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8 juillet 2026
Quand cardiopathie et maladie rénale coexistent chez le chat : maintenir un équilibre hydrique optimal

Deux cardiologues vétérinaires membres de l'ACVIM publient une revue très complète de la littérature à propos de la prise en charge des chats présentant à la fois une cardiopathie et une maladie rénale, en particulier une maladie rénale chronique (MRC). Ces affections sont fréquemment associées chez le chat : environ 44 % des individus traités pour une insuffisance cardiaque congestive (ICC) en clinique vétérinaire présenteraient également une azotémie.
Les traitements de ces maladies sont cependant délicats à faire coexister. De manière générale, le praticien cherchera à traiter le système dont la décompensation est responsable des signes cliniques, tout en minimisant les risques pour l'autre système. La régulation de l'équilibre hydrique des animaux constitue un point complexe, car une variation trop importante du volume sanguin peut provoquer des effets délétères. Une large partie de la synthèse est donc consacrée à l'approche pratique du maintien de l'hydratation et aux précautions à prendre.
Dans la configuration où le chat est atteint d'une ICC active, et d'une MRC concomitante (azotémie), les auteurs soulignent que la fluidothérapie par voie intraveineuse est contre-indiquée car elle risque d'aggraver l'œdème cardiogénique.
Dans ce contexte, le traitement de l'ICC vise à résoudre et prévenir la réapparition des œdèmes cavitaires et des épanchements cardiogéniques. L'utilisation d'un diurétique de l'anse (tel que le furosémide) est quasiment toujours nécessaire, mais les chats dont la fonction diastolique ventriculaire est perturbée sont sensibles aux effets d'une diurèse agressive : même une faible chute du volume sanguin peut entraîner une hypotension. Une chute excessive du volume sanguin peut aussi aggraver l'azotémie ou provoquer une lésion rénale aiguë (LRA).
Lorsqu'il existe une maladie rénale préexistante, il convient donc d'utiliser la dose minimale de furosémide, surtout si celui-ci est administré à débit constant. La posologie du diurétique dépendra de la gravité des signes cliniques mais les auteurs conseillent de s'appuyer aussi sur les résultats de l'échocardiographie et des radiographies thoraciques : la dose administrée sera d'autant plus faible que l'hypertrophie atriale gauche est modérée, que l'œdème cardiogénique est léger, et que l'épisode d'ICC semble avoir été déclenché par une évolution aigüe des conditions de charge circulatoire (thrombo-embolie artérielle ou surcharge liquidienne iatrogène).
Lorsque l'ICC provoque un épanchement pleural d'un volume suffisant pour perturber la respiration, éliminer le liquide par thoracocentèse améliore la ventilation et ainsi l'oxygénation rénale et myocardique. L'utilisation prudente d'un diurétique pendant une courte période peut aussi aider à traiter l'œdème pulmonaire.
Les cardiomyopathies félines provoquent rarement une ascite importante, mais les diurétiques seront inefficaces pour traiter cet épanchement. Une abdominocentèse permettra en revanche de faire baisser la pression intra-abdominale, et donc la congestion veineuse rénale.
La myocardiopathie hypertrophique (MCH) est la plus fréquente des cardiopathies félines. Elle entraîne un dysfonctionnement diastolique mais la contractilité systolique peut également être altérée. Des médicaments de soutien (pimobendane, dobutamine) peuvent se révéler utiles, si la dose ne provoque ou n'aggrave pas la tachycardie. En principe, ces médicaments perturbent moins le débit sanguin rénal que les diurétiques.
La pression artérielle doit être évaluée à l'admission et surveillée fréquemment chez les chats hospitalisés pour ICC.
L'hypotension (soit une pression systolique < 90 mmHg) peut en effet entraîner des lésions rénales et cardiovasculaires par hypoperfusion. Elle sera traitée à l'aide d'agents inotropes positifs (pimobendane, dobutamine) et les traitements susceptibles d'exacerber l'hypotension seront arrêtés si possible.
Une azotémie isolée ne signifie pas qu'il faille suspendre le traitement diurétique chez un chat présentant des signes cliniques de congestion. La posologie sera simplement adaptée à l'évolution des marqueurs de la fonction rénale, des concentrations sériques en électrolytes et de l'état d'hydratation.
La production d'urine sera également surveillée car le développement d'une oligurie peut être le signe de LRA. Un traitement par des inhibiteurs du système rénine-angiotensine-aldostérone (IECA) devra généralement être interrompu chez les chats atteints d'ICC aiguë, surtout en présence d'une MRC ou d'une hypotension systémique. Une fois l'ICC contrôlée, l'état d'hydratation stabilisé et les comportements alimentaires et d'abreuvement normaux rétablis, ces IECA peuvent être réintroduits chez la plupart des chats. Une étude rétrospective a montré que l'administration régulière d'IECA aux chats atteints d'ICC était corrélée à un plus faible nombre d'épisodes de LRA au cours de leur vie.
