titre_lefil
Proplan

30 avril 2026

Prédation : une exploitation ovine subit une attaque de chiens tous les quatre ans

par Vincent Dedet

Temps de lecture  4 min

La remière étude au monde à quantifier les attaques canines sur les troupeaux ovins est française. Elle montre que le temps de pâturage (ici un troupeau de pâturage dans le parc national des Écrins) et la taille du troupeau sont positivement associés au risque d'attaque. Cliché : CamDib, wikimedia.
La remière étude au monde à quantifier les attaques canines sur les troupeaux ovins est française. Elle montre que le temps de pâturage (ici un troupeau de pâturage dans le parc national des Écrins) et la taille du troupeau sont positivement associés au risque d'attaque. Cliché : CamDib, wikimedia.
 

Il s'agit d'enquêtes réalisées dans les zones où le loup n'était pas encore revenu, et sur 14 ans, simplement pour capturer la fréquence et l'importance des attaques de chiens sur les troupeaux ovins. Et c'est la première étude scientifique sur le sujet.

Exercice pour étudiants

Ces chercheurs français, de l'Inrae, VetagroSup, de la Chambre d'agriculture d'Occitanie et du Centre d'études et de réalisations pastorales Alpes Méditerranée ont sélectionné 11 sites d'étude correspondant à différents types d'élevage ovin : lait, viande, transhumants ou sédentaires. Ils sont répartis sur quatre massifs (Alpes, Massif Central, Jura, Pyrénées) et dans 12 départements (04, 07, 09, 13, 19, 23, 25, 30, 34, 39, 63, 84). Ce qui « garantit une représentation adéquate de la diversité des zones d'élevage ovin en France ». Originalité : ce projet ne visait pas à servir de référence au regard de la prédation des loups. Dès le départ, il ciblait bien les chiens : il avait été « initié et réalisé comme exercice pratique pour des étudiants sur une période de dix ans, avec des analyses territoriales, [mais] a malheureusement été abandonné avant que son intérêt scientifique et son originalité ne soient reconnus, ce qui a conduit à une analyse globale et à la soumission d'un article scientifique » publié en cette fin avril.

Exhaustivité sur chaque site

Les premières enquêtes remontent à 1994, les dernières à 2012. « Au total, 298 unités d'élevage, de pâturage d'été ou de transhumance hivernale, individuelles et collectives, ont été étudiées, soit une moyenne de 24 unités par territoire. Cela représente une population totale de 165 000 moutons de plus de 4 mois mis au pâturage et une superficie totale de 14 277 km² ». Dans chaque site, tous les éleveurs ont été interrogés (troupeaux de plus de 100 têtes). Cette exhaustivité permet « d'éviter le biais de surreprésentation des éleveurs les plus touchés, plus facilement identifiables et plus enclins à répondre à des questionnaires nécessitant une prise de parole ». Ces entretiens ont permis de caractériser chaque cas de prédation (date, nombre de victimes, circonstances, lieu, gestion et protection du troupeau, prédateur, etc.).

Trois ovins par an dans un troupeau de 1 000 têtes

Les deux principaux paramètres calculés sont :

  • le taux d'attaques (nombre d'attaques par troupeau et par an), dont la valeur moyenne est de 0,24 (de 0,11 à 0,47 selon les sites), soit « en moyenne une attaque tous les quatre ans pour un troupeau donné » ;
  • le taux de prédation (nombre d'animaux tués par effectif de troupeau et par an). La moyenne est à 0,0032 têtes par an, soit « trois victimes par an pour un troupeau de 1 000 têtes ». Et aucun territoire ne compte plus de 0,0070 mouton en pâturage victimes d'attaques de chiens.
  • Autre mode de calcul : chaque attaque entraîne la perte moyenne de 6,3 moutons, avec un effet régional (de 1,6 dans les Cévennes à 22,9 dans les Monges) et selon le chien responsable.

Les auteurs ont également réalisé une modélisation pour tenter d'identifier les facteurs de risque des attaques et de la prédation. Sans surprise, le temps de pâture et la taille du troupeau sont significativement associés à un taux d'attaques plus élevé. Et les troupeaux qui ont un chien de garde présentent un taux de prédation de 10 % plus élevé que ceux dénués de chien. Le chien de troupeau apparaît donc comme un facteur indirect : il est possible que l'éleveur ou le berger ait pris un chien justement parce que le troupeau subissait déjà des attaques canines.

Le chien du voisin…

Les interviews permettent aussi de déterminer l'origine des chiens responsables des attaques, car elles se produisent de jour et « dans 86 % des cas, le chien responsable est vu » par l'éleveur. Ainsi, « près des deux tiers des attaques peuvent être attribuées aux chiens du voisinage (36,7 %) ou aux chiens de chasse (31 %). Les chiens des touristes, souvent incriminés, ne représentent qu'une faible proportion des attaques recensées (5,4 %). Les attaques attribuées aux “chiens errants”, c'est-à-dire les chiens sans propriétaire, sont très rares (0,3 %) ». Les auteurs précisent que dans les deux cas recensés, le chien et la meute ont été abattus sur décret municipal.

Comme les données collectées sont homogènes sur les 11 sites et stables sur la durée de l'étude, les auteurs extrapolent à l'échelon national : « avec 6,6 millions d'ovins adultes en 2024, le nombre moyen estimé de moutons victimes de prédation canine aurait pu atteindre environ 19 800 en 2024 ». Ils signalent « à titre de comparaison, [que] près de 11 500 moutons ont été déclarés disparus en 2024 et indemnisés à la suite d'attaques de loups. Environ 70 % de ces pertes ont été enregistrées dans les huit départements alpins où les loups sont présents depuis longtemps et où les élevages ovins ont adopté des mesures de protection appropriées (clôtures électriques, chiens de garde, etc.) contre ces prédateurs ».