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Proplan

6 juillet 2026

Parmi les teignes des chiens et chats, celles à Trichophyton tonsurans viennent de leur maître

par Vincent Dedet

Temps de lecture  3 min

Microconidies de Trichophyton tonsurans, cultivées sur gélose Sabouraud-dextrose. Microscopie à contraste interférentiel différentiel, x 400. Cliché : James Scott, wikimedia.
Microconidies de Trichophyton tonsurans, cultivées sur gélose Sabouraud-dextrose. Microscopie à contraste interférentiel différentiel, x 400. Cliché : James Scott, wikimedia.
 

Jusqu'à présent, les teignes transmises de l'humain à l'animal de compagnie, chien ou chat, « très rares », étaient liées à l'espèce Trichophyton rubrum. Une large équipe de mycologues et parasitologues de l'Assistance publique des hôpitaux de Paris et de deux ENV vient de publier une série de cas où le germe en cause est différent : T. tonsurans. « Une espèce de plus en plus signalée » en humaine.

Fréquence de détection accrue

Leur description porte sur 22 cas, identifiés entre 2021 et 2025, sur 13 chats et 9 chiens. Elle fait suite à la « détection de fréquence accrue de T. tonsurans parmi les prélèvements superficiels réalisés sur des animaux de compagnie au laboratoire de mycologie vétérinaire LabOniris à Nantes en 2024 et 2025 ». Les auteurs ont dont lancé une recherche de dossiers liés à l'identification de cette espèce chez des chiens et des chats dans deux laboratoires de mycologie : ceux des ENV de Nantes et d'Alfort. Les informations contenues dans l'anamnèse rédigée par les praticiens et accompagnant les prélèvements soumis à analyses ont été collectés. Les propriétaires de ces cas ont été au besoin contactés, pour disposer de compléments d'information et recueillir leur consentement à l'utilisation de clichés.

Toujours un cas humain dans l'entourage

L'identification génétique de plusieurs isolats a confirmé qu'il s'agissait bien de T. tonsurans. Vingt-et-un des isolats de cette série avaient été obtenus à Nantes (et 1 à Alfort). Près des deux tiers des cas (63 %) avaient été diagnostiqués en 2025. Il n'y avait pas de cas groupés, et ils provenaient de « toutes les régions de France ». Enfin, « dans tous les cas, la contamination de l'animal a pu être attribuée à une infection antérieure par des dermatophytes chez un membre du foyer, avec des données mycologiques concordantes disponibles pour six d'entre eux ». Et pour 21 des 22 cas, il s'agissait d'un homme.

Des porteurs sains, surtout félins

Les auteurs préviennent toutefois que certains animaux (10 chats et un chien) étaient porteurs asymptomatiques de cette teigne. Pour les cas cliniques : « des lésions cutanées, le plus souvent des lésions alopéciques uniques, ont été détectées chez 3 chats et 8 chiens. Les chiens étaient significativement plus souvent symptomatiques que les chats (p = 0,0075) ». Cette série de cas est inédite : les auteurs relèvent dans la littérature l'identification de T. tonsurans chez un chien au Brésil et un autre en Pologne, mais « les conditions de transmission n'ont été décrites dans aucun de ces cas ».

La faute aux barbiers ?

T. tonsurans « est devenue la première cause de teigne du cuir chevelu en France », préviennent les auteurs. Aussi, pour les auteurs, « cette série de cas illustre la forte contagiosité de T. tonsurans au sein des foyers, avec une contamination secondaire des membres de la famille et des animaux de compagnie ». Chez les humains, la transmission a été démontrée comme liée, dans de nombreux cas, à la fréquentation de barbiers. Or sur les 21 hommes associés à ces cas animaux, une telle transmission « est suspectée pour au moins six cas ».

Information 'one health'

Pour les auteurs, médecins comme vétérinaires devraient être informés de l'importance de T. tonsurans en dermatologie humain :

  • les premiers pour prévenir les personnes infectées du risque de passage à l'animal (précautions) et les informer du fait qu'une telle transmission « pourrait contribuer à la persistance du dermatophyte au sein des foyers » ;
  • les seconds parce que les porteurs asymptomatiques peuvent à nouveau transmettre aux humains. Les auteurs préviennent qu'il n'est pas connu si ces porteurs sains peuvent provoquer l'infection d'autres chiens ou chats.

Ils encouragent « vivement la collaboration entre médecins, mycologues et vétérinaires afin d'améliorer la documentation et la surveillance de cette question encore peu étudiée ».