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Proplan

25 septembre 2026

Sarcopénie du chat âgé : savoir la repérer tôt pour mieux la combattre

par Pascale Pibot

Temps de lecture  6 min

Chez un chat âgé, le rythme du déclin de la masse musculaire est un facteur prédictif de la durée de vie (cliché Pixabay).
Chez un chat âgé, le rythme du déclin de la masse musculaire est un facteur prédictif de la durée de vie (cliché Pixabay).
 

La fonte musculaire liée à l'âge, à la sarcopénie et à la cachexie constitue un facteur majeur de fragilité chez les chats âgés. Une revue bibliographique s'est intéressée à la physiopathologie, au diagnostic et aux éventuels moyens de lutter contre la fonte musculaire dans cette espèce.

Sarcopénie, cachexie et fragilité sont liées

  • Le terme sarcopénie renvoie à la perte de masse et de force musculaires observée lors du vieillissement, en dehors de tout processus pathologique. La sarcopénie s'accompagne également d'altérations micro et macroscopiques du tissu musculaire. Chez le chat, ce processus s'intensifie à partir de 12 ans, et à l'âge de 15 ans, la masse maigre moyenne est généralement inférieure à 2 kg, soit un tiers de moins qu'à l'âge adulte (3 kg en moyenne). Le rythme de ce déclin est un facteur prédictif de la durée de vie du chat.
  • La cachexie est également caractérisée par une fonte musculaire, mais secondaire cette fois à une inflammation chronique ou à une maladie. En médecine humaine, le diagnostic de cachexie est posé si 3 des 5 critères suivants sont présents : masse maigre insuffisante, diminution de la force musculaire, fatigue, anorexie et augmentation des marqueurs de l'inflammation. Chez le chat, la cachexie se développe souvent à cause d'une maladie rénale chronique (MRC), d'une insuffisance cardiaque, d'un diabète sucré ou d'un cancer.

En pratique, la sarcopénie due au vieillissement et la cachexie secondaire à une maladie vont souvent de pair et contribuent à l'installation d'un état de fragilité qui réduit l'espérance de vie du sujet. Selon une étude récente menée sur 64 chats âgés de 11 à 20 ans, 20 % des individus classés comme fragiles par les vétérinaires sont décédés ou ont été euthanasiés au cours des 6 mois suivants (contre seulement 2 % des chats non-considérés comme fragiles).

Le développement d'un indice de fragilité spécifique au chat pourrait être très utile pour mieux corréler la sarcopénie à la qualité de vie et à l'espérance de vie des chats.

Évaluer la condition musculaire des chats

Le diagnostic précoce de fonte musculaire est parfois délicat car la perte de masse maigre peut précéder la perte de poids. Une « obésité sarcopénique » est même parfois observée chez certains chats qui présentent un excès de masse grasse associé à une perte musculaire. Le poids du chat reste alors stable malgré la sarcopénie.

Lors de l'examen clinique, il est donc indispensable d'évaluer l'indice de composition musculaire (ICM) d'un chat, indépendamment de son indice de composition corporelle (ICC) basé sur l'embonpoint global de l'animal. L'ICM se base sur l'examen visuel et sur la palpation au niveau des os temporaux, des omoplates, des vertèbres lombaires et des os pelviens. Chez l'homme, la force musculaire est le meilleur indicateur de la gravité de la sarcopénie mais ce paramètre est difficile à évaluer chez le chat. L'échographie des muscles situés sur la face dorsale de la colonne vertébrale et des côtes (muscles épaxiaux) constitue en revanche un outil diagnostique complémentaire prometteur.

Un chat âgé digère moins bien

La sarcopénie est souvent associée à un manque d'appétit ou à la malnutrition, des phénomènes fréquemment observés chez les chats âgés.

  • La digestibilité des matières grasses est en général supérieure à 90 %, mais elle diminue avec l'âge : chez certains chats gériatriques (> 12 ans), le taux peut descendre jusqu'à 30 %, ce qui perturbe aussi l'assimilation de la vitamine D. Or, la carence en vitamine D contribue à la sarcopénie chez l'homme.
  • La digestibilité normale des protéines est en principe supérieure à 85 %, mais elle chute en dessous de 77 % chez environ 20 % des chats âgés de plus de 14 ans. Comme les protéines représentent une source d'énergie importante pour le chat, ce phénomène accélère le catabolisme de la masse maigre et la fonte musculaire.

