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Proplan

21 avril 2026

Déformations de la cage thoracique des bengals : présentes dès la naissance, fréquentes et associée à une surmortalité précoce

par Vincent Dedet

Temps de lecture  5 min

Une étude suédoise identifie une fréquence élevé des cas de déformation de la cage thoracique chez les chatons bengal et appelle à la mise en place d'une sélection sur ce critère. Cliché : Lightburst, wikimedia.
Une étude suédoise identifie une fréquence élevé des cas de déformation de la cage thoracique chez les chatons bengal et appelle à la mise en place d'une sélection sur ce critère. Cliché : Lightburst, wikimedia.
 

Les bengals font partie des races félines particulièrement affectées par des déformations de la cage thoracique (DCT), avec les sacrés de Birmanie, et dans une moindre mesure les siamois et les Maine coon. Une équipe de cliniciens et épidémiologistes de l'université d'Uppsala (Suède) s'est intéressée à l'occurrence de cette affection à partir de la naissance, pour mieux en caractériser la pathogénie. Leur étude porte malheureusement sur de faibles effectifs, mais a mobilisé d'importants moyens analytiques.

Faible effectif

L'étude comptait deux volets. Elle a été réalisée en partenariat avec le club suédois de la race bengal. Le premier volet demandait aux éleveurs de soumettre des chatons mort-nés au service d'anatomopathologie de la faculté vétérinaire, pour analyses (scanner et autopsie). Ces chatons pouvaient être ou non atteints de DCT. Sur la période 2016-2022, les auteurs ont ainsi collecté les cadavres de 22 chatons, dont un ragdoll de 22 jours et un Européen de 2 mois, décédés d'autres causes et inclus comme références. Toutefois 5 des cadavres de chatons bengal ont dû être exclus du fait d'un état incompatible avec les analyses. Restaient 15 bengal (8 femelles, 6 mâles et un avec une malformation génitale) et les deux chatons pour référence, âgés de 0 à 60 jours (médiane à 22 j).

Presque tous avec malformations et déviation

Un CT-scan de l'ensemble du corps a été réalisé pour 10 des cadavres de chatons (décubitus ventral), avant l'autopsie. L'imageriste a considéré qu'un chaton présentait :

  • un pectus excavatum (poitrine creuse) lorsqu'une « déviation dorsale focale ou régionale nette d'un ou plusieurs sternèbres » était observée ;
  • une lordose lorsqu'il y avait « une déviation ventrale focale ou régionale sans équivoque des vertèbres thoraciques » ;

Un index vertébral était aussi calculé (évaluation de la déviation), ainsi qu'un index d'asymétrie des malformations thoraciques. Un chaton présentait un pectus excavatum, un une lordose et quatre les deux ensemble. Sept chatons présentaient une déviation de la cage thoracique vers la droite et deux vers la gauche (un seul sans déviation, de même qu'un seul sans asymétrie).

Forme anormale du thorax : 14 sur 15 chatons

Lors de l'examen macroscopique des cages thoraciques, « un diagnostic de pectus excavatum était établi en présence d'une dépression chondrosternale marquée (concavité), tandis que celui de poitrine plate l'était en présence d'un aplatissement dorsoventral clairement défini de la cage thoracique, associé à des côtes fortement angulées ». Quatorze des 15 bengal présentaient « une forme anormale du thorax » et les anomalies observées en imagerie étaient également constatées. D'autres malformations osseuses (os longs, vertèbres de la queue…) ont été observées pour 5 des chatons, accompagnant celles de la cage thoracique.

Lésions histologiques : jusqu'aux microfractures

Pour l'histologie, les prélèvements ont concerné la jonction costochondrale des côtes postérieures (8e et/ou 9e côte) et la partie crâniale de la cage thoracique (3e côte), sur 13 bengal et les deux chatons “en référence”. Sur les premiers, « la partie cartilagineuse des côtes a révélé une courbure exagérée et de nombreux profils vasculaires, tandis que pour la jonction costochondrale, un aspect bulbeux a été observé, avec des zones de croissance larges, désorganisées et irrégulières, des zones de Ranvier élargies et la formation de tissu osseux, ou chondroïde périosté ». Chez le bengal le plus âgé, des microfractures ont aussi été observées dans les côtes.

Enquête : en majorité, pas d'anomalies

Le second volet consistait en une enquête en ligne auprès d'éleveurs de bengal. En 2017, chaque éleveur a reçu l'enquête par email, ainsi que quatre relances. Elle les interrogeait sur la période 2014-2016 : nombre de portées, nombre de portées et de chatons où une DCT avait été observée, statut des animaux (né vivant ou mort-né, développement, âge à la détection de la DCT et traitement éventuellement engagé…). Cinquante des 51 répondants (taux de retour > 70 %) élevaient bien des bengal et ils estimaient en majorité (n=28, soit 56 %) que leurs chatons ne présentaient jamais de DCT. Pour les autres, représentant 311 portées au total, des DCT avaient été observées dans 38 d'entre elles, soit 12 %.

Plus de mort-nés chez les portées atteintes

Pour les 139 portées (sur les 311) pour lesquelles les éleveurs ont fourni des données chiffrées (558 chatons), la taille moyenne était de 4 chatons, sans différence entre celles avec ou sans DCT. « Le pourcentage de chatons mort-nés était significativement plus élevé (p=0,025) dans les portées atteintes de DCT (20 %) que dans celles indemnes ». Il n'y avait pas de différence pour la fréquence de dystocies (mais leur fréquence était élevée, à 12 % des naissances). Au total, les éleveurs indiquent avoir identifié 33 cas de DCT, le plus souvent autour de 6 jours d'âge. Les auteurs signalent chez ces sujets la présence de dyspnée et de retard de croissance (lien possible avec un dysfonctionnement cardiaque, observé chez quelques sujets mort-nés). Les auteurs relèvent aussi une sur-représentation des mâles (72 %, contre 28 % de femelles, p=0,028). Ils signalent que chez l'humain, les anomalies de la cage thoracique sont 2 à 4 fois plus fréquentes chez les hommes que chez les femmes. Les traitements tentés par les éleveurs (18 des 33 chatons à DCT) étaient « une alimentation complémentaire, des massages et le placement du chaton dans un corset fabriqué à partir d'un tube en papier ». Deux tiers des chatons atteints étaient encore vivants à 12 semaines d'âge.

Fonds génétique

Les auteurs retiennent de l'enquête que les DCT sont présentes dans 12 % des portées (en excluant les éleveurs n'en ayant jamais observé) et 6 % des chatons. Du fait des taux de mortinatalité plus élevés, ils estiment que « la cause sous-jacente des DCT peut donc réduire la viabilité fœtale ». Enfin, lorsqu'ils examinent le pedigree des portées atteintes, les auteurs relèvent que « la proportion de portées affectées variait selon les pères, ce qui suggère une origine génétique », qui reste à démontrer et identifier. À noter qu'en humaine, le même effet familial est observé pour le pectus excavatum, sans qu'un locus n'ait été là non plus identifié. De plus, « l'hétérogénéité morphologique des lésions indique que plusieurs facteurs de risque génétiques et environnementaux peuvent être impliqués ». Aussi les éleveurs appellent-ils à la mise en place d'une sélection « stratégique pour réduire la fréquence des déformations de la cage thoracique chez les chatons bengal ».