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Proplan

8 avril 2026

Coronavirus félin : stratégie pour aller vers des élevages indemnes

par Karin De Lange

Temps de lecture  5 min

Impact de la taille des groupes de chats (en élevage) sur la prévalence de chats excréteurs de la forme entérique du Coronavirus félin, FECV (d'après Luna Vanden Buijs, 2026).
Impact de la taille des groupes de chats (en élevage) sur la prévalence de chats excréteurs de la forme entérique du Coronavirus félin, FECV (d'après Luna Vanden Buijs, 2026).
 

La prévention de la péritonite féline infectieuse (PIF) repose avant tout sur la réduction de l'excrétion du coronavirus félin (FCoV) par les sujets infecté. Car le FCoV existe sous deux biotypes : une forme entérique (feline enteric coronavirus, FECV) et une forme responsable de la PIF (feline infectious peritonitis virus, FIPV). Le FECV est largement répandu dans la population féline, notamment dans les élevages, et reste le plus souvent asymptomatique, bien qu'il puisse provoquer des troubles digestifs. Dans environ 5 % des cas, le FECV mute en FIPV, responsable de la PIF, maladie systémique progressive et fatale en l'absence de traitement, même si des préparations magistrales de GS-441524 sont désormais accessibles.

Excrétion virale massive en élevage

Pour les élevages félins, « il est donc essentiel de se concentrer sur les stratégies préventives », a souligné Luna Vanden Buijs, vétérinaire en doctorante à l'Université de Gand (Belgique), lors d'un webinaire organisé par la Fédération vétérinaire européenne (FVE) et la Fédération européenne d'associations des vétérinaires canins (Fecava), le 2 avril dernier. Ses travaux comprennent deux parties. La première, conduite entre mai 2023 et mai 2024, met en évidence l'ampleur du phénomène en élevage. Sur 213 chats de 23 élevages félin flamands, environ 75 % (158/213) étaient excréteurs du FECV, et seulement trois élevages étaient négatifs. L'analyse des facteurs de risque montre que plusieurs éléments influencent la circulation virale :

  • la taille du groupe (voir l'illustration principale), qui apparaît comme un facteur déterminant, avec un risque accru dans les populations importantes ;
  • la gestion de l'hygiène et des litières joue également un rôle clé. L'utilisation de litières à base de bentonite semble contribuer à réduire le risque de transmission, probablement en liant les particules virales, « sans toutefois l'éliminer totalement ».

Les chats ont été classés en trois catégories : non excréteurs, excréteurs transitoires et excréteurs persistants. Ces derniers, définis par une excrétion continue pendant au moins quatre mois, constituent le principal réservoir du virus et représentent un enjeu majeur en élevage.

Protocoles progressifs : stratégie efficace, mais exigeante

La seconde partie de l'étude, conduite de mai 2024 à mai 2025, a évalué l'impact de protocoles structurés sur la réduction de l'excrétion virale. Vingt chatteries ont été réparties en trois niveaux d'intervention.

  • Le premier niveau, appliqué dans 10 chatteries, visait une réduction du nombre d'excréteurs via des mesures générales. Dans ce groupe, la prévalence individuelle de l'excrétion est passée de 84/100 (84 %) à 62/105 (59 %) au bout de six mois, puis à 49/100 (49 %) un an après, sans modification de la prévalence à l'échelle des chatteries, restée à 100 %.
  • Le deuxième niveau, dit réduction des FECV (« FECV-low »), avait pour objectif d'obtenir moins de 20 % d'excréteurs en fin d'essai. Dans les cinq chatteries concernées, la prévalence individuelle a chuté de 24/33 (72,7 %) à 12/36 (33,3 %), puis à 4/31 (12,9 %) au bout d'un an, tandis que la proportion de chatteries positives est passée à 3/5.
  • Le troisième protocole, le plus strict (« FECV-free »), visait l'absence totale d'excréteurs, pour obtenir un élevage « indemne ». Dans ce groupe (voir l'illustration ci-dessous), la prévalence individuelle a diminué de 20/36 (55,6 %) à 7/41 (17,1 %) dans l'étude, puis à 1/40 (2,5 %) au bout d'un an, et la prévalence des chatteries positives de 5/5 à 1/5. « Ces résultats confirment qu'une gestion basée sur des protocoles progressifs permet une réduction significative de l'excrétion virale, voire son élimination dans certaines conditions », conclut notre consœur.

Évolution, sur 12 mois, de la prévalence du FECV dans les élevages soumis au protocole d'éradication le plus strict (d'après Luna Vanden Buijs, 2026).

 

Mesures pratiques : hygiène, isolement et dépistage

Ces protocoles reposaient sur un renforcement progressif des mesures d'hygiène et de gestion sanitaire (voir le tableau ci-dessous). La fréquence de nettoyage constitue un élément clé. La gestion des excréteurs persistants est également déterminante. Leur isolement est recommandé dans les protocoles de base, puis leur retrait de l'élevage devient conseillé, voire obligatoire dans les protocoles les plus stricts. Dans un cas, l'identification et l'exclusion d'un seul excréteur persistant ont permis de négativer un élevage initialement fortement positif. Le dépistage par qPCR, réalisé à plusieurs moments clés (entrée, sevrage, mise à la reproduction), s'impose comme un outil indispensable pour piloter ces stratégies. La connaissance du statut FECV de chaque animal avant la reproduction paraît notamment essentielle. « L'un des élevages visant le statut indemne aurait pu l'obtenir s'il n'avait pas introduit un chat proposé à la reproduction et annoncé comme négatif, mais qui était en réalité positif », regrette Luna Vanden Buijs. Ces limites soulignent la nécessité d'un dépistage fiable et d'une certification officielle, encore en développement dans certains pays comme la Belgique.

Consignes sanitaires et de gestion, selon les trois niveaux sanitaires, afin de réduire et d'éliminer le FECV dans des élevages félins (d'après Luna Vanden Buijs, 2026).

 

Prévention dès le plus jeune âge

Un point crucial souligné par le Pr Hans Nauwynck, son directeur de thèse, lors du webinaire, concerne la dynamique d'infection chez les chatons. « En élevage, la majorité des chats sont infectés précocement, souvent dès le sevrage. La maîtrise du virus passe donc par une intervention précoce, idéalement dès le premier mois de vie, période clé pour limiter la transmission virale et réduire le risque ultérieur de mutation vers la PIF ». Ces travaux montrent que, si l'élimination complète du virus reste difficile, notamment dans les élevages ouverts, des résultats très encourageants peuvent être obtenus.

Dans ce contexte, le panel de discussion réuni dans ce webinaire confirme que l'implication des organisations d'élevage apparaît essentielle pour structurer ces démarches, promouvoir des standards sanitaires et, à terme, encourager le développement de labels ou de certifications sanitaires. Lors de la discussion, les membres du panel ont souligné l'importance de la pression que les futures propriétaires pourraient représenter s'ils exigeaient des chatons « FECV négatif ». Un libre accès à des affiches résumant ces approches (comme celle-ci) a été proposé.