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7 décembre 2023

Oser le retour à domicile avec une sonde naso-oesophagienne

par Agnès Faessel

Temps de lecture  3 min

 

Chez l'animal hospitalisé, une alimentation par sonde naso-œsophagienne est régulièrement mise en place dans l'attente d'une réalimentation spontanée. Mais cette reprise peut être retardée par le stress de l'hospitalisation, entraînant le prolongement de cette dernière ainsi que les coûts associés.

En alternative, lorsque possible, l'animal peut être rendu à son propriétaire avec la sonde. Une étude française a évalué la faisabilité pratique de ce choix.

119 cas étudiés rétrospectivement

Un total de 119 cas a été inclus dans cette étude rétrospective : 90 chats et 29 chiens, rendus à leur propriétaire avec la sonde, après une période d'observation de 24 heures au minimum en hospitalisation (2 jours en médiane). Le type de sonde utilisée et sa mise en place étaient identiques dans tous les cas. Le bon positionnement était contrôlé par radiographie du thorax.

Le motif initial de la prise en charge et de l'hospitalisation de l'animal était variable (troubles digestifs ou urogénitaux, hépatopathie, maladie tumorale parmi les plus fréquents). L'aliment administré dépendait du cas, en particulier de la maladie sous-jacente. Un traitement médical oral (formulation liquide ou comprimés à écraser et mixer dans l'eau avant administration) pouvait être prescrit.

La technique d'alimentation était expliquée au propriétaire (démonstration) avant le retour au domicile, en insistant sur le contrôle préalable du bon positionnement de la sonde afin d'éviter toute fausse-route. La durée de son utilisation à domicile (avant retrait) est de 6 jours en médiane ici.

Usage pratique jugé « simple »

Outre les informations du dossier médical, les propriétaires ont été contactés par téléphone (dans les 5 mois suivants) afin de recueillir leur avis sur l'utilisation pratique du dispositif, et leur satisfaction globale.

Les résultats montrent que 8 personnes sur 10 ont trouvé l'usage de la sonde « simple » (96/119), et 17 % le jugent « simple après quelques essais » (20/119). Trois propriétaires l'ont toutefois trouvé « difficile », ce qui apparaît être une proportion limitée.

L'administration de médicaments (lorsque prescrits) a généré des difficultés pour 20 % des propriétaires concernés.

La satisfaction globale atteint 94 %. Les propriétaires insatisfaits pointent surtout la difficulté technique et le stress de leur animal.

Alimentation spontanée en 4 jours

Près des deux tiers des animaux (74 soit 62,2 %) ont retrouvé l'appétit (et une alimentation spontanée) à domicile avant le retrait de la sonde, dans un délai de 4 jours en médiane. Ces animaux ont ainsi pu remanger naturellement malgré la présence de la sonde.

Parmi les 45 autres cas, 27 (soit 60 %) ont retrouvé l'appétit dans les 24 heures suivant le retrait de la sonde, ce qui laisse penser que la sonde peut toutefois occasionner stress et inconfort qui gênent le retour d'une alimentation normale.

Les 18 cas restants ont été à nouveau hospitalisés (n=12), ou euthanasiés (n=6) en raison d'une aggravation de leur état général.

Nombreuses complications mineures

Les sondes naso-œsophagiennes ne sont toutefois pas dénuées d'inconvénients, en particulier un potentiel retardement de la reprise d'une alimentation spontanée, ce qui n'a pas été observé ici, et la survenue de complications, mineures (toux ou obstruction de la sonde, par exemple) ou majeure (pneumonie par aspiration).

Ici, les complications ont été fréquentes, rapportées chez 78 animaux (65,5 %), mais toutes mineures. Des éternuements ou un jetage ont notamment été observés dans 39 cas (voir tableau en illustration principale).

L'animal a été ramené en consultation dans 22 cas, mais seulement 7 ont nécessité la mise en place d'une nouvelle sonde.

Sélection des cas éligibles

Les auteurs en concluent que laisser l'animal sortir d'hospitalisation avec une sonde alimentaire est bien toléré, sans complications affectant le pronostic vital. La sonde peut être laissée en place plusieurs jours (jusqu'à 22 ici). Et la capacité du propriétaire à nourrir son animal avec une telle sonde est plutôt bonne.

Il convient toutefois de réserver cette possibilité aux animaux susceptibles de retrouver un appétit normal relativement rapidement, et évidemment ne présentant pas de contre-indication à la pose d'une sonde naso-œsophagienne. Le bon positionnement de la sonde est à contrôler par radiographie au préalable, une pneumonie par aspiration représentant le plus grand risque de complication fatale. La tolérance de la sonde sera également vérifiée en hospitalisation, quelques heures au moins avant la sortie (24 heures au minimum ici). Et le propriétaire doit être motivé, se sentir suffisamment à l'aise pour nourrir son animal par sonde.