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Elanco & Proplan

4 juin 2024

L'espérance de vie des chats atteint près de 12 ans au Royaume-Uni, avec un avantage aux femelles et aux croisés

par Agnès Faessel

Temps de lecture  6 min

Espérance de vie (survie) et probabilité de décès par âge. D'après Tzu-yun Teng et al., JFMS., 2024.
Espérance de vie (survie) et probabilité de décès par âge. D'après Tzu-yun Teng et al., JFMS., 2024.
 

Mieux vaut être une chatte, stérilisée et mince : le risque de décès est alors moindre, et l'espérance de vie plus élevée.

Dans le cadre du programme VetCompass, des chercheurs britanniques ont réalisé une large étude (sur près de 8000 chats) afin de calculer l'espérance de vie par âge, dans la population générale mais aussi par sexe et par race. Leurs résultats sont publiés en libre accès (dans le JFMS), illustrés par des tableaux très complets.

Des chats médicalisés, morts sur une période de 27 mois

Pour leur étude, les chercheurs ont identifié les chats vus en consultation en 2019 dans les cliniques vétérinaires généralistes adhérentes au programme, soit plus de 1 250 000 chats. Ils ont ensuite recherché parmi ces chats ceux décédés entre janvier 2019 et mars 2021 (soit une période de 27 mois), sélectionnant ainsi 7936 individus, qui représentent la population étudiée : 3826 chattes et 4000 chats mâles (et 110 dont le sexe n'était pas renseigné dans le dossier). Ces chats étaient stérilisés à plus de 70 %.

Le principal biais de cette étude est ainsi que la population étudiée est médicalisée, avec des chats qui vivent probablement plus longtemps que les chats non médicalisés. Elle porte également exclusivement sur une population féline britannique, ses résultats ne sont donc pas nécessairement transposables à d'autres pays, où les pratiques d'alimentation, de soins (stérilisation en particulier), voire d'euthanasie, et plus globalement les races les plus populaires et l'environnement de vie (proportion de chats qui sortent, risques locaux…) peuvent varier. Sur ce point, la France demeure malgré tout très proche du Royaume-Uni.

Tables de survie par tranches d'âge de 12 mois

En exploitant les données des dossiers médicaux de cette population, les chercheurs ont construit des tables d'espérance de vie, indiquant, par tranches de 1 an, l'espérance de survie restante ; ils considèrent que cette information est plus facilement compréhensible par le propriétaire. Car mathématiquement en effet, l'espérance de vie (au sens de l'âge au décès) augmente avec l'âge, ce qui peut être déroutant.

L'espérance de (sur)vie s'entend donc ici comme la durée de vie moyenne des chats encore en vie à l'âge donné. Selon les auteurs, cette information est intéressante à connaître par les propriétaires comme critère d'aide à la décision, en particulier dans le contexte de l'adoption ou de l'euthanasie. Elle est utile bien sûr aussi en termes médical et de recherche, pour évaluer l'évolution dans le temps de la santé des chats.

Les chercheurs ont également calculé les probabilités de décès par tranches d'âge. Et ils ont donc décliné ces informations selon le sexe des chats (mâle ou femelle, indépendamment du statut sexuel) et la race : race pure versus croisé.

Les résultats montrent que dans la population générale, l'espérance de vie à la naissance atteint presque 12 ans : elle est de 11,74 ans. Elle diminue ensuite progressivement avec l'âge : un chat de 4 ans peut ainsi espérer vivre encore 9,48 ans, ce qui l'amène à 13,48 ans. À 10 ans, l'espérance de survie est de 5,46 ans, etc. (voir figure en illustration principale et tableau ci-après).

Inversement bien sûr, le risque de décéder augmente progressivement avec l'âge. Il reste faible toutefois jusqu'à l'âge de 9 ans (moins de 5 %), à partir duquel il augmente plus vite chaque année (voir la même figure).

Les auteurs signalent que le risque de décès précoce (dans les 12 premiers mois), évalué à moins de 4 %, est probablement sous-estimé car les cas de mortalité néonatale ou à un très jeune âge ne sont généralement pas présentés chez le vétérinaire.

