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Elanco & Proplan

29 août 2025

Quand les chiens “vapotent”, ça ne se voit pas dans un cas sur deux

par Vincent Dedet

Temps de lecture  5 min

Dosage en nicotine du liquide de cigarette électronique impliqué dans les cas d'exposition chez des chiens, entre 2011 et 2024, signalés au centre antipoison vétérinaire à Londres (Bates et coll., 2025).
Dosage en nicotine du liquide de cigarette électronique impliqué dans les cas d'exposition chez des chiens, entre 2011 et 2024, signalés au centre antipoison vétérinaire à Londres (Bates et coll., 2025).
 

La première étude rétrospective sur les effets de l'exposition aux cigarettes électroniques ou à leurs recharges liquides chez les chiens vient d'être publiée par le centre londonien antipoison vétérinaire (VPIS pour Veterinary Poisons Information Service). Elle comporte deux bonnes nouvelles : dans un cas sur deux l'animal est resté asymptomatique, et l'issue est rarement fatale.

Risque de toxicose nicotinique ?

L'exposition des chiens aux produits contenus dans les cigarettes électroniques « est aisée et ils les mâchouillent de manière assez commune », indique les auteurs. Le nombre de cas déclarés au VPIS (qui répond aux praticiens, un autre service répond aux maîtres) n'est probablement pas le reflet de l'exposition réelle des animaux, mais les auteurs ont souhaité en analyser les conséquences connues, en particulier « pour évaluer le risque de toxicose nicotinique ». En effet, bien qu'une limite légale supérieure de 20 mg de nicotine par ml de liquide s'applique outre-Manche comme dans l'UE, certains produits peuvent en contenir jusqu'à 60 mg/ml.

Premier cas en 2011

Ils ont donc extrait de la base de données tous les cas signalés pour lesquels il n'y avait exposition qu'au liquide de vapotage (dans une cigarette électronique, une recharge, ou une ‘puff', à usage unique). Les cas d'ingestion du dispositif, pour lesquels le chien est également exposé aux composants de la pile, ont été exclus. Le premier cas remonte à 2011 (il n'y en a pas eu d'autre cette année-là) et la base de données en comprend 1 344 jusqu'à fin 2024 (213 cette année-là). Les cas déclarés au VPIS font l'objet d'une demande de suivi à un mois, au début par courrier et plus récemment avec un questionnaire en ligne. Mais pour 1 005 des cas, un tel suivi était absent, et ils ont été exclus (comme ceux avec des liquides contenant du tétrahydrocannabinol par exemple).

Dans l'œil ou l'oreille aussi

Au final, les auteurs ont disposé de 321 cas pour leur analyse rétrospective. Sans surprise, tous les chiens peuvent être concernés (de 2 à 72 kg de poids vif) et à tous les âges (de 2 mois à 15 ans), même si les jeunes le sont davantage : la médiane est à 2 ans au moment de l'incident. Sans surprise non plus, 99 % des expositions sont soit buccales, soit orales. Pour les autres cas, l'exposition oculaire pouvait être liée à une confusion du maître avec le collyre du chien (2 cas) ou la solution auriculaire (1 cas), à une recharge qui éclabousse à la morsure (2 cas avec exposition buccale et oculaire). En moyenne, l'appel du VPIS était moins d'une heure après l'accident (au plus 16 h).

Plus d'un chien sur deux asymptomatique

Dans un peu plus d'un cas sur cinq (23 %), la concentration en nicotine dans le liquide de vapotage n'était pas renseignée. Pour les autres cas, le dosage le plus courant était à 18 mg/ml (19 % des cas) ou 6 mg/ml (9 %). Le dosage connu le plus élevée était à 40 mg/ml (au-dessus de la limite légale, mais survenu avant l'adoption de la loi). Le dosage médian auquel ont été exposés les chiens était de 2,6 mg/kg. Logiquement, 53 % des chiens de l'étude ont donc été asymptomatiques. Pour les auteurs, « une raison possible est que l'absorption par la muqueuse buccale est limitée car les chiens avalent le produit rapidement ». La nicotine étant une base faible, elle n'est que peu absorbée par l'estomac et a une faible biodisponibilité intestinale (de l'ordre de 20 %) – et elle fait vomir…

Vomissements, hypersalivation et tachycardie

Sur les 151 chiens qui ont présenté des signes cliniques, 6 % ont présenté des signes modérés, sévères ou fatals. Par ordre de fréquence décroissant, les signes cliniques étaient :

  • des vomissements (23 % des cas),
  • de l'hypersalivation (13 %),
  • de la tachycardie (9 %),
  • des tremblements (7 %),
  • de l'ataxie (5 %),
  • de la tachypnée (4 %)
  • une perte de conscience (4 %)
  • de l'hyperactivité, la léthargie, le malaise et la pâleur des muqueuses (3 % dans chaque cas) et de nombreux autres signes avec une fréquence de 2 % au plus (stomatite, convulsion, apnée, désorientation, anxiété, toux, etc.).

Outre les trois signes les plus fréquents, les autres signes potentiels de toxicité de la nicotine (tremblements, hyperactivité, ataxie, tachypnée) ont concerné moins de 7 % des cas. Dans un cas, un cockapoo ayant avalé une recharge de 10 ml a présenté une occlusion intestinale 48 h plus tard ; le contenant a été extrait après laparotomie et « il était pour l'essentiel encore plein », ne générant pas d'intoxication. Après rinçage oculaire pour les cas d'exposition, il y a eu au plus une légère irritation locale.

Deux décès

Dans plus du quart des cas (28 %), aucun traitement suite à l'exposition orale/buccale n'a été réalisé. Dans un peu moins d'un cas sur deux, du charbon activé a été administré seul (45 %) (ou avec un émétique pour 9 % des cas). Un émétique a été administré seul dans 5 % des cas et un lavage gastrique a été réalisé seul dans 13 % des cas (la plupart du temps à la suite de l'appel au VPIS). Dans la très grande majorité des cas ayant présenté des signes cliniques, une guérison a été observée (149/151) – dans les 10 minutes, mais pouvant prendre jusqu'à 6 jours pour un cas (une diarrhée comme seul signe, dont l'imputabilité à la nicotine est douteuse : sa demi-vie est inconnue chez les chiens et chats mais est de 2 h chez l'humain). Sur les deux décès, l'un était lié à une euthanasie par insuffisance de moyens des maîtres. L'autre, un « berger allemand de 24 kg est décédé 3,5 heures après avoir mâché une bouteille de liquide contenant 24 mg/ml de nicotine, livrée par la poste. La dose ingérée était inconnue, et les symptômes étaient une tachypnée progressive, une tachycardie persistante (200 bpm) et une hypotension. Le chien a reçu du diazépam, mais est devenu insensible, s'est effondré, a évacué une importante quantité de liquide hémorragique par la bouche, puis est décédé ». D'autres chiens exposés au même dosage, voir à un dosage supérieur (mais la quantité n'est pas toujours connue) ont guéri. Enfin, les auteurs signalent que d'autres cas mortels ont été signalés dans les médias britanniques, mais sont peu documentés (et ne font pas partie de cette étude).

Au bilan, « la majorité des chiens exposés aux liquides de cigarette électronique peuvent être traités de manière symptomatique. Tout chien suspecté d'avoir avalé une cigarette électronique entière, une “puff”, capsule ou recharge doit être examiné pour rechercher une ingestion de corps étranger ».