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Elanco & Proplan

5 mars 2026

Transfusions de sang chez le chien : 30 % de réussite et 12 % de réactions transfusionnelles

par Agnès Faessel

Temps de lecture  4 min

 

Une transfusion sanguine peut sauver une vie ; mais elle peut aussi l'ôter. L'efficacité et la tolérance des transfusions chez le chien a ainsi fait l'objet d'une étude rétrospective, permettant de mieux caractériser les cas où elle est bénéfique et ceux plus à risque.

Appui sur les recommandations d'hématologie vétérinaire

Dans cette étude danoise, menée à l'hôpital vétérinaire de l'Université de Copenhague (et publiée en libre accès), les auteurs ont recensé 190 transfusions réalisées chez 137 chiens, sur la période janvier 2018-mars 2022. Ils ont analysé les dossiers médicaux de ces chiens pour évaluer les effets du traitement et identifier les cas de réactions transfusionnelles.

À cette fin, les auteurs se sont appuyés sur les définitions et recommandations de l'Association d'hématologie et transfusion vétérinaire (Association of Veterinary Hematology and Transfusion Medicine, AVHTM) adoptées par consensus et publiées en 2021 (Transfusion Reaction Small Animal Consensus Statement, partie 1, partie 2 et partie 3). L'efficacité de la transfusion s'est ainsi basée sur des critères cliniques et biologiques (bilan hématologique et hémostatique), dépendants de l'indication et du produit administré, et permettant de distinguer 4 cas : traitement efficace, amélioration modérée, pas d'amélioration, aggravation.

L'établissement dispose d'une banque de sang, et les procédures de transfusion sont standardisées (incluant notamment l'administration systématique d'un antihistaminique), ce qui augmente la solidité de l'étude.

Moins d'un tiers d'efficacité avérée

Les chiens étaient de divers âges, sexes, races et poids. La transfusion a été réalisée dans divers contexte aussi, les principales maladies en cause étant une angiostrongylose (21 % des cas), une tumeur maligne (15 %), une anémie hémolytique à médiation immunitaire (AHMI, 10 %), une diarrhée hémorragique aiguë (9 %), une affection hépatique (3 %). Et les indications de la transfusion les plus fréquentes étaient un trouble de l'hémostase (secondaire à une angiostrongylose, notamment), une hypoalbuminémie ou une anémie de diverses origines.

L'efficacité de la transfusion a été évaluée pour 5 indications – anémie, trouble de la coagulation, thrombocytopénie, hypofibrinogénémie, hypoalbuminémie –, généralement dans les 24 heures suivant le traitement. Et les résultats montrent :

  • un succès global dans moins d'un tiers des cas (30 %),
  • une amélioration modérée dans 24 % des cas,
  • aucune amélioration à 9 %,
  • et 3 cas d'aggravation (voir tableau en illustration principale).

En supprimant les cas non évalués (faute de données suffisante ou suite au décès du chien), le taux d'efficacité monte toutefois à 46 %.

La meilleure efficacité est observée dans les cas d'angiostrongylose.

L'une des limites de ces résultats tient au fait que les autres traitements administrés, symptomatiques ou de la maladie sous-jacente, ont pu contribuer à l'efficacité de la transfusion.

17 cas de réactions transfusionnelle

Le taux d'efficacité est d'autant plus élevé que le traitement n'a pas entraîné de réaction transfusionnelle (46 % versus 12 % en cas de réaction). Car 17 chiens ont développé des réactions indésirables (soit 12 %), survenues lors de 19 des 190 transfusions (10 %).

Les principales réactions rapportées sont une hémolyse aiguë (62 %, ce qui apparaît élevé) ou une fièvre non hémolytique (19 %) :

  • Elles sont survenues en majorité après la transfusion d'un concentré de globules rouges (18/67 cas soit 27 %), se manifestant alors par une hémolyse aiguë ou une fièvre non hémolytique, mais aussi une dyspnée ;
  • Seuls 3 cas sont survenus après l'administration de plasma frais congelé (3/141 soit 2 %), traduits par une réaction allergique (dont l'occurrence est potentiellement diminuée par l'administration préventive d'un antihistaminique à tous les chiens) ou des troubles respiratoires (dyspnée, pneumopathie aiguë) ;
  • Les autres produits utilisés (sang total, plasma riche en plaquettes) ou une autotransfusion n'ont pas entraîné de réaction indésirable.

Deux facteurs de risque significatifs

Divers paramètres ont été évalués comme facteurs de risque de réaction transfusionnelle, liés au type de produit utilisé et au délai de stockage avant usage, au protocole d'administration (test crossmatch préalable, volume, débit), à la maladie sous-jacente, à l'historique médical du chien (première transfusion ou non). L'analyse n'identifie que 2 facteurs significatifs :

  • l'utilisation d'un produit contenant des globules rouges (versus du plasma), ce qui avait déjà été rapporté ;
  • le traitement d'une AHMI, indépendamment alors du produit utilisé.

La réalisation ou non d'un test crossmatch (non systématisé ici), notamment, n'est pas identifié comme un facteur de risque significatif, ce qui est contraire à d'autres résultats d'étude et a pu être mal évalué en lien avec la méthodologie adoptée dans cette étude.

Un faible risque de complication fatale ?

Enfin, lorsque disponible, le suivi à 30 jours a permis de préciser le pronostic de ces transfusions, notamment le taux de mortalité découlant des complications de la transfusion, en excluant les autres causes de décès ou d'euthanasie (maladie sous-jacente, mauvais pronostic, coûts de traitement, etc.).

Car le taux global de mortalité est élevé : il atteint 50 %. Toutefois, seul un chien parmi les 17 ayant développé une réaction indésirable est clairement décédé des suites de cette complication.

Les chances de survie ont tendance à être meilleures lors d'absence de réaction transfusionnelle, mais les différences ne sont pas significatives, y compris en considérant spécifiquement les cas d'hémolyse aiguë post-transfusionnelle, potentiellement plus à risque de décès.