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Proplan

22 avril 2026

Ovariohystérectomie de la chienne : la lidocaïne intraveineuse comme alternative peropératoire

par Karin De Lange

Temps de lecture  3 min

La lidocaïne intraveineuse représente un mode de gestion simple et efficace de la douleur pendant les deux premières heures postopératoires d'une ovariohystérectomie. Cliché : Shutterstock.
La lidocaïne intraveineuse représente un mode de gestion simple et efficace de la douleur pendant les deux premières heures postopératoires d'une ovariohystérectomie. Cliché : Shutterstock.
 

La prévention efficace des sensibilisations périphérique et centrale constitue un élément clé du contrôle de la douleur postopératoire aiguë. Lors d'ovariohystérectomie (OVH) chez la chienne, les recommandations actuelles, à la fois de l'association mondiale des vétérinaires des petits animaux (WSAVA) et de l'association américaine des hôpitaux vétérinaires (AAHA) privilégient une approche multimodale, intégrant une anesthésie locorégionale, notamment via l'association de blocs intrapéritonéal et irrigation incisionnelle (« splash »).

Lidocaïne intraveineuse : une option à évaluer

La lidocaïne, anesthésique local bloquant les canaux sodiques, présente la particularité de pouvoir être administrée par voie systémique chez le chien. Outre son effet sur les canaux sodiques, elle pourrait agir via des interactions avec les récepteurs NMDA du système nerveux central, en particulier médullaire. Des propriétés anti-inflammatoires ont également été décrites, contribuant potentiellement à son effet analgésique global. Une équipe de la Khon Kaen University à Bangkok (Thaïlande) s'est associé au professeur Duncan Lascelles (université du Caroline du Nord, USA), pour conduire une étude comparative visant à évaluer l'efficacité analgésique d'une perfusion intraveineuse de lidocaïne. Leur étude a comparé cette technique à une combinaison de lidocaïne administrée par voie intrapéritonéale et en splash incisionnel, chez des chiennes subissant une OVH.

Comparer deux méthodes analgésiques

Trente chiennes, âgées de 6 mois à 6 ans et pesant entre 4 et 25 kg, ont été incluses. Toutes étaient en bonne santé : 27 classées ASA I et 3 ASA II. Les animaux agressifs ou présentant une affection systémique ont été exclus. Le protocole anesthésique consistait en : acépromazine intramusculaire (0,03 mg/kg), propofol intraveineux (4–6 mg/kg), entretien à l'isoflurane et fentanyl (2 μg/kg IV) avant incision. Les chiennes ont été réparties par randomisation en trois groupes de 10 animaux chacun :

  • le groupe lidocaïne intraveineuse (IV), recevant un bolus intraveineux de lidocaïne de 2 mg/kg sur 2 minutes, suivi d'une perfusion à débit continu (CRI) à 50 μg/kg/min ;
  • le groupe intrapéritonéal + incisionnel (IP + SP), recevant de la lidocaïne 4 mg/kg par voie intrapéritonéale peropératoire, puis 2 mg/kg en splash incisionnel avant fermeture cutanée. La lidocaïne IP était appliquée avant ligature (0,2 mL/kg), répartie sur les pédicules ovariens, le col utérin et le corps utérin, avec un temps de contact minimal d'une minute ;
  • le groupe témoin (C), auquel du soluté physiologique (NaCl 0,9 %) a été administré selon les mêmes modalités (IV, IP et SP).

Pour permettre un bon déroulement de l'étude en aveugle, le groupe IV recevait une solution physiologique en IP et en splash incisionnel, et le groupe IP + SP recevait une solution physiologique en perfusion intraveineuse. Les perfusions ont été interrompues à la fin de la chirurgie.

Procédure chirurgicale et évaluation

Toutes les OVH ont été réalisées par le même chirurgien, via une laparotomie médiane caudale, afin de limiter la variabilité liée au geste chirurgical. L'évaluation de la douleur a été effectuée par un observateur expérimenté, en aveugle pour le protocole. Les scores de sédation et de douleur (CMPS-SF) ont été mesurés à 30, 60, 90 et 120 minutes après extubation. À 120 minutes, toutes les chiennes ont reçu du carprofène par voie sous-cutanée. Les scores de douleur étaient significativement plus élevés dans le groupe contrôle par rapport aux groupes traités (voir le tableau ci-dessous). Les différences entre groupes traités et témoin étaient significatives (p = 0,004), à l'avantage des premiers. Il n'y avait pas de différence statistiquement significative entre les groupes IV et IP + SP, à aucun des temps d'évaluation. Aucun recours à une analgésie de secours n'a été nécessaire dans ces groupes.

Notes de douleur selon le Glasgow Composite Measure Pain Scale-Short Form (CMPS-SF) pour les trois groupes : anesthésie intrapéritonéale et incisionnelle (IP + SP), lidocaïne intraveineuse (IV) et témoin (C) chez des chiennes subissant une ovariohystérectomie. Les lettres en exposant indiquent des différences significatives dans une même colonne (p = 0,004 à T60 et T120 et p = 0,029 à T90). T30, T60, T90, T120 : 30, 60, 90 et 120 minutes après extubation. D'après Chaoum et coll., 2025.

 

Une efficacité confirmée pour les deux approches

Ces résultats montrent que la perfusion intraveineuse de lidocaïne et l'association intrapéritonéale/incisionnelle permettent toutes deux un contrôle efficace de la douleur postopératoire précoce, jusqu'à 120 minutes après l'intervention. L'absence de différence entre les deux techniques suggère que la lidocaïne systémique constitue une alternative pertinente lorsque les techniques locorégionales sont difficiles à mettre en œuvre en pratique clinique. Les auteurs concluent que la perfusion intraveineuse de lidocaïne offre une analgésie postopératoire précoce comparable à celle obtenue par l'association de blocs intrapéritonéal et incisionnel chez la chienne lors d'ovariohystérectomie.