titre_lefil
Proplan

10 septembre 2026

Pyomètre chez la chienne : différer la chirurgie n'impacte pas la survie à court terme

par Caroline Driot

Temps de lecture  3 min

En cas de pyomètre, la durée de stabilisation et le délai préopératoire n'impactent pas la survie à court terme. Cliché : Pixabay
En cas de pyomètre, la durée de stabilisation et le délai préopératoire n'impactent pas la survie à court terme. Cliché : Pixabay
 

Opérer sans attendre, quitte à perturber le planning ? Stabiliser l'animal, et opérer après la fermeture, voire le lendemain ? Le pyomètre, en particulier à col fermé, a longtemps été considéré comme une urgence chirurgicale. Une idée remise en cause par cette récente étude américaine, qui suggère que la durée de stabilisation et le délai avant intervention chirurgicale n'ont pas d'impact sur la survie à court terme, ni sur le temps de récupération.

Étude rétrospective sur 137 chiennes

Les praticiens auteurs de cette étude rétrospective ont analysé les dossiers médicaux de trois centres hospitaliers vétérinaires, pour identifier les chiennes ayant subi une ovario-hystérectomie en raison d'un pyomètre, entre novembre 2018 et juillet 2024. Pour être inclus dans cette étude, les dossiers devaient comporter les éléments suivants : pyomètre diagnostiqué et confirmé par imagerie (radiographie ou échographie), réalisation d'une ovario-hystérectomie, dates et heures d'admission, d'induction de l'anesthésie, de sortie d'hospitalisation ou éventuellement de décès.

L'échantillon étudié comprend finalement 137 chiennes, d'âges et de formats variés, avec des valeurs médianes de 7 ans (1 à 15 ans) et 21 kg (1,3 à 89 kg). Près de 2 cas sur 3 (63 %, n = 86) présentaient un pyomètre à col ouvert, et 37 % un pyomètre à col fermé (n = 51). Le délai entre l'apparition des signes cliniques et la consultation variait de 1 à 26 jours, avec une médiane à 3,5 jours. Les symptômes les plus fréquents comprenaient une hypo- ou anorexie (73 %, n =100), des pertes vaginales (64 %, n =88), une léthargie (52 %, n =71) et des vomissements (37 %, n = 50).

Des procédures de stabilisation préopératoires variées…

La phase de stabilisation préopératoire durait en moyenne 9 heures (0,9 à 88 h), et associait diverses combinaisons de perfusions intraveineuses, d'analgésiques, de médicaments de soutien gastro-intestinal, d'anxiolytiques et de sédatifs. Une perfusion continue était mise en place chez près des trois quarts des chiennes (74 %, n=102), avec un débit moyen de 4 ml/kg/h. Des bolus intraveineux étaient administrés en complément chez un peu moins d'un tiers des cas (31 %, n= 43). Environ une chienne sur six (17 %, n = 23) ne recevait aucune fluidothérapie préopératoire, et une chienne sur dix (9 %, n = 12) uniquement des bolus.

La combinaison d'ampicilline et d'un inhibiteur des béta-lactamases constituait le traitement antimicrobien le plus courant en phase préopératoire : 72,5 % des chiennes l'ont reçu, dont 42 % en monothérapie (n=57), 29 % en association avec de l'enrofloxacine (n=39), et 1,5 % avec du métronidazole (n=2). Trois chiennes (2 %) ont reçu de l'enrofloxacine seule.

… sans effet prédictif sur la survie ou le temps de récupération

Chaque individu a été catégorisé selon deux variables principales : la déhiscence du col (ouvert ou fermé) et l'heure de passage au bloc opératoire (« en journée », c'est-à-dire entre 7 et 17 h, ou « de nuit » : en dehors de cette plage horaire). Deux modèles statistiques ont été testés, l'un considérant la durée de stabilisation comme une variable continue, l'autre comme une variable binaire (inférieure ou supérieure à 6 h, ces deux modalités qualifiant respectivement une chirurgie immédiate ou différée). Résultat ? Dans toutes les catégories (chirurgie de jour ou de nuit, col ouvert ou fermé), et quel que soit le modèle utilisé, l'analyse statistique n'a révélé aucune différence significative en termes de survie à court terme, entre les chiennes ayant subi une chirurgie immédiate et celles ayant été stabilisées pendant 6 heures ou plus. La durée de stabilisation n'a pas eu non plus d'impact significatif sur les principaux indicateurs de performance, comme la durée d'anesthésie, d'intervention chirurgicale ou encore d'hospitalisation postopératoire. Toutes les chiennes ont survécu sauf une, opérée immédiatement après admission pour un pyomètre à col ouvert. Atteint d'une cardiopathie préexistante, cet animal a développé une insuffisance rénale et un syndrome de détresse respiratoire aigus, et est décédé 73 h après la chirurgie.

Opération immédiate en cas de péritonite septique

Cette étude suggère qu'en cas de pyomètre ouvert ou fermé, différer la chirurgie n'obère pas les chances de survie. Les auteurs soulignent toutefois que tous les cas présentant une péritonite septique ont subi une opération immédiate, estimant ainsi qu'une « intervention rapide reste probablement indiquée en cas de complications potentiellement mortelles ». Par ailleurs, la survie n'a pas été évaluée au-delà de la sortie d'hospitalisation. Des recherches complémentaires seraient nécessaires pour déterminer l'impact à long terme du délai préopératoire sur la survie, mais aussi sur la fonction rénale.