Enfin, la cachexie cardiaque est associée à une survie réduite chez les chats atteints d'ICC. L'objectif à moyen et long terme sera donc d'encourager la consommation d'un aliment riche en énergie.
En phase aiguë, l'apport calorique doit primer sur le profil nutritionnel idéal, même si une maladie rénale est également présente. Les aliments à visée rénale doivent de toute façon être évités pendant l'hospitalisation afin de réduire le risque d'aversion alimentaire.
Inversement, chez les chats présentant une LRA, ou un épisode d'insuffisance rénale aigüe (IRA) sur fond de MRC, et une cardiopathie concomitante, restaurer un bon équilibre hydrique est également un défi. L'objectif principal est de maintenir la perfusion rénale et de soutenir le débit de filtration glomérulaire, tout en traitant la cause sous-jacente de l'urémie et en stabilisant le volume sanguin circulant.
Chez les chats présentant une azotémie légère et traités oralement pour leur ICC, le traitement diurétique peut être arrêté pendant au moins 1 à 2 jours pour optimiser l'hydratation. Le diurétique sera réintroduit ultérieurement, à une dose ou une fréquence d'administration plus faible.
Si l'azotémie est importante, la réhydratation parentérale est souvent nécessaire et il est préférable qu'elle soit réalisée par voie intraveineuse, chez un chat hospitalisé, pour pouvoir surveiller sa fréquence respiratoire.
La thérapie liquidienne doit toujours être individualisée, surtout si le chat présente une affection cardiaque. Le risque majeur est la surhydratation.
Une échocardiographie peut être très utile pour évaluer le volume sanguin circulant et déterminer le stade de la maladie cardiaque. En présence d'une dilatation atriale gauche importante, le traitement liquidien sera essentiellement – voire uniquement – administré par voie entérale, par sonde naso-œsophagienne ou nasogastrique.
Si l'azotémie coexiste avec une cardiopathie, la correction du déficit liquidien doit être plus lente que chez un chat sans cardiopathie, ou dont l'ICC est contrôlée. Pour limiter le risque de surcharge liquidienne, il peut être utile de placer une sonde d'alimentation pour pouvoir administrer de l'eau par voie entérale.
Chez les chats présentant un épisode d'IRA sur fond de MRC, et incapables de s'hydrater normalement, il est préférable d'administrer de l'eau par voie œsophagienne plutôt qu'une solution saline par injection sous-cutanée. Et si une transfusion sanguine s'impose, elle sera administrée aussi lentement que possible (sur 4 à 6 heures) pour limiter les risques de surcharge circulatoire et de contamination bactérienne.
Observer la fréquence et les efforts respiratoires est indispensable chez un chat atteint d'une cardiopathie qui reçoit un traitement liquidien par voie parentérale. La perfusion sera immédiatement arrêtée si la fréquence respiratoire au repos augmente brutalement ou si elle est supérieure à 30 cycles par minute.
En cas de tachypnée persistante ou d'effort respiratoire accru, une échographie « au chevet du patient » (pocus) et une radiographie thoracique seront réalisées si possible, afin de rechercher des signes de congestion et d'en évaluer la gravité.
La pression artérielle sera évaluée à l'admission, et surveillée fréquemment.
Chez les chats présentant une hypotension systémique, l'arrêt temporaire des médicaments susceptibles d'exacerber cette hypotension (IECA) doit être envisagé.
Des solutés à faible teneur en sodium (comme une solution saline à 0,45 %) seront utilisés pour l'administration parentérale. À défaut, l'administration entérale d'eau douce sera envisagée.
Il est déconseillé d'administrer une solution saline normale (NaCl 0,9 %) à un chat victime de LRA, qu'il présente ou non une cardiopathie concomitante : elle risque en effet de nuire au débit de filtration glomérulaire et à l'équilibre acido-basique.
L'hyper- comme l'hypokaliémie peuvent toutes deux provoquer ou exacerber une arythmie cardiaque. Les chats présentant ce type de déséquilibre, ainsi que ceux présentant une oligurie ou une anurie, doivent être surveillés par électrocardiogramme pendant leur hospitalisation.
La thérapie de substitution rénale (dialyse) peut être bénéfique pour les chats présentant une oligo- ou anurie, une urémie, des troubles métaboliques (hyperkaliémie) ou lorsque la surcharge liquidienne iatrogène est réfractaire au traitement standard. L'identification et la correction rapides de ces anomalies peuvent améliorer la fonction cardiovasculaire et l'état général du chat.
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