Une augmentation du volume des selles et un faible poids corporel peuvent être les seuls indicateurs d'une digestibilité réduite. Ces signes d'appel doivent inciter à mettre en place une alimentation adaptée aux besoins du chat.

Stratégie nutritionnelle : veiller aux apports protéiques

La prise en charge nutritionnelle des chats présentant un état de sarcopénie ou de cachexie est similaire à celle recommandée en cas d'entéropathie chronique. Elle s'appuie principalement sur la distribution d'un aliment hautement digestible et riche en protéines (en l'absence de contre-indication à un apport protéique accru). Les individus âgés peuvent en effet présenter une résistance anabolique, un état caractérisé par une diminution de l'utilisation des acides aminés par les muscles. Des apports protéiques plus importants sont donc nécessaires pour stimuler la synthèse des protéines musculaires.

Les compléments alimentaires les plus intéressants sont ceux qui apportent de la cobalamine, des folates et de la vitamine E.

Augmenter l'appétence de l'alimentation

Le vieillissement provoque la perte de l'acuité olfactive et gustative. L'appétit des chats âgés a donc besoin d'être stimulé. Jouer sur la variété des aliments proposés, fournir des aliments très appétents ou ajouter des exhausteurs de goût sont des moyens d'encourager la consommation alimentaire.

Les chats apprécient les aliments présentant une saveur « umami », liée à la richesse en nucléotides et en L-histidine. Le thon a, par exemple, un goût umami prononcé. Les compléments alimentaires à base d'huile de poisson peuvent aussi améliorer l'appétence de la ration et les acides gras polyinsaturés oméga-3 à chaîne longue sont bénéfiques pour moduler les cytokines inflammatoires. Associée à des antioxydants, de l'arginine et à des vitamines du groupe B, l'huile de poisson soutient aussi le fonctionnement cognitif des chats âgés, ce qui pourrait aider à conserver leur appétit.

L'appétit peut aussi être stimulé médicalement. En dehors de ses effets antiémétiques, la mirtazapine est un stimulant de l'appétit dont l'efficacité a été démontrée chez le chat. Sa demi-vie est plus longue chez les individus âgés de plus de 10 ans et chez ceux atteints de MRC (12 et 15 heures respectivement, versus 10 heures chez les chats plus jeunes).

Agir sur le microbiote intestinal ?

Le microbiote intestinal est impliqué dans les mécanismes de résistance anabolique car les populations de bactéries intestinales produisant des acides gras à chaîne courte (qui jouent un rôle dans la protection contre la fonte musculaire) diminuent avec l'âge.

En modifiant le microbiote intestinal, les probiotiques pourraient contribuer à lutter contre la résistance anabolique. Toutefois, aucune étude n'a encore exploré les liens entre la sarcopénie et le microbiote intestinal chez les chats.

Prescrire un traitement hormonal ?

La ghréline est une hormone dont le taux augmente pendant le jeûne. Elle stimule l'appétit et réduit l'atrophie musculaire. Bien que la demi-vie de la ghréline soit courte, l'utilisation d'un agoniste sélectif des récepteurs de la ghréline, la capromoréline, a montré des effets positifs sur la masse musculaire des personnes âgées. Cet effet n'a cependant pas été étudié spécifiquement chez le chat âgé en bonne santé.

Encourager l'activité physique

Si le diagnostic de sarcopénie est établi précocement, encourager le chat à faire de l'exercice (grâce des jeux interactifs, des puzzles alimentaires ou des sorties à l'extérieur) est un bon moyen de lutter contre la fonte musculaire. Soulager les douleurs liées à l'arthrose chez les chats âgés est cependant indispensable pour conserver leur mobilité.

De nouveaux outils thérapeutiques sont actuellement à l'étude pour lutter contre la sarcopénie en médecine humaine, souvent en association avec des exercices de résistance musculaire. Leur innocuité et leur efficacité n'ont cependant pas encore été évaluées chez le chat.