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Proplan

19 juin 2026

Suspicion d'épillet migrant : une échographie et pas d'antibiotiques

par Agnès Faessel

Temps de lecture  4 min

D'après Twyford & Rowan, VetRecord, 2026.
D'après Twyford & Rowan, VetRecord, 2026.
 

La saison des épillets est déjà bien entamée. Selon leur point d'entrée, ces corps étrangers migrent généralement au niveau du conduit auditif, des espaces interdigités, des sacs conjonctivaux, du tractus respiratoire, de la cavité thoracique, des muscles lombaires.

L'identification et la localisation de l'épillet permettent son retrait, dont la précocité prévient les lésions secondaires. L'étude rétrospective de 18 cas a évalué les facteurs pouvant retarder cette prise en charge.

Une majorité d'épagneuls

L'étude a été menée à l'hôpital vétérinaire universitaire de l'Université de Cambridge (Angleterre). Les cas retenus sont des diagnostics de corps étrangers migrants, ayant été investigués par imagerie (même si celle-ci n'a pas établi le diagnostic définitif), en ne retenant que ceux liés à des épillets.

Sur la période d'étude (année 2024), les dossiers médicaux de 18 chiens référés ont ainsi été identifiés, ayant entraîné le retrait de 22 épillets (2 chez un chien et 4 chez un autre). Dans 12 cas, un épillet avait bien été suspecté mais sans parvenir à l'extraire en première intention.

Parmi ces chiens, les deux-tiers sont des épagneuls (12/18), et la moitié sont des mâles castrés.

Les signes cliniques varient selon la localisation de l'épillet (œdème et boiterie par exemple dans le cas de l'atteinte d'un membre). Cette localisation était la zone lombaire pour 4 épillets, les espaces interdigités pour 7, un membre pour 4, et un autre tissu mou pour 7 (cou, flanc, zone périanale).

30 rapports d'échographie

Une ou plusieurs échographies avaient été réalisées dans tous les cas ; au total, 30 rapports d'examens échographiques étaient disponibles.

Il s'agit en effet de la technique d'imagerie la plus efficace dans ce contexte médical, qui permet d'identifier l'épillet au niveau des tissus sous-cutanés ou des tissus mous sous-jacents ; lors de migration dans des tissus plus profonds, un scanner ou une IRM peut être requis, afin d'évaluer aussi la nature et l'étendue des lésions secondaires (un scanner a été réalisé dans 3 cas ici, toutes de localisation sous-lombaire).

À l'échographie, les épillets sont généralement décrits comme des structures fusiformes hyperéchogènes, entourées d'une zone anéchogène ou hypoéchogène, souvent accompagnée d'un cône d'ombre distal. Cette description est globalement retrouvée ici (à l'exception des cônes d'ombre, rares). Ces zones hypoéchogènes peuvent correspondre à un tissu inflammatoire (granulome) ou à l'accumulation de liquide inflammatoire (abcès) secondaire à la présence du corps étranger.

Le retrait échoguidé de l'épillet est réalisé, lorsque possible, dans la foulée de sa visualisation. À défaut, un retrait chirurgical est le plus souvent pratiqué (chez 8 chiens ici).

Un traitement antibiotique est susceptible d'éliminer cette poche inflammatoire entourant l'épillet, rendant l'identification moins facile à l'imagerie et associée à un risque d'évolution vers la chronicité. L'objectif de l'étude était donc de confirmer ce risque et, plus largement, d'identifier les facteurs modifiant l'apparence du corps étranger. Lors de localisation sous-lombaire en particulier, les signes cliniques de l'affection, non spécifiques (fièvre, baisse d'appétit, léthargie), peuvent être attribués à d'autres maladies dans lesquelles une antibiothérapie est indiquée donc prescrite.

Pas de lien significatif entre aspect à l'échographie et antibiothérapie…

Seulement 6 chiens n'avaient pas été traités avec des antibiotiques avant d'être référés. Et l'analyse de leurs dossiers médicaux montre qu'à l'échographie, l'épillet était entouré d'une poche liquidienne :

  • dans 5 de ces 6 cas (soit 83 %),
  • dans 6 des 14 examens pour lesquels l'antibiothérapie avait été stoppée au moins une semaine avant (soit 43 %),
  • et dans 7 des 10 examens réalisés chez des chiens traités au cours des 7 derniers jours (soit 70 %).

Toutefois, l'antibiothérapie n'est pas trouvée associée de manière significative à la présence de ces poches de liquide.

… mais un lien avec le délai avant retrait

Tous les épillets identifiés ont pu être retirés avec succès. Et les auteurs de l'étude ont calculé le délai entre la première présentation du chien (chez son vétérinaire traitant) et ce retrait.

Le délai médian est ainsi de 26 jours, ce qui peut apparaître long en clientèle généraliste mais pas dans le contexte de cas référés. Le délai était prolongé dans les cas de localisation sous-lombaire, de manière significative (près de 200 jours en médiane), ces cas étant particulièrement compliqués. Il est de 15 jours pour les autres localisations (toutes confondues).

Le délai est surtout significativement plus long chez les chiens initialement traités avec des antibiotiques (12 chiens sur les 18) : il est de 70,5 jours, contre 3,5 jours pour les chiens non traités (voir figure en illustration principale).

Le retrait étant conditionné à l'identification et à la localisation de l'épillet, et la présence de la poche liquidienne étant par ailleurs significativement liée à la facilité de ce retrait (nombre de tentatives nécessaires), les auteurs formulent deux recommandations :

  • Ne pas administrer d'antibiotiques lors de suspicion de corps étranger migrant de type épillet, et se cantonner à un traitement symptomatique (antalgique notamment) en attendant le diagnostic de certitude ;
  • Effectuer une échographie (ou référer le chien dans ce but) en première intention (avant de tenter l'extraction), afin de favoriser et préciser ce diagnostic.

Car à 86 % ici, l'identification de l'épillet à l'examen échographique a été suivie de son retrait échoguidé avec succès. Le cas échéant, les antibiotiques seront stoppés plusieurs jours avant l'examen.