Variations significatives par sexe et race

Des différences sont observées selon le sexe (voir tableau ci-dessous). Sans surprise, et comme dans diverses espèces de mammifères, l'espérance de vie à la naissance des femelles est sensiblement supérieure à celle des mâles : 12,51 ans versus 11,18, soit de 1,33 an plus longue pour les chattes. Le comportement (bagarres, accident de la route) et les maladies auxquels sont prédisposés les mâles (obstruction urinaire notamment) peuvent expliquer en partie cette différence chez le chat.

La différence entre les deux sexes diminue progressivement avec l'âge ; elle n'est plus significative à partir de 15 ans.

 

Des variations sont également observées par race, les chats de race pure ayant globalement une longévité plus courte que les croisés (ce qui s'écarte des constats d'autres études) : l'espérance de vie à la naissance des chats de race est ici de 10,41 ans versus 11,89, soit 1,5 ans de moins pour les croisés (voir tableau). L'écart se tasse toutefois rapidement entre les deux : il est de 0,65 ans à partir de 3 ans, et se maintient globalement ensuite entre 0,5 et 0,6 ans.

Les croisés comprennent les chats de race inconnue (non renseignée) ou sans race (chat de gouttière). Ils représentent ici près de 90 % de la population étudiée, seuls 819 chats étant signalés de race pure (10,3 % de l'effectif).

Plusieurs facteurs de risque dont l'état corporel

Outre les paramètres démographiques, les scientifiques ont recherché les paramètres associés à un décès prématuré, c'est-à-dire avant l'âge de 3 ans. Ils en identifient deux :

  • La stérilisation, les chats entiers ayant 4,29 fois plus de risque de décès prématuré que les chats stérilisés ;
  • La race, ceux de race pure étant 1,83 fois plus à risque que les croisés.

Plus globalement et dans l'analyse multivariée, la durée de vie est plus courte pour les chats mâles (1,20 ans de moins que les chattes), elle est plus longue pour les chats stérilisés (1,07 ans de plus que les entiers) et moins longue pour les chats de race (1,27 ans de moins que les croisés).

L'état corporel est un autre facteur de risque de décès identifié : la durée de vie diminue de 0,02 ans par 100 g de poids en plus ou en moins que le poids idéal (établi selon la race et le sexe). En d'autres termes, un surpoids comme une maigreur altèrent l'espérance de vie des chats. Les auteurs relèvent que leurs résultats ne sont pas nécessairement retrouvés dans d'autres études – où un léger surpoids est même identifié comme un facteur protecteur –, mais que la définition du poids idéal peut varier entre elles. Le « poids de forme » mériterait alors d'être redéfini chez le chat. Évidemment, les effets délétères bien connus de l'obésité ne sont pas remis en cause.

La cause ultime de la mort, lorsque précisée, était le plus souvent une euthanasie (83,7 % de l'effectif). Dans 12,4 % des cas, les chats étaient morts naturellement (sans assistance), potentiellement de maladie ou suite à un accident. Le contexte n'était pas précisé à 3,9 %. La mort par euthanasie intervient généralement plus tardivement (espérance de vie à la naissance de 12 ans contre 10 ans environ dans les autres cas). Mais outre leur surreprésentation ici, les chats morts par euthanasie sont aussi probablement ceux ayant bénéficié de soins le plus longtemps.

Des inégalités selon les races

Enfin, les chercheurs ont calculé les espérances de vie par race, en considérant les 12 races les plus représentées (croisés inclus), c'est-à-dire comptant plus de 15 individus dans l'échantillon étudié.

Dans leur palmarès, les deux races qui sortent du lot sont le burmese et le sacré de Birmanie, avec une espérance de vie à la naissance de 14,42 et 14,39 ans, respectivement. Les croisés les suivent avec 11,89 ans. Toutes les autres races sont en dessous : siamois (11,69 ans), persan (10,93), ragdoll (10,31), norvégien (9,95), main coon (9,71), chat russe (9,65), british (9,58) et bengal (8,51).

Le sphynx se distingue par une espérance de vie particulièrement courte ici : 6,68 ans. La race, dont la popularité augmente, est prédisposée à diverses maladies comme les affections cardiaques, les myopathies, les troubles oculaires (séquestre cornéen, entropion).

Dans d'autres études toutefois, les espérances de vie des chats par race peuvent présenter des différences, dans un sens comme dans l'autre, ce qui pointe les limites de ces évaluations, dont les résultats varient, encore une fois, selon le protocole d'étude et la population étudiée.