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Proplan

11 octobre 2016

Pour acquérir Merial, Boehringer revend à Elanco les vaccins Fort-Dodge aux USA. Tandis que Bruxelles patiente…

par Eric Vandaële

Temps de lecture  3 min

L'écart se creuse entre les quatre premiers mondiaux et les autres grands laboratoires du top ten mondial. Source : LeFil (Éric Vandaële).
L'écart se creuse entre les quatre premiers mondiaux et les autres grands laboratoires du top ten mondial. Source : LeFil (Éric Vandaële).
 

Le rachat annoncé de Merial par Boehringer Ingelheim restera la grande fusion de 2016 ou de début 2017. Elle devrait donner naissance — une nouvelle fois — à un leader mondial : le numéro deux de la santé animale derrière Zoetis, avec un chiffre d'affaires dépassant les 4 milliards d'euros.

Mais que ce soit aux USA ou en Europe, les autorités de la concurrence veillent à éviter que ces rachats — incessants depuis une vingtaine d'années — puissent être à l'origine d'une position dominante sur des marchés de plus en plus concentrés, mais paradoxalement de plus en plus concurrentiels.

Avec ces fusions, d'autres laboratoires peuvent avoir l'opportunité de racheter les gammes désinvesties à la demande des autorités de la concurrence.

Les vaccins Fort-Dodge changent à nouveau de mains

Aux USA, Elanco vient ainsi d'annoncer le rachat à Boehringer Ingelheim des vaccins Fort-Dodge pour chiens et chats que le laboratoire allemand avait racheté en 2009 à Pfizer à l'occasion d'une autre méga-fusion, l'intégration de Fort-Dodge dans Pfizer.

  • En 2009, les autorités nord-américaines de la concurrence n'avaient pas voulu que Pfizer contrôle deux gammes importantes de vaccins jusque-là concurrentes. Et Boehringer Ingelheim, absent de ce marché nord-américain, avait ainsi pu racheter non seulement les vaccins pour chiens et chats mais aussi les importants sites de production et de R&D de Fort-Dodge. En Europe, Elanco a, pour la même raison, acquis en 2010 quelques vaccins de Fort Dodge (Felocell°…) et d'autres produits de Pfizer (Stellamune°, Dectomax°/Zearl°…) ainsi que l'ancien site Fort-Dodge de Sligo en Irlande.
  • En 2016, bis-repetita. Le futur Boehringer Ingelheim, pour conserver les gammes de vaccins chiens-chats de Merial, doit abandonner ces vaccins et les sites de production et de R&D de Fort-Dodge aux USA qu'il avait acquis en 2009.

885 millions de dollars

Pour ce rachat, prévu début 2017, Elanco versera à Boehringer environ 885 millions de dollars. Certaines gammes de vaccins US rachetées par Elanco sont connues :

  • Les vaccins pour chiens des gammes Duramune°, Ultra Duramune°, Bronchi-Shield° [en Europe, Zoetis continue d'ailleurs de vendre l'un des vaccins Bronchi-Shield° issu du développement de Fort-Dodge] ;
  • Les vaccins félins, Fel-O-Vax°, Calicivax°, Ultra Fel-O-Vax°, Fel-O-Guard°,
  • Et les vaccins antirabiques Rabvac°.

Ce rachat ne devrait toutefois pas avoir d'impact, au moins dans l'immédiat, ni en France, ni en Europe.

Et en Europe… au moins jusqu'au 24 octobre

Les autorités européennes de la concurrence ne se sont pas encore prononcées sur le rachat de Merial par Boehringer Ingelheim (voir ce lien).

Un projet de rachat avait pourtant été notifié le 13 juin à direction générale à la concurrence de la Commission européenne. Mais il a été retiré le 22 juillet. Le projet a ensuite été déposé une seconde fois auprès de ces autorités, mais seulement le 19 septembre 2016, et publié au Journal officiel de l'Union européenne du 24 septembre. Du coup, les « tiers intéressés » ont jusqu'au 24 octobre 2016 pour faire valoir leurs points de vue, voire les oppositions, auprès de Bruxelles. À l'issue de ce délai, les autorités de la concurrence pourront instruire ce dossier puis faire des recommandations.

Une troisième place disputée

Ce rachat devrait permettre à Elanco de rentrer dans la course au tiercé de tête mondial de la santé animale en disputant la troisième place à MSD (± 3,3 milliards de dollars de ventes en 2015), mais assez loin derrière Zoetis (± 4,8 milliards $) et Boehringer + Merial (> 4 milliards $).

Ces quatre leaders mondiaux cumulent 55 % des ventes mondiales et distancent largement le numéro 5 (Bayer), puis les trois français, Ceva, Virbac et Vétoquinol, respectivement aux 6, 7 et 8ème rangs mondiaux.