires techniques ou prestataires extérieurs. Chaque acteur y trouve des repères clairs, en particulier sur les données qui peuvent être partagées, dans quelles conditions, avec quels outils et, surtout, sous quelle supervision humaine.

L'objectif n'est pas de restreindre, mais de sécuriser et responsabiliser l'usage de l'IA au sein de l'établissement. La charte a également vocation à clarifier la position de l'entreprise vis-à-vis des missions confiées à l'IA. Cette clarification est essentielle pour prévenir les craintes légitimes liées à l'évolution des métiers et pour inscrire l'IA comme un outil de soutien, et non de substitution de l'humain.

Des valeurs au cœur de la pratique vétérinaire

Les principes de la charte s'appuient sur trois valeurs fondatrices.

  • Respect de la vie privée et des données : aucune donnée client ou patient ne doit être transmise sans le consentement explicite de son propriétaire, ni hébergée sur des serveurs non conformes au RGPD (règlement général sur la protection des données).
  • Transparence : les clients doivent être informés lorsqu'un outil d'IA est exploité dans un diagnostic, un rapport ou une communication.
  • Supervision humaine : l'IA ne remplace jamais le jugement clinique. La décision finale appartient toujours au praticien et reste de sa responsabilité.

Du cadre juridique à la pratique quotidienne

La charte ne se limite pas à des intentions, elle structure les rôles et les responsabilités.

Un référent IA peut être désigné pour valider les outils utilisés, former les équipes, centraliser les incidents et piloter les audits internes.

Les outils autorisés sont listés dans un registre tenu à jour ; leur usage est documenté dans les dossiers cliniques.

En cas d'anomalie, un protocole de signalement garantit la traçabilité et la transparence, aussi bien en interne qu'envers les clients. Par exemple, si une IA suggère l'utilisation d'ivermectine pour un colley, et que le vétérinaire le corrige avant de prescrire et de délivrer, celui-ci remontera l'erreur auprès du référent IA sans que le client ne soit informé ; l'impact est limité et maîtrisé en interne. Le client sera impacté en revanche si un chatbot fournit une information erronée et que le référent IA ne s'en rend compte qu'au travers de l'archive des discussions – qu'il regarde régulièrement : le client sera cette fois recontacté et informé de l'erreur de l'outil.

Former pour mieux maîtriser

Adopter une charte IA, c'est aussi investir dans la formation continue.

Chaque collaborateur doit comprendre les forces et les limites des outils utilisés : quelles données les nourrissent ? Comment interpréter leurs résultats ? Quelles erreurs peuvent survenir ? Des modules courts, des cas pratiques ou des quiz internes peuvent renforcer cette culture numérique, essentielle à une pratique responsable.

Garantir la confiance, moteur du progrès

En fixant des règles partagées, la charte IA crée un climat de confiance. Elle rassure les clients – de plus en plus attentifs à la gestion de leurs données –, sécurise les équipes dans leur recours à l'IA, et renforce la crédibilité de la clinique auprès de ses partenaires.

La charte agit aussi comme un outil de cohésion : chacun sait ce qu'il peut (ou ne peut pas) faire, pourquoi et comment. Finalement, elle positionne la structure comme un acteur responsable et pionnier dans l'usage éthique de la technologie.

Ce que doit couvrir une charte d'utilisation de l'IA

Dans cette perspective, la charte d'utilisation de l'IA permet de rédiger de manière explicite l'ensemble des points qui doivent être abordés et partagés au sein de la structure en lien avec cet usage.

En pratique, les étapes ci-dessous seront respectées.

  • Définir les objectifs : clarifier les finalités de l'usage de l'IA (diagnostic, gestion, communication, etc.).
  • Identifier les outils : dresser la liste des solutions IA existantes ou envisagées et vérifier leur conformité au RGPD.
  • Désigner un référent IA : il sera responsable du suivi, de la validation et du contrôle des outils.
  • Former les équipes : sensibiliser chaque collaborateur à l'éthique, aux biais et aux procédures de signalement.
  • Mettre en place la gouvernance : définir les rôles et responsabilités, et la chaîne de décision (employés, direction, prestataires).
  • Établir un protocole de supervision : garantir que toute recommandation de l'IA soit validée par un humain.
  • Sécuriser les données : assurer un hébergement conforme des données, leur anonymisation, le contrôle des accès.
  • Informer les clients : diffuser une communication claire sur l'usage de l'IA et obtenir le consentement des intéressés lorsque nécessaire.
  • Surveiller et auditer : planifier des contrôles réguliers et documenter tout incident.
  • Actualiser la charte : effectuer une révision annuelle ou à chaque évolution majeure des outils ou de la réglementation.

L'intelligence artificielle transforme déjà la pratique vétérinaire : elle aide, suggère, anticipe. Mais elle ne doit jamais rester sans pilote. La charte d'utilisation de l'IA incarne ce principe fondamental : garder la main sur la machine. Éthique, transparente et partagée, elle permet d'allier innovation et confiance – deux conditions essentielles à une médecine vétérinaire moderne, humaine et responsable.